Ce lundi 2 mars, plus de 4 000 vols ont été annulés à travers le Moyen-Orient en une seule journée. Le ciel du Golfe, l’un des carrefours aériens les plus fréquentés de la planète, est à l’arrêt. Doha, Dubaï, Abou Dabi, Bahreïn, Tel-Aviv : les plus grands hubs de la région sont quasi inaccessibles. Des centaines de milliers de passagers se retrouvent bloqués, parfois depuis samedi, entre terminaux bondés et hôtels de fortune.
92 % des vols vers Bahreïn annulés
Les chiffres communiqués par la société d’analyse aérienne Cirium, repris par la BBC, donnent l’ampleur du désastre. Ce lundi matin, 79 % des vols mondiaux à destination du Qatar avaient été supprimés. Le taux grimpe à 71 % pour les Émirats arabes unis, 81 % pour Israël et 92 % pour Bahreïn. L’espace aérien qatarien reste entièrement fermé : Qatar Airways a confirmé la suspension totale de ses opérations jusqu’à nouvel ordre.
Ian Petchenik, directeur de la communication de Flightradar24, le service de suivi de vols en temps réel, prévient que les perturbations « ne feront qu’augmenter si la crise se prolonge » et qu’elles « auront d’énormes répercussions sur l’industrie ». Du côté de Dubaï, l’aéroport a annoncé une « reprise limitée des opérations » en soirée, avec un nombre restreint de départs autorisés. Emirates a indiqué qu’elle contacterait directement les passagers ayant des réservations antérieures pour les placer sur ces vols prioritaires, tout en leur demandant de ne pas se rendre à l’aéroport sans notification préalable.
Etihad Airways, basée à Abou Dabi, a prolongé la suspension de ses vols réguliers jusqu’à mercredi 14 heures (heure locale). Quelques vols de repositionnement, de fret et de rapatriement ont pu décoller lundi, vers Londres, Moscou, Paris, Le Caire ou New Delhi, selon les données Flightradar24. Mais pour l’immense majorité des passagers, la situation reste figée.
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190 000 Français au Moyen-Orient, dont 33 000 aux Émirats
Selon les données du registre consulaire du ministère des Affaires étrangères, arrêtées au 31 décembre 2025 et relayées par 20 Minutes, environ 190 000 ressortissants français vivent au Moyen-Orient. Les Émirats arabes unis en comptent 33 438, le Qatar 5 724, Bahreïn 1 068, sans compter les milliers de touristes et voyageurs d’affaires en transit. Ces derniers ne figurent pas dans les registres officiels.
Emmanuel Macron a affirmé dimanche que « la priorité absolue est la sécurité de nos ressortissants dans tous les pays frappés ». La France prépare des dispositifs de rapatriement « dès que les espaces aériens seront ouverts », selon le président, cité par 20 Minutes. Le Quai d’Orsay a déconseillé tout voyage vers les Émirats depuis le 1er mars et rappelé les numéros d’urgence : l’ambassade à Abou Dabi (+971 28 13 10 01), le consulat général à Dubaï (+971 44 08 49 06) et le centre de crise à Paris (+33 1 43 17 51 00).
Au Royaume-Uni, la BBC rapporte que plus de 100 000 Britanniques ont signalé leur présence au Moyen-Orient auprès de leur gouvernement. La secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Yvette Cooper, a qualifié la situation de « profondément stressante » pour les personnes concernées, précisant que beaucoup étaient des vacanciers ou des voyageurs d’affaires.
Écoles fermées, télétravail et explosions au restaurant
À Dubaï, les expatriés français interrogés par 20 Minutes décrivent une ville au ralenti. Les écoles sont fermées jusqu’à mercredi au minimum. Le télétravail est devenu la norme. Les rues, d’habitude grouillantes d’activité, se sont vidées. Nicolas, chef d’entreprise installé aux Émirats depuis 2018, raconte avoir entendu une explosion en sortant de sa voiture devant un restaurant situé dans le périmètre des frappes. « On est quand même allés manger et quand on a vu que ça continuait, on est finalement rentrés chez nous », témoigne-t-il auprès de 20 Minutes. « On ne savait pas comment réagir, alors on s’est mis en sécurité à la maison. »
Laetitia, expatriée depuis vingt ans, se montre plus sereine. « Tout va bien de notre côté. Il n’y a rien de dramatique pour l’instant. Les frappes se concentrent sur des objectifs militaires et de renseignement. Les civils sont épargnés jusqu’à présent. Le reste, ce sont surtout des images spectaculaires qui font le bonheur des chaînes TV. » Les expatriés s’organisent via des groupes WhatsApp, mais peu ont contacté le consulat. « Quand il faudra rentrer, on rentrera, mais on ne va pas se faire rapatrier comme ça », résume Nicolas.
Le Golfe, plaque tournante du trafic mondial
La fermeture du ciel du Golfe n’est pas qu’une affaire régionale. Avant la crise, Dubaï accueillait près de 90 millions de passagers par an, selon les données de Dubai Airports. Doha, grâce à Qatar Airways, connecte l’Asie à l’Europe et à l’Afrique avec des centaines de rotations quotidiennes. Ces deux hubs à eux seuls représentent une part significative du trafic aérien intercontinental. Leur mise à l’arrêt provoque des annulations en cascade bien au-delà de la zone de conflit : des passagers se retrouvent coincés à Bali, à Londres, à Nairobi, partout où des correspondances via le Golfe étaient prévues.
L’impact économique pour les compagnies du Golfe se chiffre déjà en centaines de millions de dollars de pertes. Emirates et Etihad, qui ont bâti leur modèle sur le transit international, voient leur réseau paralysé. Les assureurs maritimes, de leur côté, ont annoncé le retrait de leur couverture de risque de guerre pour les navires transitant par le golfe Persique et le détroit d’Ormuz à partir du 5 mars, selon la BBC. Une décision qui pourrait aggraver l’isolement logistique de la région dans les jours qui viennent.
Une reprise suspendue aux prochaines heures
La durée de la paralysie reste la grande inconnue. Qatar Airways a promis une mise à jour mardi matin. Dubai Airports teste une reprise partielle depuis lundi soir, avec des créneaux strictement encadrés par les autorités émiriennes. La situation évolue d’heure en heure, et les compagnies demandent aux passagers de ne vérifier les informations que sur leurs sites officiels et applications.
Pour les voyageurs français, le Quai d’Orsay recommande de s’inscrire sur le fil Ariane et de garder un contact régulier avec leur compagnie aérienne. La prochaine fenêtre de tir pour des rapatriements dépendra de la réouverture, même partielle, des espaces aériens qatarien et émirien, tous deux encore fermés ce lundi soir.