2,6 millions de dollars en une seule journée. La France a porté le démarrage mondial de Michael, mercredi 22 avril, quand le biopic d’Antoine Fuqua sur le roi de la pop a ouvert dans 82 pays. Le long-métrage a encaissé 18,5 millions de dollars sur sa première journée à l’étranger, record absolu pour un biopic musical, selon les chiffres compilés par Deadline.

Vingt-quatre heures plus tard, les previews nord-américaines ont ajouté 12,6 millions de dollars avant même l’ouverture officielle des salles aux États-Unis. Variety note que c’est le plus gros démarrage en previews de l’année 2026, devant Project Hail Mary (12 millions) et Scream 7 (7,8 millions).

140 millions de dollars attendus dès dimanche

Lionsgate et Universal International, qui se partagent la distribution, tablent sur 65 à 80 millions de dollars pour le weekend d’ouverture américain. Certains exploitants poussent jusqu’à 85 millions. À l’échelle mondiale, l’addition devrait dépasser 140 millions dès dimanche soir, en additionnant les 75 à 80 millions projetés sur les 82 marchés internationaux et le chiffre américain.

Si ces prévisions se confirment, Michael pulvérise les précédents records du genre. Bohemian Rhapsody avait ouvert à 51 millions aux États-Unis en 2018, Straight Outta Compton à 60 millions en 2015. Le budget de production du film est estimé à 200 millions de dollars, auxquels s’ajoutent les 15 millions de reshoots évoqués plus bas.

La descente à Neverland effacée au montage

Le film qui triomphe en salles n’est pas celui qu’Antoine Fuqua avait tourné. Dans sa version initiale, Michael s’ouvrait sur la descente de police du 17 août 1993 à Neverland, la fouille corporelle du chanteur et la plainte pour agression sexuelle déposée par Jordan Chandler, 13 ans. Le récit remontait ensuite le fil de la carrière jusqu’à ce point de rupture, avant de conclure sur le règlement à l’amiable de 23 millions de dollars signé en 1994.

Tout a sauté. Selon des sources citées par The Hollywood Reporter et Puck, les avocats de la succession Jackson ont rappelé à la production l’existence d’une clause du règlement Chandler interdisant toute représentation publique de l’affaire. Le studio a dû retourner plusieurs semaines supplémentaires, pour un surcoût estimé à 15 millions de dollars, intégralement réglé par l’estate. « J’ai tourné sa fouille au corps, traité comme un animal, comme un monstre », a confié Fuqua à Variety, à propos de la scène coupée.

Dans la version qui sort aujourd’hui, plus rien ne rappelle l’affaire de 1993. Le récit s’arrête au concert du stade de Wembley, en juillet 1988, point culminant de la tournée Bad. La tension familiale entre Michael et son père Joe, interprété par Colman Domingo, remplace la trame judiciaire pour tenir l’arc dramatique.

Le neveu devant la caméra, 27 % sur Rotten Tomatoes

Jaafar Jackson, 29 ans, neveu du chanteur et fils de Jermaine, signe ses débuts au cinéma dans le rôle-titre. L’acteur porte le double défi du chant et des chorégraphies, face à Nia Long (Katherine Jackson) et Colman Domingo (Joe). La performance séduit une partie de la critique, qui salue le timbre de voix et le mimétisme scénique. Le reste du film fait moins l’unanimité.

Rotten Tomatoes crédite Michael de 27 % d’avis positifs au matin de sa sortie américaine. CBC parle d’un biopic qui « baisse le son de la controverse et monte celui de la musique ». Franceinfo évoque « une évocation attrayante de l’ascension de l’artiste, sans mention de ses problèmes judiciaires ». Le Mag du Ciné dénonce un film « qui sacrifie tout au show ».

L’écart entre la chaleur du public en salles et la froideur de la presse rappelle le précédent Bohemian Rhapsody, recalé par la critique avant de finir quatre fois récompensé aux Oscars et de franchir le milliard de dollars de recettes mondiales.

Fuqua sceptique, Dan Reed répond

Interrogé par Variety sur l’absence des accusations d’abus dans le montage final, Antoine Fuqua a défendu son choix. « Quand j’entends certaines histoires, surtout sur des Noirs dans une position particulière, il y a toujours un temps d’hésitation », a déclaré le réalisateur, qui s’est dit « pas convaincu » des récits portés par les pères des accusateurs. « Les gens font parfois des choses peu reluisantes pour de l’argent », a-t-il ajouté.

En face, Dan Reed, réalisateur du documentaire Leaving Neverland (2019) qui avait recueilli les témoignages de Wade Robson et James Safechuck, a fustigé le biopic dans Rolling Stone. Il a dénoncé « un film qui efface deux décennies de procédures civiles et de dépositions sous serment pour vendre un produit familial ».

Le documentaire diffusé sur HBO en 2019 avait entraîné une chute de 26 % des ventes du catalogue Michael Jackson dans les semaines qui avaient suivi sa diffusion, selon une analyse de Nielsen Music publiée cette année-là. Le streaming avait lui aussi reculé, de 13 % en moyenne sur les trois mois qui ont suivi.

Une suite déjà sur la table

Lionsgate a confirmé la production d’un second volet, Michael: Part Two, annoncé pour 2027. Le film devrait couvrir la période allant de 1988 à la mort du chanteur, le 25 juin 2009, à Los Angeles. Reste à savoir ce que la succession laissera raconter. La clause de confidentialité signée en 1994 avec les Chandler arrive à expiration dans quinze ans, selon les termes qui en ont fuité, laissant peu de marge au scénario.

Le box-office américain du premier volet sera publié lundi 27 avril. Les previews de 12,6 millions placent déjà Michael dans la trajectoire des plus gros démarrages de biopics musicaux de l’histoire, au moment où la famille Jackson prépare, en parallèle, la commercialisation d’une collection de vinyles anniversaire pour les 45 ans de Thriller, prévue en novembre.