3,7 millions de spectateurs en quatre jours. La Fête du Cinéma n’avait plus affiché ces chiffres depuis 2024, et cette année, un allié imprévu a rabattu le public vers les salles : la canicule.
Du dimanche 28 juin au mercredi 1er juillet, la 41e édition a pris tout le monde de vitesse. Le premier jour a donné le tempo avec 1 375 000 entrées, la plus grosse journée de l’opération. Le lundi a dépassé 700 000 spectateurs, le mardi 750 000, le mercredi 880 000. Bilan : une fréquentation en hausse de 23 % sur un an, d’après la Fédération nationale des cinémas français, qui a compilé les comptes. Sur dix ans, seule l’édition 2024 et ses 4,6 millions d’entrées font mieux. La recette, elle, n’a pas bougé : une place à 5 euros, tous les films, toutes les séances, pendant quatre jours.
La clim, argument massue ou simple coup de pouce ?
Impossible d’écarter le thermomètre. Pendant l’opération, le mercure a franchi les 35 degrés sur une large moitié du pays. Les exploitants l’ont vite mesuré : quand il fait 38 à l’ombre, une salle climatisée devient une destination à part entière. Franceinfo a décrit ces cinémas transformés en refuges, où l’on payait sa place autant pour le film que pour deux heures de fraîcheur.
Richard Patry, délégué général de la Fédération nationale des cinémas français, a admis que la climatisation joue un rôle de déclencheur. Il a aussitôt posé une limite : personne ne pousse la porte d’un cinéma pour le seul air conditionné, il faut un film qui donne envie. La nuance n’est pas anodine. Elle sépare le coup de chaud passager d’une tendance installée, et c’est tout l’enjeu pour une filière qui cherche à savoir si son public est vraiment revenu.
Plusieurs observateurs invitent d’ailleurs à la prudence. Mettre tout le succès sur le dos de la météo reviendrait à oublier que les mois de printemps, sans le moindre pic de chaleur, affichaient déjà des salles bien remplies. La canicule a sans doute poussé quelques indécis à franchir le pas, elle n’a pas fabriqué l’engouement de toutes pièces.
Un rebond amorcé bien avant la canicule
Les chiffres du Centre national du cinéma referment le débat. Sur les cinq premiers mois de 2026, les salles ont enregistré 77,1 millions d’entrées, soit 20,6 % de plus qu’à la même période en 2025. Le seul mois de mai a pesé près de 15 millions d’entrées, en progression de 33 %. Avril avait déjà grimpé de plus de 35 %. La conclusion est difficile à contourner : les Français avaient repris le chemin des salles des mois avant la première alerte rouge.
Le détail mois par mois raconte la même histoire. Janvier avait déjà réuni près de 16 millions d’entrées, février près de 18, dopé par les sorties des vacances scolaires. Même mars, d’ordinaire plus creux, a frôlé les 13 millions. Sur les six premiers mois, cinq ont décroché leur deuxième meilleur score depuis la fin de la pandémie, une régularité que la filière n’avait plus connue.
Le contraste avec l’année précédente saute aux yeux. 2025 s’était refermée sur un bilan en demi-teinte, à peine 157 millions d’entrées, et la profession s’alarmait d’un public happé par les plateformes de streaming. Douze mois plus tard, le rapport de force s’est inversé, et la France conserve son statut de premier marché du cinéma en Europe, très loin devant ses voisins.
Toy Story et les Minions font le plein
Sans films, pourtant, pas de foule. La programmation estivale a ratissé large en misant sur la valeur la plus sûre du box-office : l’animation familiale. Sorti le 17 juin, Toy Story 5 a passé le million d’entrées en une semaine, puis a encaissé sans broncher l’arrivée de Des Minions et des Monstres, la nouvelle aventure de la franchise d’Illumination. La semaine suivante, il gagnait encore 6 % de fréquentation, un exploit pour un long-métrage déjà installé depuis quinze jours. La Bataille de Gaulle a signé une remontée que peu d’observateurs voyaient venir, tandis que Supergirl, la dernière carte de l’univers DC, s’emparait de la tête des nouveautés en profitant de l’affluence.
Cette variété nourrit un équilibre rare. Sur cinq mois, les films français rassemblent 44,4 % des entrées, les productions américaines 45 %. Un quasi-partage qui prouve que le sursaut ne repose pas sur les seuls géants hollywoodiens, mais sur une offre capable de faire venir aussi bien les familles que les amateurs de cinéma d’auteur.
Le vrai test commence maintenant
« En doublant les entrées de la semaine précédente, pourtant déjà très chargée, la Fête du Cinéma a confirmé son statut de premier événement cinématographique national », s’est réjouie la Fédération nationale des cinémas français, qui y lit un attachement intact au grand écran, présenté comme le premier loisir culturel du pays.
Derrière ces entrées, c’est une bataille d’habitudes qui se joue. Chaque billet vendu en pleine canicule, quand il aurait été plus simple de lancer un film depuis son canapé, rassure une profession qui redoutait de voir la salle passer de mode face aux plateformes. Les 13 millions d’entrées de juin, l’un des meilleurs mois depuis la réouverture des cinémas, lui donnent pour l’instant raison.
Le plus difficile reste à venir. Une fois la place à 5 euros rangée et la chaleur retombée, la profession devra vérifier si l’habitude résiste en plein juillet, sans promotion ni thermomètre pour forcer la main. Le prochain baromètre du CNC, attendu début août, dira si l’été aura durablement rebranché les Français à leurs salles obscures, ou s’il n’aura été qu’une parenthèse climatisée.