Solidays n’aura pas lieu. Le plus grand festival solidaire de France, attendu du 26 au 28 juin à l’hippodrome de ParisLongchamp, vient d’être rayé du calendrier à cause de la chaleur. Pour l’association qui l’organise, ce sont près de 3 millions d’euros qui s’évaporent en un week-end.
Un week-end parisien rayé d’un trait
En quarante-huit heures, l’agenda de tout un week-end s’est effondré. Solidays et ses têtes d’affiche, Orelsan, Gims ou encore Major Lazer, ne monteront pas sur scène. La Marche des fiertés, qui devait rassembler plusieurs centaines de milliers de personnes samedi dans les rues de la capitale, est repoussée à septembre. Plusieurs courses à pied d’Île-de-France ont été supprimées par arrêté, et le Running du château de Versailles, prévu dimanche, attendra lui aussi une autre date.
Le point commun de tous ces rendez-vous tient en une couleur. Météo-France a placé l’ensemble de la région parisienne en vigilance rouge, son niveau maximal, pour canicule extrême. Une première qui a suffi à figer la ville.
Le préfet a menacé d’interdire
La décision ne vient pas des organisateurs seuls. C’est la préfecture de police de Paris qui a demandé l’annulation des grands rassemblements, en agitant la possibilité d’une interdiction par arrêté si personne ne cédait. Son argument: la vague de chaleur installée depuis le 21 juin met les secours sous tension et sature les hôpitaux, où le nombre d’hospitalisations grimpe de jour en jour.
Les autorités sanitaires parlent d’un système au bord du basculement, entre coups de chaleur, malaises cardiaques et premiers décès attribués à l’épisode. Devant cette pression, l’équipe de Solidays a préféré renoncer plutôt que de prendre le risque d’un drame sur un site qui accueille des dizaines de milliers de personnes par jour. Le festival, né en 1999, n’avait quasiment jamais connu pareille interruption, en dehors de la parenthèse du Covid.
Solidarité Sida y laisse 3 millions
Derrière la fête annulée, il y a une caisse qui se vide. Solidays représente à lui seul environ 70 % des ressources de Solidarité Sida, selon les chiffres avancés par Europe 1. L’addition de l’annulation tourne autour de 3 millions d’euros, une somme qui finance habituellement des programmes de prévention et d’aide aux malades, en France comme à l’étranger.
L’association se retrouve donc à chercher comment combler un trou creusé non par un manque de public, mais par le thermomètre. Les billets déjà vendus, les artistes réservés, la logistique engagée: tout cela part en pertes sèches pour une cause qui dépend de cette grand-messe estivale pour boucler son budget.
L’athlétisme sauve sa soirée
Tout n’a pourtant pas plié. La préfecture visait aussi le Meeting de Paris, huitième étape de la Diamond League, mais l’épreuve se tiendra bien dimanche au stade Charléty, en version réduite. La Fédération française d’athlétisme a obtenu une dérogation, rapporte franceinfo: les épreuves professionnelles sont maintenues à partir de 17 heures, quand les compétitions régionales et les animations amateurs, elles, sont supprimées.
La jauge tombe à 19 000 spectateurs, avec brumisateurs et points d’eau renforcés. Les stars annoncées, le perchiste Armand Duplantis, la sprinteuse Cyréna Samba-Mayela ou l’Américain Noah Lyles, garderont leur rendez-vous. Une issue qui montre que la consigne préfectorale s’est négociée au cas par cas, entre renoncement total et format allégé.
La Marche des fiertés attend septembre
Pour la Marche des fiertés, le calcul a été différent. Impossible d’encadrer un cortège de plusieurs centaines de milliers de personnes sous 39 degrés sans saturer un peu plus des secours déjà débordés. L’événement, porté par l’Inter-LGBT, est donc reporté à l’automne, avec une tenue envisagée en septembre.
Le report ne passe pas inaperçu. Côté organisateurs et participants, la déception domine: une marche préparée de longue date, à la fois revendicative et festive, se retrouve décalée à la dernière minute. D’autres rappellent que la sécurité sanitaire prime quand les hôpitaux sont au bord de la rupture. Le débat oppose ces deux lectures, sans trancher.
Quand l’été devient trop chaud pour la fête
Ce qui se joue ce week-end dépasse Paris. La France traverse une chaleur d’une intensité rare pour un mois de juin. Météo-France a relevé 39,4 degrés à Saint-Nazaire, un record pour la saison sur le littoral, et de l’autre côté du Rhin l’Allemagne a battu son propre record national avec 41,3 degrés près de Sarrebruck. Le pic, lui, n’est pas encore passé.
La mémoire de 2003 plane sur ces décisions. Cette année-là, la canicule avait causé près de 15 000 morts en France et poussé les pouvoirs publics à bâtir un plan canicule, avec ses niveaux de vigilance et ses consignes. Vingt ans plus tard, Santé publique France suit la surmortalité au jour le jour, et c’est ce réflexe de précaution qui pèse aujourd’hui dans la balance quand un rassemblement géant est mis en jeu.
La question que pose cette série d’annulations est simple: que devient l’été des grands rassemblements quand le thermomètre s’emballe? Festivals, concerts, courses et défilés se préparent un an à l’avance et se jouent sur trois jours. Un coup de chaud au mauvais moment, et c’est toute une économie, culturelle, sportive et associative, qui se retrouve à l’arrêt. Les assureurs commencent à intégrer ce risque, longtemps jugé marginal sous nos latitudes.
Le plus dur reste peut-être devant. Météo-France annonce lundi comme la journée la plus chaude de l’épisode. La Marche des fiertés a déjà sa fenêtre de repli en septembre, le Meeting de Paris a sauvé l’essentiel, mais Solidarité Sida devra trouver ailleurs les millions qui manquent. Et tous les rendez-vous de plein air des prochaines semaines surveillent désormais la même chose: la météo.