France Télévisions a dévoilé ce vendredi 6 mars le titre que la France défendra à l’Eurovision 2026 : « Regarde ! », une ballade pop aux envolées lyriques interprétée par Monroe, une chanteuse de 17 ans née aux États-Unis d’une mère française. Le concours se tiendra le 16 mai à Vienne, en Autriche. Et cette année, la délégation française ne cache pas son ambition : rompre avec près d’un demi-siècle sans trophée.
De l’Utah aux cathédrales françaises
Monroe n’est pas une inconnue du public français. Née à Salt Lake City dans l’Utah, d’un père américain et d’une mère française, elle a grandi entre deux cultures avant de se faire remarquer sur France 2. En janvier 2025, elle remportait la finale de « Prodiges », l’émission qui révèle les jeunes talents classiques, en interprétant l’air de la Reine de la Nuit extrait de La Flûte enchantée de Mozart. Une performance qui lui avait valu le premier prix toutes catégories confondues et une bourse de 10 000 euros, rappelle Franceinfo.
Depuis, la jeune soprano n’a pas chômé. Plus tôt cette année, elle a sillonné les églises et cathédrales de France lors d’une tournée intitulée « Récital de chants sacrés ». Elle a confié au magazine Le Pèlerin avoir découvert le chant à l’église de Brigham City, une petite ville de l’Utah. « C’est là que j’ai compris la puissance de la musique, qui tisse des liens entre les gens, mais aussi entre le ciel et la terre », avait-elle déclaré.
À 17 ans, elle mesure le poids de la mission qu’on lui confie. « J’ai pleinement conscience de la confiance qu’on me fait », a-t-elle affirmé dans le communiqué diffusé par France Télévisions. « Je souhaite offrir à l’Europe une performance intense, sincère, portée par un message universel : l’amour est ce qui nous rassemble. »
Le pari du chant lyrique
Avec « Regarde ! », la délégation française assume un virage musical clair. Le morceau, composé par Maxime Morise et Christopher Cohen (le duo Violin Phonix), Fred Savio et Fredie Marche, mêle des rythmiques pop enveloppantes à des montées vocales dignes de l’opéra. Un registre que la cheffe de délégation Alexandra Redde-Amiel qualifie de « choix d’une France qui ose, qui embrasse toute la richesse de son spectre musical », selon 20 Minutes.
Ce positionnement n’a rien d’un hasard. Les deux derniers vainqueurs du concours ont conquis l’Europe sur des sonorités similaires. En 2024, le Suisse Nemo l’emportait avec « The Code », un titre oscillant entre rap et envolées opératiques. L’année suivante, à Bâle, l’Autrichien JJ (Johannes Pietsch) triomphait avec « Wasted Love », une pièce baroque et électronique portée par une voix de ténor. Le registre lyrique semble être devenu la formule gagnante du concours, et la France tente visiblement de s’engouffrer dans la brèche.
Pour autant, le pari comporte une part de risque. Monroe aura face à elle 34 autres candidats, dont certaines nations habituées aux premières places. La Suède, l’Italie et l’Ukraine figurent traditionnellement parmi les favoris.
1977, la dernière année de gloire
Le palmarès français à l’Eurovision raconte une histoire en deux actes. Entre 1958 et 1977, la France a décroché cinq victoires, un record partagé avec le Luxembourg à l’époque. Puis, plus rien. Depuis le triomphe de Marie Myriam en 1977 avec « L’Oiseau et l’Enfant », aucun représentant tricolore n’a soulevé le trophée. Quarante-neuf ans de disette qui pèsent lourd dans un pays cofondateur du concours en 1956.
Les tentatives récentes n’ont pas manqué d’ambition. En 2025, la France avait envoyé Louane, figure populaire de la chanson française, qui avait terminé à la septième place à Bâle avec le titre « Maman ». Un résultat honorable, mais loin de la victoire espérée, note Franceinfo.
Il y a toutefois des signaux encourageants. En novembre 2025, la jeune Lou Deleuze, 11 ans, remportait l’Eurovision Junior avec « Ce Monde ». La quatrième victoire française dans cette compétition cadette a ravivé l’espoir d’une nation qui attend son heure depuis bientôt un demi-siècle.
Vienne sous haute surveillance
L’Eurovision 2026 se déroulera dans un contexte géopolitique tendu. Cinq pays ont décidé de boycotter l’événement, selon Franceinfo, en raison notamment de la participation d’Israël au concours. De son côté, la police autrichienne a annoncé un renforcement des mesures de sécurité autour de l’événement prévu au mois de mai dans la capitale. Les autorités affirment qu’aucune menace concrète ne vise actuellement le concours, mais préfèrent anticiper face à la montée des tensions internationales.
La France, en tant que membre du « Big Four » (avec l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni), est qualifiée d’office pour la finale et n’aura pas à passer par les demi-finales éliminatoires. Monroe aura cependant l’occasion de roder « Regarde ! » devant le public européen lors de la deuxième demi-finale, programmée le 14 mai, deux jours avant la grande finale du 16 mai.
D’ici là, les pronostics vont bon train. Les sites spécialisés dans le concours commenceront à publier leurs premières cotes dans les semaines à venir. Si le registre lyrique continue de dominer, Monroe et sa voix de soprano pourraient bien créer la surprise à Vienne. Le verdict tombera le 16 mai.