Lundi à 16h43, une déflagration a soufflé une partie de Liuyang. L’usine Huasheng Fireworks venait d’exploser. Bilan provisoire annoncé par CCTV : 26 morts, 61 blessés et un périmètre de trois kilomètres évacué dans l’urgence.

Une explosion ressentie à plusieurs kilomètres

Tout est parti de l’atelier d’assemblage. La détonation a été suivie d’une boule de feu visible depuis les villages voisins, et de nouvelles déflagrations en chaîne provoquées par les stocks de poudre. Cinq équipes de secours ont été envoyées sur place, soit près de cinq cents pompiers, militaires et personnels médicaux. Les autorités ont arrosé le site pendant des heures pour éviter une réaction secondaire au contact des cartons restants. Selon RTE, qui cite l’agence Xinhua, un homme se trouvait toujours porté disparu lundi soir, ce qui pourrait alourdir un bilan déjà supérieur aux premiers chiffres officiels. Les familles ont été regroupées dans une école transformée en centre d’accueil.

Le ciel est resté chargé de fumées chimiques pendant la nuit. Les habitants situés à moins de trois kilomètres ont reçu l’ordre de quitter leur logement, certains à pied, d’autres en voiture, sans avoir le temps de prendre quoi que ce soit. La province du Hunan, dans le centre de la Chine, a déployé une cellule de crise dès la première heure. CCTV, contrôlée par l’État chinois, a diffusé des images aériennes montrant un cratère noir là où se dressaient encore quelques heures plus tôt plusieurs hangars de stockage.

Liuyang fournit 70 % des feux du monde

Le drame a frappé l’épicentre mondial des feux d’artifice. Liuyang, ville de 1,5 million d’habitants, concentre 60 % de la production chinoise et environ 70 % des exportations mondiales selon les chiffres communiqués par la China Fireworks Association. Près d’un millier d’usines y travaillent à plein régime, surtout au printemps quand les commandes asiatiques et européennes pour l’été affluent. La filière fait vivre près de 300 000 personnes dans la région, des artificiers eux-mêmes aux fabricants de cartouches en passant par les transporteurs spécialisés. Les feux qui illumineront le 14 Juillet en France, le Nouvel An à Sydney ou les fêtes de Diwali en Inde ont une probabilité élevée d’avoir transité par Liuyang.

L’usine Huasheng Fireworks Manufacturing and Display Company figure parmi les plus anciennes du district. Elle exporte vers une cinquantaine de pays. Plusieurs distributeurs européens, dont des grossistes français et allemands, s’y approvisionnent depuis vingt ans pour les fêtes municipales et les feux privés. Une rupture d’approvisionnement n’est pas exclue à court terme, surtout si l’enquête de sécurité provoque la fermeture temporaire d’autres ateliers du district.

Xi Jinping promet des comptes, la direction arrêtée

Le président chinois est intervenu dès lundi soir. Dans un communiqué relayé par CCTV, Xi Jinping a demandé « tout mettre en œuvre » pour soigner les blessés, retrouver les disparus et obliger les responsables à rendre des comptes. La police de Liuyang a annoncé l’arrestation de la direction de l’entreprise dans les heures qui ont suivi la catastrophe. L’enquête, conduite par l’administration chinoise de la sécurité au travail, doit déterminer si les normes de stockage de poudre et d’éloignement entre les ateliers ont été respectées.

Les amendes prévues par le code chinois du travail peuvent atteindre 5 millions de yuans, soit environ 640 000 euros, et les peines de prison vont jusqu’à dix ans pour les dirigeants reconnus responsables d’un défaut grave. La justice locale agit vite dans ce type de dossier : en 2023, après une explosion meurtrière dans une mine de charbon du Shanxi, le directeur général avait été condamné en moins de quatre mois.

Une industrie qui tue par cycles

Les drames se succèdent dans le Hunan depuis trente ans. En 2019, déjà à Liuyang, une explosion avait fait 13 morts et déclenché une vague d’inspections qui s’était essoufflée en quelques mois. En 2017, une autre détonation à Liling, ville voisine, avait coûté la vie à 11 ouvriers. La Cour des comptes chinoise a recensé, dans un rapport publié en 2024, plus de 200 accidents mortels dans la filière entre 2010 et 2023, soit une moyenne de 15 par an. Les normes existent, mais leur application varie selon les districts et la pression économique. Pendant les pics de production, certains ateliers cumulent jusqu’à dix tonnes de poudre noire dans un même bâtiment, alors que la limite officielle est fixée à deux tonnes.

La filière a tenté plusieurs réformes. Pékin a fermé près de 4 000 ateliers entre 2015 et 2020, jugés trop petits pour être contrôlés. Les survivants ont été regroupés dans des « parcs industriels » censés respecter des distances de sécurité strictes. Huasheng Fireworks faisait partie de cette nouvelle génération d’usines modernisées. La catastrophe pose la question de l’efficacité réelle de ces regroupements, et du contrôle exercé sur les sites les plus rentables, donc les plus protégés politiquement.

Ce qui peut changer après Liuyang

Les regards se tournent désormais vers les inspections nationales, prévues sur l’ensemble des sites pyrotechniques chinois dans les prochaines semaines. L’agence d’État chargée de la sécurité au travail a annoncé une « campagne extraordinaire » qui pourrait conduire à la fermeture provisoire de centaines d’ateliers le temps de vérifier leur conformité. Pour les acheteurs étrangers, le risque est double : pénurie possible à l’approche de l’été, et hausse des prix si la production se contracte. Les commandes pour le 14 Juillet français ont été passées dès l’automne, mais celles destinées aux fêtes locales d’août restent en cours.

L’enquête de Liuyang devrait livrer ses premières conclusions sous quinze jours selon les autorités chinoises. La justice locale a déjà saisi les registres de l’usine et placé sous scellés trois bâtiments épargnés par la déflagration. Les funérailles des premières victimes sont prévues à partir de mercredi.