Deux drones iraniens ont frappé dimanche la base navale française d’Al Salam à Abou Dhabi, provoquant un incendie dans deux conteneurs de matériel. Aucun blessé n’est à déplorer côté français, mais l’attaque marque un tournant : pour la première fois depuis le début des hostilités, une installation militaire française est directement touchée. Dans le même temps, le Pentagone annonce la mort de trois soldats américains, le bilan de l’école de Minab grimpe à 148 morts, et le commerce maritime mondial se fige devant le détroit d’Ormuz.
La base navale française touchée à Abou Dhabi
L’information a été confirmée par le ministère de la Défense émirati dans un communiqué publié sur X : deux drones iraniens ont visé un entrepôt de la base navale d’Al Salam, à Abou Dhabi, dimanche après-midi. L’attaque a provoqué un incendie dans deux conteneurs stockant du matériel, mais n’a fait aucune victime, selon franceinfo, qui cite une source proche du dossier.
Le ministère émirati a dénoncé « un acte flagrant d’agression et une violation de la souveraineté nationale et du droit international ». La base d’Al Salam fait partie des trois installations militaires françaises implantées aux Émirats arabes unis. La France, qui n’a pas participé aux frappes américano-israéliennes contre l’Iran, se retrouve prise dans les tirs croisés de la riposte iranienne visant les monarchies du Golfe. Aux Émirats, le bilan des frappes iraniennes s’élève à trois morts et 58 blessés depuis samedi.
Trois soldats américains tués, le porte-avions Lincoln visé
Le Pentagone a annoncé dimanche après-midi la mort de trois soldats américains et cinq blessés graves depuis le début de l’opération « Fureur épique ». D’autres militaires ont subi des blessures légères dues à des éclats d’obus et des commotions cérébrales, selon BFM TV. « Par respect pour les familles, nous ne communiquerons aucune information supplémentaire avant 24 heures », a précisé le Pentagone.
Les Gardiens de la révolution ont affirmé avoir touché le porte-avions USS Abraham Lincoln avec quatre missiles. Le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a démenti sur X, qualifiant cette revendication de « mensonge ». « Les missiles lancés n’ont même pas réussi à s’approcher. Le Lincoln continue de lancer des aéronefs en soutien à la campagne du Centcom », a déclaré le Centcom, selon BFM TV.
148 morts à l’école de Minab
Le bilan de la frappe sur l’école de filles de Minab, dans le sud de l’Iran, a été revu à la hausse : 148 morts et 95 blessés, selon le procureur local Ebrahim Taheri, cité par l’agence iranienne Mizan et repris par BFM TV. L’Iran accuse les forces américano-israéliennes. Le porte-parole de l’armée israélienne, le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, a déclaré « ne pas être au courant à ce stade d’une frappe américaine ou israélienne à cet endroit ».
Le détroit d’Ormuz paralysé
Deux navires ont été attaqués dimanche dans le détroit d’Ormuz, au large des Émirats et d’Oman, selon les agences de sécurité maritime UKMTO et Vanguard Tech. Les deux bâtiments ont été touchés par des projectiles, provoquant des incendies maîtrisés depuis, rapporte BFM TV.
Maersk, deuxième armateur mondial, a suspendu tout passage par le détroit « jusqu’à nouvel ordre ». MSC, le premier armateur mondial, avait déjà pris la même décision. Le président d’Armateurs de France a alerté sur franceinfo : « On a une soixantaine de nos navires bloqués » dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite un quart du pétrole mondial et un cinquième du gaz naturel liquéfié.
La fermeture de fait du détroit, combinée aux espaces aériens toujours clos, isole progressivement le Moyen-Orient du reste du monde. Les cours du pétrole sont en forte hausse depuis samedi, et la question d’une flambée des prix de l’essence à la pompe en France se pose déjà, selon franceinfo.
Macron réunit un deuxième conseil de défense
Emmanuel Macron a convoqué un deuxième conseil de défense à 19 heures ce dimanche. L’attaque contre la base navale d’Al Salam va peser sur les discussions. La France, qui dispose de plusieurs centaines de militaires aux Émirats et d’une base aérienne à Al Dhafra, doit arbitrer entre sa posture de non-belligérance et la protection de ses forces dans la zone.
Ailleurs dans le monde, les répercussions du conflit s’amplifient. Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a qualifié la mort de Khamenei de « violation du droit international ». En Irak, en Inde et au Pakistan, les manifestations de soutien à l’Iran continuent, avec au moins neuf morts à Karachi après une tentative d’assaut du consulat américain. Le conflit, entamé il y a moins de 48 heures, a déjà dépassé les frontières du Moyen-Orient.