Ce samedi 27 juin, un astéroïde large de près d’un kilomètre est passé au plus près de la Terre depuis plus de quatre siècles. À 13 h 14, heure de Paris, le rocher baptisé 1997 NC1 a croisé notre planète à 2,5 millions de kilomètres. Aucun danger, mais un rendez-vous qui ne se reproduira pas avant 2133.
Six fois la distance de la Lune
Le verbe « frôler » mérite des guillemets. Ces 2,5 millions de kilomètres représentent 6,66 fois la distance qui sépare la Terre de la Lune. À l’échelle humaine, une éternité. À l’échelle du Système solaire, un cheveu. Le rocher file à 8,9 kilomètres par seconde, soit plus de 32 000 km/h, et l’Agence spatiale européenne a calculé son passage à six kilomètres près. Sa taille reste discutée : entre 750 et 1 650 mètres de diamètre selon les estimations, l’équivalent d’un gratte-ciel couché, voire d’une petite colline. Lancé à cette allure, il avale près de neuf kilomètres chaque seconde, à peu près la largeur de Paris d’un périphérique à l’autre.
Un habitué du voisinage terrestre
1997 NC1 appartient à la famille des astéroïdes Apollon, ces rochers dont l’orbite autour du Soleil recoupe celle de la Terre. Il ne débarque pas d’ailleurs : il tourne dans notre voisinage depuis des millions d’années, frôlant régulièrement la trajectoire de notre planète sans jamais la heurter. La plupart de ces corps sont des débris hérités de la formation du Système solaire, des morceaux qui ne se sont jamais agrégés en planète. Les étudier revient à remonter le temps jusqu’à la naissance de notre coin de galaxie, voilà 4,6 milliards d’années.
Pourquoi on le dit « potentiellement dangereux »
La NASA classe 1997 NC1 parmi les astéroïdes « potentiellement dangereux ». L’étiquette inquiète, à tort. Elle ne décrit pas une menace imminente, juste une règle de catalogage : tout corps de plus de 140 mètres dont l’orbite croise celle de la Terre à moins de 7,5 millions de kilomètres y entre d’office. C’est une liste de surveillance, pas une alerte rouge. Pour ce survol, la probabilité d’impact est nulle, et les calculs n’annoncent aucune collision pour au moins un siècle.
Du jamais vu depuis le XVIIe siècle
Ce qui rend la visite exceptionnelle, c’est sa proximité record. Jamais, depuis les années 1600, 1997 NC1 ne s’était approché autant de nous. À cette époque, Louis XIII régnait sur la France et la lunette astronomique commençait tout juste à scruter le ciel. Le prochain passage à une distance comparable est attendu pour 2133. Entre les deux survols, plus de cinq cents ans. Personne aujourd’hui ne le reverra d’aussi près.
Un objet repéré il y a presque trente ans
Le visiteur n’a rien d’une surprise. Comme son nom l’indique, il a été découvert en 1997, lors d’un balayage du ciel à la recherche de ces rochers baladeurs. Depuis, les astronomes suivent sa course autour du Soleil et affinent son orbite à chaque apparition. Les antennes radar renvoient un écho qui trahit la taille de l’objet, sa vitesse de rotation et même son relief, là où un simple télescope optique ne montre qu’un point lumineux perdu dans les étoiles.
La leçon de Tcheliabinsk
Pourquoi pister un caillou qui ne menace personne ? Parce que tous ne sont pas inoffensifs. En 2013, un objet de seulement vingt mètres avait explosé au-dessus de Tcheliabinsk, en Russie, soufflant des milliers de fenêtres et blessant près de 1 500 personnes. Aucun fragment n’avait vraiment touché le sol : c’est l’onde de choc de l’explosion en altitude qui avait tout soufflé. 1997 NC1 mesure cinquante fois plus. Un corps de cette envergure, s’il percutait la Terre, provoquerait une catastrophe à l’échelle d’une région entière. C’est pour écarter ce scénario que la NASA et l’ESA cataloguent chaque géocroiseur et corrigent sa trajectoire calculée à chaque rencontre.
De la surveillance à la déviation
Observer ne suffit plus. Depuis quelques années, les agences testent la riposte. En 2022, la sonde DART de la NASA a percuté volontairement un petit astéroïde, Dimorphos, pour modifier sa course. L’expérience a fonctionné et prouvé qu’on peut dévier un corps céleste avant qu’il ne devienne un problème. L’Europe prépare la mission Hera, partie inspecter le cratère laissé par ce choc. Face à un objet de la taille de 1997 NC1, ces travaux ont quitté le rayon science-fiction.
Comment l’apercevoir ce week-end
À l’œil nu, rien à espérer : l’astéroïde reste beaucoup trop pâle. Avec de bonnes jumelles ou un petit télescope, les curieux peuvent en revanche tenter de le débusquer, un point lumineux qui se déplace lentement devant les étoiles fixes. Sa faible luminosité oblige à viser juste, au bon créneau horaire et loin des lumières de la ville. Les meilleures soirées sont celles des 26, 27 et 28 juin. Pour ceux qui n’ont aucun instrument, le Virtual Telescope Project retransmet le survol en direct sur internet, lunette pointée sur le rocher.
Une fois le visiteur reparti vers le fond du ciel, les radars de la NASA installés à Goldstone continueront de l’ausculter pour mesurer sa forme et sa rotation. Ces relevés serviront à prédire ses prochains rendez-vous avec une marge d’erreur toujours plus fine. Le suivant, le vrai, tombera dans plus d’un siècle. D’ici là, 1997 NC1 poursuivra sa ronde silencieuse autour du Soleil, indifférent à l’effervescence qu’il provoque le temps d’un samedi de juin. Les astronomes, eux, auront engrangé de quoi mieux connaître ces voisins encombrants dont la Terre, un jour, devra peut-être se méfier pour de bon.