Cinq ans à la tête de l’Olympique de Marseille, et une sortie par la petite porte. Samedi soir, le club phocéen a officialisé la démission de Pablo Longoria du directoire, remplacé dans la foulée par Alban Juster, nommé président par intérim. Un séisme qui couvait depuis deux semaines et qui redessine entièrement l’organigramme du deuxième club le plus populaire de France.

Deux semaines de chaos en coulisses

Pour comprendre ce coup de théâtre, il faut remonter au 15 février. Ce jour-là, Medhi Benatia, directeur du football, annonce sa démission devant les caméras. Les tensions avec Pablo Longoria sont devenues ingérables, les deux hommes ne s’entendent plus sur les orientations sportives du club, rapporte RMC Sport.

Quarante-huit heures plus tard, le propriétaire Frank McCourt intervient. Un communiqué tombe le 17 février : Benatia reste finalement en poste, avec des responsabilités élargies jusqu’à la fin de saison. Longoria, lui, se voit cantonné à un « rôle institutionnel », chargé de représenter l’OM dans les instances françaises et européennes. Une mise à l’écart à peine déguisée.

L’Espagnol a mal vécu cette décision, selon BFM TV. Président depuis 2021, il a vu son périmètre d’action réduit à néant en quelques lignes. Les négociations financières autour de son départ ont alors commencé, pilotées par les avocats des deux parties.

Benatia dément tout « putsch »

La séquence a alimenté les théories les plus folles chez les supporters marseillais. Benatia aurait-il orchestré un coup de force pour évincer Longoria ? L’ancien défenseur international marocain s’en est défendu samedi dans les colonnes du JDD. « Pour de nombreuses raisons, je ne pouvais pas abandonner le club dans ces conditions », a-t-il expliqué. « C’est un club qui m’est cher, où j’ai été formé. Il n’y a pas eu d’intrigue ou de prise de pouvoir. »

Du côté de la direction marseillaise, on enfonce le clou. L’entourage de Benatia et les dirigeants assurent à RMC Sport que sa démission initiale était sincère. McCourt l’aurait convaincu « en personne » de prolonger son préavis, par « sens des responsabilités ». La tendance reste à un départ définitif de Benatia en fin de saison.

Juster, un inconnu aux commandes

Alban Juster, le nouveau président par intérim, fait figure de visage inconnu du grand public. Cadre administratif du club, il hérite d’un poste piégé. L’OM traverse une saison compliquée sur le plan sportif avec l’arrivée récente d’Habib Beye sur le banc, dont la première au Roazhon Park de Rennes s’est soldée par une défaite face à Brest lors de la 23e journée.

Le contexte financier ajoute une couche de complexité. Les négociations entre Longoria et McCourt pour fixer les conditions de départ (indemnités, clause de non-concurrence) sont toujours en cours. L’accord financier n’a pas encore été trouvé, précise RMC Sport, les discussions passant par les cabinets d’avocats.

Un club en quête de stabilité

Depuis le rachat par McCourt en 2016, l’OM a connu six présidents ou équivalents : Jacques-Henri Eyraud, Longoria (d’abord directeur sportif puis président), et désormais Juster en intérim. Le club a changé trois fois d’entraîneur cette saison, passant de Gattuso à De Zerbi puis à Beye. Une instabilité chronique qui tranche avec les ambitions affichées par le propriétaire américain, qui avait promis de faire de Marseille « un club de premier plan en Europe ».

En Ligue 1, l’OM pointe au milieu de tableau, loin des places européennes. La question de l’avenir de Benatia après juin reste entière. Si l’ancien joueur de la Juventus et du Bayern Munich quitte le navire comme prévu, McCourt devra trouver un nouveau directeur sportif et un président permanent en plein mercato estival.

McCourt, l’homme qui décide de loin

Ce qui frappe dans cette crise, c’est l’omniprésence du propriétaire américain dans les arbitrages, malgré la distance. C’est McCourt qui a tranché en faveur de Benatia le 17 février. C’est encore lui qui a poussé Longoria vers la sortie en réduisant son rôle. Le JDD rapporte que le milliardaire bostonien a personnellement appelé Benatia pour le convaincre de rester.

Cette gestion à distance, depuis Boston, suscite régulièrement des critiques à Marseille. Les supporters réclament depuis des années un projet sportif clair et des investissements à la hauteur du standing du Vélodrome, qui reste l’un des stades les plus bouillants du continent avec ses 67 000 places.

Le prochain match de l’OM, face à l’OL ce dimanche en Ligue 1, s’annonce comme un premier test pour l’ère post-Longoria. Un Olympico sous haute tension, sur fond de crise institutionnelle, qui pourrait donner le ton des mois à venir pour un club qui cherche désespérément un cap.