Un cancer agressif, repéré presque par accident au printemps 2025. Un an plus tard, Jeremy Clarkson est tiré d’affaire et se décrit comme « l’homme le plus chanceux du monde ». L’ancien présentateur de Top Gear en a tiré une obsession qu’il répète partout : sans ce contrôle de routine, il serait peut-être en train de mourir aujourd’hui.
Un diagnostic révélé en plein tournage
Le grand public l’a appris en regardant la cinquième saison de Clarkson’s Farm, l’émission qui suit l’animateur britannique sur sa ferme anglaise. Dès le premier épisode, on le voit subir une intervention au cœur. Le dernier épisode, lui, se referme sur une annonce bien plus lourde : Clarkson confie à ses deux acolytes, Kaleb Cooper et Charlie Ireland, qu’il est atteint d’un cancer « agressif ». Il ne précise pas alors l’organe touché. Ce sera la prostate.
La scène finale le montre sur un lit d’hôpital, le ton inhabituellement grave. « Une partie du traitement a mal tourné, disons. Je vais rester ici un moment. Je ne sais pas ce qui va se passer. Si tout se passe bien, on se revoit pour la saison 6. Sinon, non. » Le diagnostic, lui, remonte à mai 2025. Détecté très tôt, a-t-il insisté, ce qui a sans doute tout changé. À 66 ans, l’homme le plus cynique de la télé anglaise venait de frôler le pire.
Un calvaire « pire que Defcon 1 »
Dans un entretien au Sunday Times repris par la BBC, Clarkson a raconté un parcours médical qui a déraillé. Il a été traité par ultrasons focalisés, une technique qui détruit la tumeur par la chaleur, sans chirurgie ouverte. Les ennuis sont venus après. Une sonde urinaire, puis une erreur de sa part : il a repris les anticoagulants prescrits pour son cœur alors qu’il n’aurait pas dû. Résultat, des douleurs qu’il qualifie de « spectaculaires », « pires que le niveau Defcon 1 sur l’échelle de la douleur ». « C’était horrible, et c’était entièrement ma faute », a-t-il reconnu.
Le test de la dernière chance est tombé il y a deux mois : aucune trace de cancer. Clarkson est officiellement en rémission, avec des prises de sang régulières pour surveiller la moindre rechute. De quoi transformer un homme réputé pour son humour à froid en militant un peu gêné de la prévention. « S’il y a une seule personne au monde qui regarde l’émission et se dit, tiens, je vais me faire contrôler, qui le détecte tôt, se fait soigner et continue à vivre normalement, alors ça vaut le coup de jouer les rabat-joie de la maladie », a-t-il confié au site spécialisé Deadline.
Le cancer masculin le plus fréquent en France
Derrière la célébrité du patient, la maladie concerne des millions d’hommes. En France, le cancer de la prostate est le plus répandu chez l’homme. L’Institut national du cancer recense 59 885 nouveaux cas pour la seule année 2023, loin devant le poumon et le côlon. Côté mortalité, il occupe la deuxième place des cancers masculins, avec environ 9 228 décès par an, derrière le poumon. Un bilan lourd qui cache une réalité plus rassurante : pris à temps, ce cancer se soigne très bien, avec l’un des meilleurs taux de survie à cinq ans.
C’est tout le paradoxe de cette tumeur. Elle frappe énormément, tue relativement peu au regard de sa fréquence, et progresse souvent si lentement que beaucoup d’hommes meurent avec, sans en mourir. D’où une question qui divise les médecins depuis vingt ans : faut-il, oui ou non, dépister tout le monde, comme le réclame Clarkson ?
Pourquoi la France ne teste pas tout le monde
La réponse des autorités sanitaires françaises est non. La Haute Autorité de santé ne recommande pas le dépistage systématique par dosage du PSA, cette protéine mesurée dans le sang dont le taux grimpe en présence d’un cancer, mais aussi d’une banale inflammation. Le test manque de fiabilité. Un PSA élevé déclenche des biopsies, parfois des traitements lourds, pour des tumeurs qui n’auraient jamais menacé la vie du patient. Incontinence et troubles de l’érection peuvent suivre, pour rien.
Les deux grandes études censées trancher, l’européenne ERSPC et l’américaine PLCO, ont rendu des résultats contradictoires et largement critiqués. Faute de preuve solide d’un bénéfice sur la mortalité, aucun pays ne recommande aujourd’hui de tester en masse les hommes sans symptôme. La pratique actuelle, rappelée par l’Assurance maladie, consiste à proposer le test au cas par cas, après information du patient, puis à le compléter par une IRM qui repère mieux les tumeurs vraiment dangereuses et écarte les inoffensives.
Ce que les médecins conseillent vraiment
Concrètement, un homme qui s’interroge n’est pas démuni. Les médecins invitent à en parler avec son généraliste dès 50 ans, ou plutôt 45 ans en cas d’antécédents familiaux ou pour les hommes d’origine africaine et antillaise, deux facteurs de risque reconnus. La décision de faire ou non le test revient au patient, une fois posés les avantages et les inconvénients sur la table. C’est la nuance qui sépare le message de Clarkson, « c’est une évidence, faites-le », de la prudence française, « parlez-en, puis décidez ».
Reste l’effet le plus immédiat de ces confidences télévisées : leur écho. Chaque fois qu’une personnalité raconte sa prostate en public, les demandes de rendez-vous grimpent dans les semaines qui suivent. L’aveu d’un homme aussi peu porté sur l’émotion que Clarkson pourrait peser plus lourd qu’une campagne officielle. Le verdict tombera à la rentrée : si « tout se passe bien », la sixième saison de Clarkson’s Farm sera bien tournée, portée par un fermier grincheux qui a découvert, à 66 ans, qu’un simple test pouvait sauver une vie. La sienne.