Un an après avoir soulevé le trophée, Iga Swiatek a quitté Wimbledon dès le troisième tour. La Polonaise, troisième joueuse mondiale, s’est inclinée samedi devant Alexandra Eala, 21 ans, une adversaire qu’elle n’avait jamais rencontrée sur le circuit.

Un tie-break à rallonge fait basculer le match

Sur le court central, le premier set a duré une heure et vingt-cinq minutes. Les deux joueuses se sont rendu coup pour coup jusqu’au jeu décisif, un tie-break interminable que la Philippine a fini par empocher onze points à neuf. Ce set en poche, elle n’a plus tremblé. Swiatek, elle, a déraillé : doubles fautes au pire moment, fautes directes en rafale, jambes lourdes. Eala en a profité pour filer à quatre jeux à rien dans la deuxième manche. Il lui a fallu trois balles de match pour conclure, 7-6, 6-2. À la dernière, elle s’est laissée tomber sur le gazon, à genoux, le visage dans les mains. En face, Swiatek a rangé ses raquettes sans traîner, sonnée par un scénario qu’elle n’avait pas vu venir, dépassée par l’audace d’une joueuse qui n’avait plus rien à perdre.

« Pour une fille qui a grandi aux Philippines »

« Je suis très émue », a soufflé la joueuse, micro en main, devant un court central debout. « Pour quelqu’un comme Iga, qui a gagné tant de tournois du Grand Chelem, ça peut sembler une petite chose. Mais pour quelqu’un qui a grandi aux Philippines… » La fin de la phrase s’est perdue sous les applaudissements. Elle n’avait pas besoin d’être terminée. Aucun joueur philippin, homme ou femme, n’avait jamais atteint les huitièmes de finale d’un tournoi du Grand Chelem en simple. Eala est la première. Dans un archipel fou de basket et de boxe, où le tennis reste un sport de niche, l’exploit sonne comme une date fondatrice.

Des Petits As à l’académie de Nadal

Son parcours ne doit pourtant rien à la chance. Pendant dix ans, Eala a été coachée par son grand-père, qui l’a suivie balle après balle de ses trois ans à ses treize ans. C’est en remportant Les Petits As, un tournoi français réputé chez les moins de quatorze ans, qu’elle a tapé dans l’œil de l’académie Rafael Nadal. À treize ans, valise et bourse en main, elle est partie s’installer à Majorque. La suite ressemble à un curriculum de prodige : titre en double à l’Open d’Australie junior en 2020, sacre à Roland-Garros junior l’année suivante, puis victoire en simple à l’US Open junior en 2022, là encore une première pour une Philippine.

Selon la WTA, elle a confirmé chez les professionnelles au printemps 2025, à Miami. Invitée par les organisateurs alors qu’elle végétait au 140e rang mondial, elle y avait sorti coup sur coup Jelena Ostapenko et Madison Keys, deux lauréates de Grand Chelem, avant de quitter le tournoi en sensation de la saison. En un an, la voilà passée de la 140e à la 29e place, meilleur classement de l’histoire du tennis philippin. La victoire sur Swiatek est sa septième face à une membre du top 10.

Le gazon, cauchemar devenu sacre pour Swiatek

La défaite fait d’autant plus de bruit qu’elle referme une parenthèse improbable. Multiple lauréate de Roland-Garros, reine de la terre battue, la Polonaise de 25 ans a longtemps traité le gazon comme sa bête noire, une surface trop rapide et trop basse pour son jeu tout en lift. Jusqu’à l’été 2025. Ce jour-là, en finale, elle avait écrasé Amanda Anisimova six jeux à rien, six jeux à rien, en cinquante-sept minutes, l’une des finales les plus à sens unique de l’histoire du tournoi. « Je n’osais même pas en rêver, ça me paraissait trop loin », avait-elle confié, le trophée dans les bras. Douze mois plus tard, la tenante du titre repart par la petite porte, balayée avant même la deuxième semaine.

Rybakina et Anisimova sorties le même jour

Swiatek n’a pas chuté seule. Ce samedi 4 juillet restera comme la journée noire des favorites. Elena Rybakina, deuxième mondiale, championne d’Australie en titre et déjà lauréate à Wimbledon en 2022, a été renversée par la Belge Elise Mertens, sept jeux à six puis six jeux à un. Le détail qui pique : d’après les statistiques de la WTA, Rybakina avait remporté sept de leurs huit duels précédents. Plus haute tête de série éliminée dans le tableau féminin selon le décompte de CBS Sports, elle a rejoint aux vestiaires Amanda Anisimova, sixième mondiale et finaliste malheureuse un an plus tôt, dominée en trois manches par l’Américaine Madison Keys. Trois des six premières têtes de série, dehors en quelques heures.

Le tournoi avait pourtant suivi la logique pendant deux tours et demi, les favorites déroulant sans frayeur. Puis tout a déraillé le même après-midi. Pour les organisateurs, la deuxième semaine s’ouvre avec un tableau méconnaissable, vidé d’une partie de ses stars, et grand ouvert pour les outsiders capables d’en profiter.

Une deuxième semaine qui lui tend les bras

Il lui reste à confirmer. En atteignant les huitièmes de finale, Eala a déjà signé le meilleur résultat de sa carrière en Grand Chelem et va grappiller de précieuses places au classement, à un âge où beaucoup de joueuses cherchent encore leurs marques. La deuxième semaine de Wimbledon, celle où se jouent les vrais enjeux, elle va la disputer pour la première fois. Reste à savoir jusqu’où ira la Philippine que personne, à Londres, n’avait coché sur son tableau.