Deux engins artisanaux garnis d’écrous, de boulons et de vis ont été lancés samedi 7 mars devant Gracie Mansion, la résidence officielle du maire de New York, en marge d’un rassemblement anti-islam. Un homme de 18 ans a été interpellé. Le maire Zohran Mamdani, premier élu musulman à diriger la ville, ne se trouvait pas sur les lieux.

Flammes et fumée devant la résidence du maire

Vers 11 heures du matin (heure locale), une vingtaine de partisans de l’influenceur conservateur Jake Lang scandaient des slogans devant la demeure officielle du maire. En face, environ 125 contre-manifestants leur faisaient barrage sous la bannière « Chassez les nazis de New York ». Les deux groupes occupaient des périmètres séparés par des barrières et un imposant cordon policier.

L’escalade a débuté quand un sympathisant du camp de Lang a aspergé des contre-manifestants de gaz lacrymogène, selon le récit de la cheffe du NYPD Jessica Tisch relayé par DW. Peu après, un contre-manifestant a allumé puis projeté un premier engin vers la zone adverse. « Des témoins ont rapporté avoir vu des flammes et de la fumée alors que l’objet traversait les airs, avant de percuter une barrière et de s’éteindre à quelques mètres d’officiers de police », a précisé Tisch lors de son point presse.

L’individu s’est ensuite mis à courir. Un second homme lui a remis un autre engin, qu’il a laissé tomber à proximité du groupe de manifestants pro-Lang. Les deux suspects ont été maîtrisés et placés en garde à vue.

Bocal, ruban adhésif et mèche artisanale

La commissaire Tisch a livré une description précise des dispositifs. Plus petits qu’un ballon de football américain, ils se composaient d’un bocal enveloppé de ruban adhésif noir contenant des écrous, des boulons et des vis, le tout complété par une mèche pouvant être allumée. Des images radiographiques ont été réalisées pour en analyser la structure interne.

« Nous ne savons pas encore si ces engins contenaient des matières énergétiques », a indiqué Tisch, citée par Le Figaro. La question est loin d’être anodine : la présence de quincaillerie métallique rappelle la composition d’engins à fragmentation conçus pour blesser. Mais l’absence confirmée d’explosifs pourrait aussi orienter l’enquête vers une tentative d’intimidation plutôt que vers un acte meurtrier.

Le suspect principal a été identifié comme Amir Balat, 18 ans. Selon un journaliste de l’AFP présent sur place, il aurait crié « Allah Akbar » au moment des faits. Les charges retenues contre les deux hommes arrêtés n’ont pas été précisées dans l’immédiat.

Mamdani, un maire qui divise

L’épisode met en lumière le climat de crispation qui entoure Zohran Mamdani depuis son investiture le 1er janvier. Ancien élu de l’assemblée de l’État de New York pour le quartier du Queens, cet Américain d’origine tanzanienne est devenu le tout premier maire musulman de la ville. Son élection avait été saluée par une large partie de l’électorat new-yorkais, mais elle a aussi braqué certains cercles conservateurs.

Jake Lang, organisateur du rassemblement, avait intitulé sa manifestation « Stop à l’islamisation de New York » et réclamait la fin de ce qu’il appelle les « prières musulmanes publiques » dans les rues de la métropole. Sa mobilisation n’a attiré qu’une vingtaine de personnes, largement dépassées en nombre par le camp adverse.

Le rassemblement de Lang ne constitue pas un cas isolé. Depuis l’élection de Mamdani, plusieurs manifestations du même type ont visé sa personne ou ses positions politiques, une dynamique que l’on retrouve dans d’autres grandes villes américaines où les tensions communautaires ont pris de l’ampleur ces dernières années.

« La haine n’a pas sa place ici »

Parmi les contre-manifestants, Mia Kurzer, 23 ans, a résumé à l’AFP le sentiment de ceux qui s’étaient déplacés pour s’opposer au rassemblement de Lang : « La haine n’a pas sa place dans notre ville. Nous avons élu démocratiquement un maire musulman, et c’est ça, New York. Nous avons différentes cultures, et nous devons les célébrer. »

Le conflit en cours au Moyen-Orient alourdit encore le contexte. Depuis le début des hostilités entre les États-Unis, Israël et l’Iran fin février, plusieurs villes américaines ont connu des rassemblements houleux où se mêlent tensions géopolitiques et fractures intérieures. New York, avec ses 8,3 millions d’habitants issus de dizaines de communautés différentes, fait figure de caisse de résonance pour ces polarisations.

Le NYPD, qui avait anticipé les risques en positionnant un dispositif massif autour de Gracie Mansion, n’a pas signalé d’autres découvertes suspectes sur le site. La mairie de New York ne s’est pas exprimée officiellement dans les heures qui ont suivi. L’analyse complète des engins et les résultats de l’enquête devraient être communiqués dans les prochains jours, selon la police.