Lionel Messi pousse la porte d’un diner new-yorkais, sort un petit traceur et fonce sur Peter Parker avec une seule question : « T’es Spider-Man ? » Vingt secondes de vidéo ont suffi à faire décrocher internet. Le prochain film de l’homme-araignée n’est même pas sorti qu’il collectionne déjà les records.

Un Ballon d’or au pays de l’araignée

La séquence provient d’un teaser promotionnel diffusé début juillet par Sony et Marvel. On y voit l’Argentin, octuple Ballon d’or, croiser Tom Holland dans un décor de restaurant américain. Le ton est volontairement absurde : Messi cherche Spidey, le repère grâce à un traceur, et le héros lui répond du tac au tac « T’es à l’aise avec le vide ? » avant de l’entraîner entre les gratte-ciel. Le site jeuxvideo.com résume le sentiment général en évoquant une vidéo « complètement improbable » qui a « retourné tout internet ».

Rien de tout cela n’est laissé au hasard. En greffant la plus grande star du football sur la plus grosse franchise de super-héros, au sortir d’un été de compétitions, les deux studios s’offrent une vitrine planétaire à moindres frais. Plusieurs médias, dont le Sunday Guardian, affirment que Messi aurait empoché près de 15 millions de dollars pour ces quelques secondes. Le montant n’a pas été confirmé par la production, et rien ne garantit que la scène figurera dans le montage définitif. Peu importe : elle a déjà fait son travail.

718 millions de vues en un jour

Le caméo n’est que la dernière étincelle d’un feu allumé plus tôt. La toute première bande-annonce avait pulvérisé un record que l’on croyait hors d’atteinte. D’après Variety, elle a été visionnée 718,6 millions de fois en vingt-quatre heures, un sommet absolu pour une bande-annonce de cinéma. Il lui a fallu huit heures pour effacer les 365 millions de vues de Deadpool & Wolverine, meilleure marque de l’écurie Marvel, souligne The Hollywood Reporter.

Un repère pour saisir l’ampleur : le premier trailer de Spider-Man: No Way Home, carton de 2021, s’était arrêté à 355,5 millions de vues sur la même durée. Cette fois, le lanceur de toile dépasse même la bande-annonce du jeu vidéo Grand Theft Auto VI et ses 475 millions de vues, longtemps citée comme un plafond infranchissable. Deadline évoque désormais un seuil symbolique déjà atteint, celui du milliard de vues cumulées toutes plateformes confondues.

Ces chiffres racontent une chose simple : l’attente dépasse le seul cercle des amateurs de Marvel. La billetterie a ouvert en avance dans plusieurs pays, signe de la confiance des studios. Pour Sony, qui détient les droits du personnage au cinéma, la promesse est celle d’un des plus gros démarrages de l’année.

Des cascades filmées pour de vrai

Le buzz mis à part, le film joue une carte à contre-courant. Exit le tout-numérique : l’équipe revendique un nombre record de cascades tournées en conditions réelles, dans de vraies rues et au milieu de vraies voitures. Ancien gymnaste, Tom Holland assure lui-même une partie des acrobaties. Certains plans recréent des couvertures de comics devenues cultes, capturées à 420 images par seconde pour un ralenti vertigineux.

La démarche évoque les Spider-Man de Sam Raimi au début des années 2000, quand l’action se ressentait dans le corps plutôt que dans les pixels. C’est aussi un calcul : alors que le public reproche de plus en plus aux films de super-héros leurs effets spéciaux expédiés, montrer du concret devient un gage de sérieux. Andrew Garfield, ancien porteur du costume, a salué publiquement la bande-annonce, entretenant un peu plus la ferveur.

Tout le monde n’est pas conquis pour autant. Sur les réseaux, la communauté s’est fracturée : certains fans crient au « 10 sur 10 » devant une « tornade de toile » aperçue dans les images, quand d’autres jugent le mariage du foot et des super-héros carrément excessif. Le site ScreenRant note que ce nouveau teaser a divisé le fandom Marvel, preuve que la machine à conversations tourne à plein régime.

Derrière le titre, un pacte avec un démon

Reste l’énigme du titre. « Brand New Day », que l’on peut traduire par « un jour nouveau », renvoie à une saga de bande dessinée publiée par Marvel en 2008. Son origine, elle, n’a rien de joyeux. Dans l’arc qui la précède, « One More Day », Peter Parker scelle un marché avec Mephisto, une figure démoniaque de l’univers Marvel : pour sauver sa tante May à l’agonie, il accepte d’effacer son mariage avec Mary Jane. En contrepartie, le monde entier oublie que Peter Parker se cache derrière le masque.

Ce détour par les comics éclaire le film. À la fin de No Way Home, un sortilège avait déjà rayé Peter de la mémoire de ses proches. Le long-métrage repart de ce héros seul, anonyme, condamné à tout reconstruire. Le teaser montre un Peter Parker fragilisé par une mutation de son propre ADN, au point d’aller frapper à la porte du docteur Bruce Banner, alias Hulk, campé par Mark Ruffalo. Le Punisher, justicier sans pitié du catalogue maison, ferait lui aussi son retour.

L’enjeu dépasse le seul homme-araignée. Après plusieurs films au succès inégal, le studio Marvel cherche une locomotive capable de relancer sa machine. Personnage le plus populaire de l’écurie et coproduit avec Sony, Spider-Man fait figure de valeur refuge. D’où cette promotion démesurée, pensée pour transformer chaque teaser en événement à part entière.

Rendez-vous le 29 juillet

Réalisé par Destin Daniel Cretton, avec Zendaya et Sadie Sink au générique, Spider-Man: Brand New Day arrive le 29 juillet dans les salles françaises, deux jours avant les États-Unis. Après les près de 1,9 milliard de dollars amassés par No Way Home, Sony et Marvel visent un nouveau raz-de-marée mondial. Si la promotion donne le ton, l’été 2026 pourrait se jouer entre un jeune homme en collant rouge et un Argentin qui, pour une fois, a troqué le ballon rond contre un fil de soie.