Ce dimanche 8 mars, des dizaines de milliers de personnes vont descendre dans les rues de France. À Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille, mais aussi dans des communes plus modestes comme Saint-Malo, Annemasse ou L’Île-Rousse, la journée de lutte pour les droits des femmes prend cette année une ampleur particulière. Le contexte politique y est pour beaucoup : les élections municipales se tiennent dans une semaine, et les chiffres publiés à l’occasion de cette journée rappellent que les inégalités entre femmes et hommes restent solidement enracinées.

150 points de rassemblement sur tout le territoire

Plus d’une centaine d’organisations, syndicats et associations féministes confondus, ont lancé un appel commun à la mobilisation. Au total, 150 lieux de rendez-vous ont été recensés à travers le pays, selon franceinfo. À Paris, le cortège principal partira à 14 heures de la place de Stalingrad en direction de la place de la République. « La lutte pour l’émancipation des femmes » et « contre l’extrême droite, qui sème le racisme, la misogynie et l’homophobie » figurent parmi les motifs avancés par Myriam Lebkiri, de la CGT, rapporte Libération.

Le collectif Grève féministe, qui coordonne la mobilisation, a choisi un geste symbolique pour marquer les esprits. La devise « liberté, égalité*, fraternité » sera projetée en soirée sur la Tour Eiffel, avec un astérisque accolé au mot « égalité ». Ce signe typographique renvoie, selon les organisatrices, à une égalité « sous conditions non consenties » pour les femmes. De son côté, le collectif Némésis, issu de la mouvance d’extrême droite, a annoncé un rassemblement distinct dans l’ouest de la capitale, provoquant la colère d’une partie des organisatrices qui l’accusent d’instrumentaliser le combat féministe.

Les chiffres du malaise au travail

Les cortèges ne manquent pas de données pour alimenter la colère. Un baromètre du cabinet Qualisocial, réalisé par Ipsos, indique que 25 % des femmes salariées se considèrent en mauvaise santé mentale au travail, un taux qui tombe à 19 % chez les hommes. Six points d’écart que les autrices du rapport attribuent en partie à la charge mentale, au harcèlement et à des environnements professionnels encore marqués par les stéréotypes de genre.

La sphère privée n’offre guère plus de répit. Une enquête de la Fédération hospitalière de France, dévoilée ce dimanche et consultée par France Inter, révèle que plus de 7 femmes sur 10 assument seules la gestion sanitaire de leur foyer. Rendez-vous médicaux, suivi des traitements, accompagnement chez le médecin : 85 % des 1 328 femmes interrogées déclarent prendre en charge seules la prise de rendez-vous pour leurs enfants ou leur conjoint. Près de 3 répondantes sur 5 estiment que cette responsabilité pèse directement sur leur propre santé.

Le fossé se creuse en milieu rural

Les inégalités se renforcent encore loin des grandes villes. Une étude de l’Institut Terram et de l’association Rura, publiée en décembre, établit que 7 femmes sur 10 gagnent moins que leur conjoint à la campagne, contre 6 sur 10 en zone urbaine. Dans trois quarts des familles rurales, ce sont exclusivement les mères qui assurent les trajets vers l’école. Les féminicides y sont aussi plus fréquents qu’en milieu urbain, précise la même étude. « Papa joue aux jeux vidéo et maman fait tout », résument les enfants de Coralie, mère de famille en Eure-et-Loir interrogée par franceinfo, dont le salaire de chargée de recrutement plafonne à 1 600 euros nets quand celui de son conjoint oscille entre 2 500 et 3 500 euros.

La rue, à sept jours des urnes

Ce 8 mars prend une coloration politique à part. Les élections municipales sont fixées aux 15 et 22 mars. Les associations membres du collectif Grève féministe entendent peser dans le débat à ce moment charnière. « Il suffit de voir ce qu’il se passe aux États-Unis, avec Donald Trump, c’est un laboratoire », a déclaré Anne Leclerc, du Collectif national pour les droits des femmes, à franceinfo. Depuis son retour à la Maison-Blanche, le président américain a multiplié les restrictions d’accès à l’avortement et démantelé plusieurs politiques de lutte contre les discriminations.

En France, la question de l’accès à l’interruption volontaire de grossesse alimente les tensions. « Nous sommes en alerte », a déclaré Sarah Durocher, du Planning familial, à franceinfo, évoquant des « difficultés d’accès à l’avortement sur le terrain » liées au « manque de moyens » et à la « fermeture de structures de proximité ». Les féminicides conjugaux ont atteint 107 victimes en 2024, en hausse de 11 % sur un an, selon le ministère de l’Intérieur.

Côté international, l’Espagne a mis en place un arsenal législatif renforcé contre les violences de genre ces dernières années, allant jusqu’à déployer des outils de surveillance numérique pour protéger les victimes, comme le rapporte Deutsche Welle. Un modèle souvent cité par les associations françaises, qui réclament des mesures comparables.

Les cortèges de ce dimanche feront aussi office de baromètre. À sept jours du premier tour des municipales, la participation donnera une indication sur la capacité des mouvements féministes à convertir les revendications de la rue en mobilisation électorale. Les résultats du scrutin, les 15 et 22 mars, diront si les pancartes de ce 8 mars trouvent un prolongement dans les urnes.