Treize buts en quatre matchs, pas la moindre défaite, un Kylian Mbappé déjà à six réalisations. Sur le papier, les Bleus roulent. Sauf qu’en face, ce samedi soir à Philadelphie, se dresse le Paraguay, l’équipe qui vient de mettre l’Allemagne dehors aux tirs au but.
Les Bleus déroulent sans trembler
Depuis le début du tournoi, l’équipe de France avance sans accroc. Quatre rencontres disputées, aucune défaite, treize buts inscrits : le bilan comptable des hommes de Didier Deschamps impressionne, selon les données de la FIFA. Dix de ces réalisations sont tombées en phase de groupes, la France ayant validé son billet pour la suite sans jamais donner l’impression de forcer. Mardi, en seizièmes de finale, la Suède est repartie lestée d’un 3-0 sec, avec un doublé de Mbappé à la clé.
L’attaquant parisien compte désormais six buts dans cette Coupe du monde et caracole en tête du classement des buteurs. Derrière lui, Michael Olise s’est transformé en passeur de luxe, avec cinq offrandes déjà distribuées à ses partenaires. La mécanique offensive tourne à plein régime, l’effectif respire la confiance, et le statut de favori colle à la peau des Bleus depuis leur entrée dans la compétition. Deschamps, qui ne déplore aucune absence dans son groupe, devrait reconduire le même onze que face aux Suédois. Reste une vérité que le football répète à chaque grand rendez-vous : les favoris tombent parfois là où on ne les attend pas.
Le Paraguay a déjà croqué un géant
Personne n’imaginait le Paraguay à ce niveau du tableau. Ce Mondial élargi à 48 équipes a ajouté un tour, les seizièmes de finale, et c’est précisément là que les Sud-Américains ont fait sauter la banque. Lundi, à Foxborough, ils ont renversé l’Allemagne, quadruple championne du monde, au terme d’un scénario que les supporters de la Mannschaft mettront du temps à digérer. Julio Enciso avait ouvert le score d’une tête à la 42e minute. Kai Havertz avait recollé de la même manière en seconde période, d’après franceinfo. Puis la séance de tirs au but a viré au supplice pour l’Allemagne.
Orlando Gill, gardien paraguayen de 26 ans, a repoussé deux frappes. Havertz, Nick Woltemade et Jonathan Tah ont manqué la cible. José Canale, lui, a fusillé le portier adverse pour offrir la qualification aux siens (1-1, 4-3 aux tirs au but). L’une des plus grosses secousses du tournoi venait de se produire. Une ombre plane toutefois sur Asunción avant d’affronter la France : Enciso, son meilleur élément offensif, est sorti sur blessure contre l’Allemagne. Sa présence sera tranchée dans les heures qui précèdent le coup d’envoi.
Le fantôme de 1998 plane sur la rencontre
Le tirage a de la mémoire. En 1998, les Bleus avaient déjà croisé le Paraguay à ce même stade, à Lens. Ce soir-là, il avait fallu patienter jusqu’à la 114e minute et un but en or de Laurent Blanc, le tout premier de l’histoire de la Coupe du monde, pour délivrer une équipe de France qui filait vers son premier sacre mondial. Vingt-huit ans plus tard, les Paraguayens rêvent d’inverser le récit et de renvoyer les Français à la maison.
Leur plus beau souvenir sur la scène mondiale remonte à 2010, rappelle la FIFA. Cette année-là, la sélection avait décroché un quart de finale en éliminant le Japon aux tirs au but, avant de céder d’un rien face à l’Espagne, futur champion du monde, sur un but de David Villa. En dehors de cette parenthèse dorée, le Paraguay a buté sur les huitièmes en 1998 puis en 2002. Le pays n’a d’ailleurs plus disputé le moindre quart de finale mondial depuis plus de quinze ans. Sortir la France ce samedi le ramènerait à son sommet historique, et effacerait au passage la vieille cicatrice laissée par Blanc.
Deschamps prêche le sang-froid
Le vrai piège porte un nom : la suffisance. Didier Deschamps l’a répété vendredi en conférence de presse. Réduire le Paraguay à une formation rugueuse serait, à ses yeux, une faute de lecture. « Ce n’est pas en mettant des coups qu’on gagne un match », a glissé le sélectionneur, rapporte Eurosport, avant de résumer sa consigne en une formule : « Le mieux, c’est de ne pas avoir peur. » Une manière de rappeler que la bande à Enciso ne s’est pas hissée là par hasard.
La chaleur s’invite elle aussi dans l’équation. Le match débute en fin d’après-midi côté américain, sous un soleil écrasant, et le staff tricolore a bâti des protocoles d’hydratation pour éviter que ses joueurs ne s’éteignent physiquement dans le dernier quart d’heure. Les Sud-Américains, eux, s’appuient sur une défense compacte et sur ce supplément d’âme qui leur a déjà réussi une fois cette quinzaine. À Philadelphie, la logique du classement dit une chose, l’histoire récente du Paraguay en souffle une autre.
Pour des millions de téléspectateurs français, le rendez-vous tombe à point nommé : un samedi soir d’été, à une heure de grande écoute, avec un adversaire jugé abordable sur le papier mais coriace dans les faits. Depuis les sacres de 1998 et de 2018, chaque campagne mondiale des Bleus rallume la même ferveur, doublée d’une pointe d’angoisse dès que débutent les matchs à élimination directe. Un faux pas ce samedi, et l’aventure américaine s’arrête net.
Coup d’envoi à 23h, heure française. Le vainqueur rejoindra les quarts de finale la semaine prochaine, face au gagnant de Canada-Maroc, l’autre huitième programmé plus tôt dans la journée. Pour la France, ce serait un pas supplémentaire vers une troisième étoile. Pour le Paraguay, l’occasion d’égaler enfin l’épopée de 2010 et de transformer un exploit isolé en véritable parcours. Les deux sélections le savent déjà : à ce stade, une seule soirée suffit à écrire une légende ou à refermer un rêve.