46 % de femmes dans les conseils d’administration. Sur le papier, aucun pays ne fait mieux. Le baromètre Equileap, publié ce mercredi, confirme le rang de la France : deuxième mondiale pour l’égalité entre femmes et hommes dans les grandes entreprises, juste derrière l’Espagne. Mais en grattant sous le vernis, la réalité se complique. Plus on monte dans la hiérarchie, plus les femmes disparaissent.
Deuxième du classement, première sur les conseils d’administration
Chaque année, le cabinet néerlandais Equileap passe au crible les pratiques de 3 430 grandes entreprises cotées dans 24 pays. L’indice compile 19 critères : proportion de femmes dans les instances dirigeantes, écarts de rémunération, politiques de recrutement non discriminatoires, dispositifs contre le harcèlement sexuel. En 2026, la France décroche un score de 59 %, talonnant l’Espagne et ses 60 %. L’Italie, la Norvège et le Royaume-Uni complètent le podium élargi.
Sur un point précis, la France domine tout le monde : la composition des conseils d’administration. Avec 46 % de femmes, elle devance tous les pays analysés, rapporte BFM TV. Ce résultat n’a rien de spontané. Depuis la loi Copé-Zimmermann de 2011, les entreprises cotées doivent réserver au moins 40 % de leurs sièges aux femmes dans leurs CA. Quinze ans plus tard, le quota est non seulement atteint, mais dépassé.
Onze sociétés françaises figurent dans le top 100 mondial d’Equileap : Publicis, Sanofi, Sodexo, BNP Paribas et L’Oréal en tête.
Le plafond se durcit à chaque étage
Les chiffres flatteurs des CA masquent un décrochage brutal dès qu’on regarde les postes opérationnels. Les femmes n’occupent que 28 % des postes de direction et 32 % des fonctions de management senior, selon le baromètre Equileap. Autrement dit, elles siègent dans les organes de contrôle, mais pilotent rarement les activités au quotidien.
Le sommet de la pyramide reste un quasi-monopole masculin. Les femmes ne représentent que 10 % des PDG parmi les entreprises étudiées. Un chiffre en légère hausse par rapport aux 8 % mesurés un an plus tôt, mais qui traduit un rythme de progression très lent. À ce rythme, la parité au poste de direction générale prendrait des décennies.
La loi Rixain, adoptée en 2021, tente de forcer l’accélération. Depuis le 1er mars 2026, les comités exécutifs et comités de direction des grandes entreprises doivent comprendre au moins 30 % de femmes. L’objectif passe à 40 % en 2029. Les premières sanctions tomberont pour les sociétés qui ne se conforment pas, mais il faudra attendre les bilans annuels pour mesurer l’effet réel de cette obligation.
21,8 % d’écart salarial : le point noir français
Si la France excelle sur la représentation dans les CA, elle trébuche sur la rémunération. L’INSEE évalue l’écart salarial global entre femmes et hommes à 21,8 %. Ramené à un temps de travail identique, le fossé se réduit à 14 %. À poste strictement équivalent, il reste 3,6 % d’écart « inexpliqué », celui que les économistes peinent à justifier autrement que par de la discrimination.
L’Espagne, première du classement Equileap, affiche un avantage net sur ce terrain : 100 % de ses grandes entreprises publient des données salariales ventilées par sexe. En France, ce taux plafonne à 75 %. Depuis 2021, les entreprises espagnoles tiennent obligatoirement des registres de rémunération par genre et élaborent des plans d’égalité incluant des audits salariaux.
L’Espagne se distingue aussi par l’universalité de ses politiques anti-harcèlement : toutes les sociétés analysées en disposent. En France, en Italie et aux Pays-Bas, le taux d’adoption oscille entre 86 et 88 %, selon Equileap.
Une directive européenne pour réduire les écarts
Le fossé salarial pourrait se réduire dans toute l’Union européenne grâce à la directive sur la transparence des rémunérations, adoptée en 2023 et en cours de transposition. Le texte impose aux entreprises de divulguer les niveaux de salaire moyens pour un travail de valeur équivalente. Si l’écart entre femmes et hommes dépasse 5 %, des mesures correctives deviennent obligatoires.
Concrètement, chaque salarié pourra demander à connaître la rémunération moyenne des collègues occupant un poste comparable. Les offres d’emploi devront mentionner une fourchette salariale. Pour les grandes entreprises, un rapport public sur les écarts sera exigé tous les ans. Les États membres ont jusqu’à juin 2026 pour transposer la directive dans leur droit national, un délai que plusieurs pays risquent de ne pas tenir.
Le 8 mars, entre satisfaction et exigence
Ces résultats tombent à trois jours de la Journée internationale des droits des femmes, prévue samedi 8 mars. Le bilan français dessine un portrait contrasté : des lois ambitieuses qui produisent des effets mesurables sur la composition des CA, mais un plafond de verre intact aux échelons de pouvoir réel et des inégalités salariales persistantes.
Le prochain rendez-vous législatif se profile pour juin 2026, date limite pour la transposition de la directive européenne sur la transparence salariale. La France devra alors prouver que ses scores flatteurs dans les classements se traduisent aussi dans les fiches de paie.