Le Centre Court s’est levé d’un bloc au moment où elle a franchi l’entrée. Mardi soir, Serena Williams a disputé un simple à Wimbledon pour la première fois depuis presque quatre ans. Deux heures et vingt-deux minutes plus tard, elle quittait la pelouse battue. L’ovation, elle, n’a jamais faibli.
Celle qui l’a renvoyée au vestiaire a vingt ans et s’appelle Maya Joint. L’Australienne commençait tout juste l’école quand l’Américaine accumulait déjà les couronnes du Grand Chelem. Serena a pourtant fait illusion une bonne partie de la soirée. Elle a même arraché la deuxième manche au jeu décisif avant de plier dans la troisième. Maya Joint s’est finalement imposée 6-3, 6-7, 6-3.
Un set arraché avant la bascule
Sur le papier, vingt-quatre ans d’écart laissaient peu de place au suspense. Sur le gazon, Serena a rappelé pourquoi elle a dominé son sport pendant deux décennies. Son service a frôlé les 193 km/h, ses coups droits ont claqué comme aux plus belles heures, et le public londonien a retenu son souffle sur chaque balle importante. Rien, dans son attitude, ne trahissait les quatre années passées loin de la compétition, ni le trac d’un tel rendez-vous.
Le grain de sable n’est pas venu du bras, mais des appuis. D’après la BBC, l’ancienne numéro un mondiale a peiné à couvrir le court et s’est retrouvée prise de vitesse dans les échanges qui s’éternisaient. Après avoir recollé à une manche partout, elle a manqué de fraîcheur dans le set décisif, où l’expérience n’a pas suffi à combler l’écart physique. Sa jeune adversaire, elle, n’a jamais tremblé sur ses mises en jeu. Au filet, la poignée de main a été expédiée en une seconde, avant que Serena ne salue une dernière fois les tribunes.
Maya Joint, 20 ans et un rêve d’enfance
Écarter Serena Williams, Maya Joint en rêvait depuis la cour de récréation. « Un rêve de toujours », a écrit la WTA au lendemain de la rencontre. Née dans le Michigan d’un père australien et d’une mère allemande, la joueuse a choisi de représenter l’Australie, dont elle est devenue la meilleure ambassadrice côté féminin.
Son parcours n’a rien d’un coup de chance. Joint a grimpé jusqu’au 28e rang mondial en février dernier, avant de redescendre autour de la 53e place. À vingt ans, elle incarne cette génération qui a grandi en regardant Serena soulever des trophées sur un écran. Croiser son idole sur le Centre Court, puis la faire tomber, restera gravé comme l’un des moments forts de sa jeune carrière. Le Centre Court a chaleureusement applaudi la vainqueure, conscient d’assister à un passage de témoin.
À 44 ans, une longévité hors norme
Rares sont les joueuses à disputer encore le simple d’un Grand Chelem à cet âge. La plupart de ses anciennes rivales ont raccroché depuis des années, passées consultantes ou entraîneuses. Serena, elle, a préféré retenter sa chance plutôt que de suivre le tennis depuis un fauteuil. Le contraste avec sa jeune adversaire, qui n’était même pas née lorsque l’Américaine remportait son premier tournoi majeur en 1999, résume à lui seul l’ampleur de sa carrière. Ces retrouvailles avaient valeur d’événement bien avant le premier échange, quel qu’en soit le dénouement.
Pourquoi elle a rejoué à 44 ans
Serena Williams avait raccroché après l’US Open 2022. Vingt-trois titres du Grand Chelem en simple, un seul de moins que le record absolu de Margaret Court, sept sacres sur le gazon londonien, des saisons entières passées au rang de numéro un mondiale : son palmarès n’avait plus besoin d’une ligne supplémentaire. « Je n’aurais jamais imaginé refaire ça un jour », a-t-elle reconnu en conférence de presse avant le tournoi.
Depuis son départ, l’Américaine s’était consacrée à sa famille et à ses activités d’investisseuse, loin des projecteurs. Beaucoup pensaient le chapitre définitivement clos. Son retour s’est pourtant construit par étapes, d’abord en double, un format moins éprouvant physiquement, avant qu’elle ne se décide à affronter le simple et son exigence. Le déclic est venu des tribunes autant que de la raquette.
Le retour, ce sont les organisateurs qui l’ont rendu possible. L’All England Club a mis de côté pour elle la huitième et dernière invitation du tableau de simple, celle réservée aux joueuses sans classement suffisant pour entrer directement. Une porte trop tentante pour la laisser fermée. « L’ambiance était incroyable, le simple fait d’entrer sur ce court était incroyable », a-t-elle savouré après la défaite, propos rapportés par ESPN. Elle a assuré avoir goûté ce moment plus que n’importe quel résultat.
Son tournoi londonien continue en double
La sortie en simple ne referme pas sa quinzaine. Serena est également engagée en double, aux côtés de sa sœur aînée Venus. Les deux Américaines ont elles aussi décroché une invitation pour rejouer ensemble, quatre ans après leur dernière apparition commune. Au premier tour, elles affronteront la paire sud-américaine formée de Camila Osorio et Solana Sierra, qui n’est pas tête de série.
Le duo n’a plus rien à apprendre de Wimbledon. Ensemble, les sœurs Williams y ont enlevé six fois le double dames et garni leur armoire de quatorze titres du Grand Chelem dans la discipline. Serena avait déjà remis le pied à l’étrier plus tôt en juin, avec un retour à la compétition dans un tournoi de double au Queen’s. Son entrée en lice dans le tableau londonien est attendue dans les prochains jours. À 44 ans, elle n’a peut-être plus les jambes de ses vingt ans, mais tant que le Centre Court se lèvera pour elle, elle aura une raison de revenir fouler le gazon.