Quarante-neuf départements sont passés en vigilance rouge ce lundi à la mi-journée. C’est le cran le plus élevé du dispositif d’alerte français, et jamais une telle portion du pays n’y avait basculé en même temps depuis sa création. Plus frappant encore : d’après Météo-France, la température moyenne de ce 22 juin pourrait égaler celle de la journée la plus chaude jamais relevée dans le pays, tous mois confondus. Et nous sommes en juin.

Presque toute la France en alerte

Au plus fort de l’épisode, 49 départements affichent le rouge et 40 autres l’orange. Près de neuf départements métropolitains sur dix se retrouvent ainsi sous surveillance renforcée. La bascule au rouge, effective à partir de midi, ne dépend pas que du thermomètre : elle intègre des critères sanitaires, l’âge de la population, la durée de l’épisode et l’absence de répit la nuit.

Le chiffre de 49 n’a rien d’anodin. Depuis le lancement de la vigilance météo en 2001, la France n’avait jamais vu autant de territoires franchir ce seuil en même temps. En cause, un dôme de chaleur installé sur l’Europe de l’Ouest, qui aspire vers le nord un air brûlant venu d’Espagne et du Sahara et le piège au-dessus du pays. La vague a démarré le 17 juin et s’étire, intense, du Sud-Ouest au Nord-Est. Sur ses panneaux, Vinci Autoroutes a relayé l’alerte pour des millions d’automobilistes lancés vers leurs premières vacances.

Aussi chaud qu’au cœur de l’été

Les prévisionnistes attendent 37 à 42 °C selon les régions ce lundi, avec les pointes les plus hautes sur le Centre-Ouest et le nord de l’Aquitaine. Météo-France ne parle plus d’un simple coup de chaud, mais d’un épisode dont la sévérité « pourrait approcher celle d’août 2003 ». L’institut range cette séquence au niveau de juillet 2019, l’été du record national absolu.

Le détail des relevés récents donne le ton. Le 18 juin, la barre des 40 °C tombait pour la première fois de l’année, avec 40,2 °C à Montmorillon, dans la Vienne. Le lendemain, plusieurs stations ouvertes depuis des décennies battaient leur record de juin : 37 °C à Strasbourg et à Troyes, 36 °C à Paris comme à Lyon, 35 °C à Bordeaux et à Lille. À Langres, en Haute-Marne, on n’avait jamais relevé pareille chaleur en juin depuis l’ouverture de la station, en 1949. Ce mois brûlant succède d’ailleurs à un mois de mai déjà hors normes, le plus chaud jamais mesuré sur quelque 60 % du territoire.

Le vrai danger se joue la nuit

La chaleur du jour épuise, mais c’est l’obscurité qui tue. Dans la nuit de dimanche à lundi, la moyenne nationale des températures minimales a atteint 21,4 °C, du jamais-vu depuis l’épisode de juillet 2019. Du Sud-Ouest au Nord-Est, le mercure est resté bloqué au-dessus de 22 °C. Quand la nuit ne rafraîchit plus, le corps ne récupère pas.

Le mécanisme est bien connu des médecins. Privé de la pause que procure d’ordinaire une nuit fraîche, le système cardiovasculaire continue de lutter pour évacuer la chaleur. Après plusieurs nuits dites tropicales, au-dessus de 20 °C, la fatigue s’accumule et le risque grimpe, surtout chez les personnes âgées, les nourrissons et les malades chroniques. C’est exactement cet enchaînement de nuits sans répit qui avait transformé l’été 2003 en catastrophe sanitaire.

Treize noyades en un week-end

Le bilan humain n’a pas attendu le pic. Le porte-parole national de la Sécurité civile a fait état de treize décès par noyade depuis samedi soir, des baigneurs partis chercher un peu de fraîcheur dans une rivière ou un plan d’eau. Parmi eux, un adolescent de 17 ans emporté par le courant dans la Dordogne, et deux mineurs noyés dans le Doubs lors d’une baignade interdite près de Besançon. Sept morts de plus sont directement imputées à la chaleur par le gouvernement.

Quelque 250 000 sapeurs-pompiers ont été placés en alerte pour la durée de l’épisode. La ministre de la Santé a prévenu que beaucoup de Français « vont souffrir » et a appelé à veiller sur les voisins isolés. Le numéro vert Canicule info service, le 0800 06 66 66, a été rouvert pour rappeler les bons réflexes : boire avant d’avoir soif, fermer les volets le jour, fuir les heures les plus chaudes.

La 52e vague depuis 1947

Cet épisode n’arrive pas isolé. Météo-France le classe comme la 52e vague de chaleur recensée dans le pays depuis 1947. Le détail interpelle : la moitié de ces vagues se sont produites avant 2010, soit en soixante ans, l’autre moitié après, en quinze ans à peine. Les canicules de juin, longtemps rares, se sont enchaînées ces dernières années : 2005, 2017, 2022, puis 2025 et 2026. L’institut y voit la marque d’un climat qui change, où ces épisodes précoces deviennent de plus en plus probables.

La vigilance rouge canicule, justement, est née de la sidération de 2003. Cet été-là, environ 15 000 personnes étaient mortes en deux semaines, une surmortalité de 60 % à l’échelle du pays et même de 130 % en Île-de-France, selon l’Inserm. Le Plan national canicule et ce quatrième cran d’alerte, le rouge, ont suivi dès 2004. Vingt-deux ans plus tard, le dispositif affiche un niveau qu’il n’avait jamais atteint sur une aussi grande partie du territoire.

Le répit pourrait venir de l’ouest dès vendredi, quand des orages sont attendus pour faire reculer le thermomètre. La chaleur, elle, laissera des traces : les sols n’avaient plus été aussi secs à cette période depuis 1976, et le risque d’incendie gagne déjà du terrain, du littoral atlantique au pourtour méditerranéen. La fin de la canicule ne signera pas celle de l’été à risque.