La France rembourse les piqûres contre l’obésité depuis trois semaines. Le Royaume-Uni, lui, met déjà la version à avaler dans ses pharmacies. Depuis ce mardi, le sémaglutide, la molécule des stylos Wegovy et Ozempic, se prend sous forme d’un comprimé, un par jour. L’aiguille devient facultative.

Le même médicament, sans l’aiguille

Jusqu’ici, maigrir avec le sémaglutide voulait dire une injection hebdomadaire dans le ventre ou la cuisse. Le nouveau comprimé contient la même substance, à la dose de 25 milligrammes, avalée chaque matin. Le régulateur britannique du médicament, la MHRA, a donné son feu vert le 11 juin. La BBC rapporte que les premières boîtes arrivent en pharmacie à partir de ce 7 juillet, en vente privée, sans passer par le service public de santé.

Le principe reste identique. Le sémaglutide imite une hormone intestinale libérée après les repas, coupe l’appétit et prolonge la sensation de satiété. On mange moins, sans y penser. Pour beaucoup de patients, la nouveauté tient en un mot : plus de piqûre. La peur de l’aiguille écartait une partie des candidats au traitement. Les médecins y voient aussi un moyen de suivre plus simplement ceux qui refusaient les injections à domicile.

En quelques années, ces médicaments sont passés du cabinet médical à la conversation de comptoir. Des vedettes d’Hollywood aux salariés qui veulent perdre dix kilos, le sémaglutide et ses cousins ont créé une vague que le corps médical n’avait pas vu venir. Le faire tenir dans un cachet, c’est promettre d’élargir encore le cercle des utilisateurs.

Près de 16 % du poids envolés

Les chiffres viennent de l’essai clinique OASIS 4, mené par le laboratoire danois Novo Nordisk. Les participants qui ont suivi le traitement sans faille ont perdu 16,6 % de leur poids en un peu plus d’un an. En comptant tous les volontaires, y compris ceux qui ont décroché en cours de route, la moyenne tourne autour de 14 %. Un tiers des patients assidus ont vu partir au moins un cinquième de leur masse corporelle. Trois sur quatre ont dépassé les 5 %, contre à peine un tiers sous placebo.

Ces résultats placent le comprimé tout près des injections les plus connues. Le stylo Wegovy fait perdre environ 15 % du poids, le Mounjaro d’Eli Lilly grimpe plus haut encore. La pilule ne sacrifie donc presque rien en efficacité pour gagner en confort. Un bémol accompagne ces courbes : l’effet dure tant qu’on prend le produit. À l’arrêt, une partie des kilos revient, ce qui transforme souvent le traitement en compagnon de longue durée.

À jeun, et pas sans nausées

Le comprimé impose une discipline. Il se prend le matin l’estomac vide, avec un fond d’eau, puis il faut patienter une demi-heure avant d’avaler quoi que ce soit, café compris. Un oubli et la dose passe à la trappe. Les effets indésirables, eux, restent ceux de la famille : des nausées pour près d’un patient sur deux, des vomissements pour un sur trois d’après les données de l’essai. Bonne surprise, les incidents graves ont été moins nombreux sous sémaglutide que sous placebo, 3,9 % contre 8,8 %.

Reste le prix. Au Royaume-Uni, le traitement n’est pas pris en charge et sort de la poche du patient, entre 69 et 244 livres par mois selon la dose et la pharmacie, soit de 80 à près de 290 euros. Un budget qui trie d’emblée les candidats. À titre de comparaison, les stylos injectables se situent dans une fourchette de prix voisine dès que le remboursement ne s’applique pas.

La course au comprimé entre géants

Derrière ce lancement se joue une bataille industrielle. Novo Nordisk et l’américain Eli Lilly se disputent un marché mondial chiffré en dizaines de milliards. Lilly a pris de l’avance côté pilule avec l’orforglipron, baptisé Foundayo, autorisé aux États-Unis depuis le 1er avril. Son argument de vente : il s’avale à n’importe quel moment, sans contrainte de repas.

L’enjeu dépasse le confort. Un stylo injectable coûte cher à fabriquer et ralentit la production, ce qui a nourri des ruptures de stock à répétition. Un comprimé se produit en masse, bien plus facilement. Celui qui gagnera la course au cachet pourra fournir des millions de patients de plus. Aux États-Unis, les deux formules orales sont déjà autorisées et la réclame s’affiche jusque dans les coupures des matchs. L’Europe avance plus prudemment, dossier par dossier.

Et la France dans tout ça ?

La France vient tout juste d’ouvrir la porte, mais aux injections. Après un avis favorable de la Haute Autorité de santé en février, le Wegovy et le Mounjaro sont remboursés à 65 % depuis le 15 juin, réservés à l’obésité sévère : un indice de masse corporelle au-dessus de 40, ou au-dessus de 35 accompagné d’une maladie comme le diabète, l’hypertension ou l’apnée du sommeil. Le comprimé, lui, n’est pas encore commercialisé dans l’Hexagone.

Le sujet est loin d’être marginal. En France, l’obésité concerne près d’un adulte sur six et le surpoids une bonne moitié de la population d’après les enquêtes de santé publique. Chaque avancée sur ces médicaments touche donc des millions de personnes, et autant le budget de la Sécurité sociale. Les autorités sanitaires répètent que ces produits restent des médicaments prescrits sous conditions, pas des coupe-faim de confort.

L’Agence nationale de sécurité du médicament rappelle au passage un piège fréquent. L’Ozempic renferme la même molécule que le Wegovy, mais à dose plus basse, et n’est autorisé que contre le diabète de type 2. L’employer pour maigrir reste déconseillé et aggrave les pénuries qui mettent en difficulté les diabétiques.

Novo Nordisk espère décrocher un feu vert européen pour sa pilule, sans calendrier annoncé côté français. En attendant, de ce côté de la Manche, seule l’aiguille ouvre droit au remboursement.