Soixante-douze tigres. Tous morts en quelques semaines dans des parcs touristiques thaïlandais. L’annonce, tombée ce week-end, a provoqué une onde de choc chez les défenseurs des animaux et relancé le débat sur l’industrie des tigres captifs en Asie du Sud-Est.

La maladie de Carré, coupable désigné

Les autorités thaïlandaises ont identifié le virus de la maladie de Carré (CDV, pour Canine Distemper Virus) comme responsable de cette mortalité massive, selon l’agence AP. Cette annonce a permis d’écarter la piste de la grippe aviaire, un temps redoutée. Le CDV, qui touche habituellement les chiens, peut aussi frapper les félins, surtout quand ils vivent dans des espaces confinés et surpeuplés.

Les tigres touchés appartenaient à plusieurs parcs touristiques du pays, ces établissements où les visiteurs paient pour poser à côté d’un félin ou lui donner le biberon. Selon la BBC, une enquête a été ouverte pour déterminer comment le virus s’est propagé si vite et pourquoi les mesures sanitaires n’ont pas suffi à contenir l’épidémie.

Un air de déjà-vu

Ce drame rappelle un épisode qui avait déjà secoué la Thaïlande. En 2016, 147 tigres avaient été saisis dans le tristement célèbre « Temple des Tigres » de Kanchanaburi, un site touristique géré par des moines bouddhistes. Trois ans plus tard, 86 d’entre eux étaient morts. Le même virus, le CDV, avait été mis en cause, aggravé par la consanguinité et le stress du déplacement. Edwin Wiek, fondateur de la Wildlife Friends Foundation Thailand, avait alors dénoncé des cages trop petites et un budget insuffisant pour soigner les animaux, rapportait la BBC.

On est en droit de se demander si les leçons de 2016 ont vraiment été tirées.

2 000 tigres captifs, une industrie qui pose question

La Thaïlande compte environ 2 000 tigres en captivité, selon les estimations des ONG de protection animale. Beaucoup appartiennent à des particuliers ou à des structures privées à vocation touristique. Le South China Morning Post rapporte que l’industrie des tigres captifs fait face à une vague de critiques après cette nouvelle hécatombe.

Car derrière les selfies et les caresses payantes, la réalité est souvent plus sombre : surpopulation dans les enclos, reproductions non contrôlées, soins vétérinaires minimaux. Et le soupçon, jamais totalement dissipé, que certains animaux finissent dans le commerce illégal de parties de tigres, très prisées en médecine traditionnelle chinoise.

Et maintenant ?

Les autorités thaïlandaises promettent de renforcer les contrôles sanitaires dans les parcs animaliers. Reste à savoir si ces engagements se traduiront par des actes concrets. Les associations de protection animale réclament depuis des années un encadrement plus strict de la détention de félins, voire l’interdiction pure et simple des « fermes à tigres ». Soixante-douze morts plus tard, le débat n’a jamais été aussi brûlant.