Trois conteneurs maritimes posés à l’arrière d’une propriété, dans la banlieue ouest de Sydney. Sous leurs planchers truqués, des bunkers creusés à même la terre. Et à l’intérieur, dans de simples bacs en plastique, 2,7 tonnes de cocaïne.

La police fédérale australienne n’avait jamais mis la main sur autant de poudre blanche d’un seul coup. La prise, réalisée le 19 juin à Londonderry, représente une valeur de revente estimée à 816 millions de dollars australiens, soit près d’un demi-milliard d’euros, rapporte la BBC. De quoi écouler environ trois millions de doses dans la rue.

Le chiffre a de quoi donner le tournis. Avec 2,7 tonnes, la cargaison pèse autant que deux petites voitures, mais vaut infiniment plus cher. Jamais les autorités australiennes n’avaient intercepté une telle quantité de cocaïne en une seule opération, du jamais-vu pour un pays déjà habitué aux grosses saisies.

Tout commence par un camion calciné

L’affaire ne démarre pas par un coup de filet spectaculaire, mais par une carcasse fumante. En mai, à Midge Point, sur la côte du Queensland, des policiers sont appelés pour un camion-plateau réduit en cendres. En fouillant les environs, ils repèrent quelque chose qui flotte près d’une cale de mise à l’eau : 40 kilos de cocaïne, abandonnés dans l’eau.

Ce petit paquet va tout faire dérailler. Les enquêteurs remontent jusqu’au propriétaire du camion, un homme de 41 ans de la région de Mackay. De fil en aiguille, l’opération baptisée Minjiang déclenche une cascade de perquisitions à travers le nord et le sud-est du Queensland, puis jusqu’à Sydney.

Un bunker sous de faux planchers

C’est cette piste qui mène, le 19 juin, à la propriété semi-rurale de Londonderry. À l’arrivée des policiers, deux hommes tentent de filer à pied avant d’être rattrapés, l’un âgé de 21 ans, l’autre de 25. Derrière la maison, trois conteneurs attendent. Sous des planchers factices, les agents découvrent les cuves enterrées et leur contenu.

Les deux suspects ont été inculpés de détention d’une quantité commerciale de drogue importée illégalement, un chef passible de la prison à vie en Australie. Présentés à un tribunal de Nouvelle-Galles du Sud le lendemain, ils ont été maintenus en détention. À ce stade, il ne s’agit que d’accusations, et la justice ne s’est pas encore prononcée sur leur sort. Leur prochain rendez-vous judiciaire est fixé au 13 août, devant le tribunal de Penrith.

Une cargaison arrivée par la mer

Selon la police, la cocaïne n’a pas été produite sur place. Elle aurait été débarquée près de Midge Point, dans le nord du Queensland, avant d’être acheminée par la route jusqu’à Sydney, pour le compte d’un groupe criminel local. Les enquêteurs soupçonnent un navire d’avoir servi de bateau mère au large des côtes. Ce cargo, le MV Wealth, est aujourd’hui immobilisé par les autorités des îles Salomon, le temps d’éclaircir son rôle.

Le mode opératoire, lui, se répète d’un dossier à l’autre. Un cargo lâche sa cargaison au large, de petites embarcations viennent la récupérer, puis la drogue file vers les grandes villes par la route. À Midge Point, le plan a déraillé, et c’est ce grain de sable qui a fait tomber le reste.

Au total, six personnes ont été arrêtées et inculpées dans ce dossier, avec des rôles présumés très différents. Parmi elles, une femme de 32 ans soupçonnée d’avoir hébergé la drogue dans une planque, et un homme de 24 ans accusé d’avoir aidé à récupérer puis transporter la marchandise. Plusieurs comparaîtront devant la justice du Queensland cet été, tandis que les investigations sur le groupe criminel de Sydney se poursuivent.

Près de trois millions de doses évitées

En additionnant cette saisie aux précédentes, 178 kilos de cocaïne et 142 kilos de méthamphétamine, l’opération Minjiang a retiré du marché plus de trois tonnes de stupéfiants. « Les criminels vont à l’extrême, et risquent souvent leur propre vie, pour faire entrer de la drogue en Australie sans se soucier des dégâts qu’ils causent », a réagi le commandant Stephen Jay, de la police fédérale australienne. Il décrit un réseau hautement organisé, prêt à affréter un navire à l’autre bout du monde pour livrer sa cargaison.

L’Australie, cible de choix des trafiquants

Si les réseaux prennent tant de risques pour arroser ce pays lointain, c’est une question de prix. L’Australie figure parmi les marchés où le gramme de cocaïne se négocie le plus cher de la planète, bien au-dessus des tarifs européens. Cet écart transforme la moindre cargaison en pactole, et explique l’inventivité des passeurs, des doubles fonds de conteneurs aux bunkers souterrains.

La demande, elle, ne faiblit pas. Les analyses des eaux usées, suivies par l’agence australienne du renseignement criminel, placent régulièrement les Australiens parmi les plus gros consommateurs de cocaïne au monde. Un marché solvable, très éloigné des zones de production d’Amérique du Sud, où chaque kilo qui passe entre les mailles du filet vaut une petite fortune.

Ces prises hors normes ne sont plus si rares sur l’île-continent. Ces dernières années, les services australiens ont enchaîné les saisies records, preuve que les organisations criminelles misent gros sur ce débouché et tentent d’y faire passer des volumes toujours plus importants. Chaque coup de filet en annonce souvent un autre.

L’enquête est loin d’être close. La police australienne dit vouloir remonter jusqu’aux fournisseurs, à l’étranger comme sur place, et n’écarte pas d’autres interpellations. Les premiers suspects doivent réapparaître devant les tribunaux de Penrith et de Brisbane entre la fin juillet et le mois de septembre. D’ici là, le navire retenu aux îles Salomon pourrait livrer ses secrets.