Vers midi, les démineurs du Laboratoire central de la préfecture de police ont renoncé à extraire un détonateur qui refusait de céder. À 15h18, ils ont préféré creuser une fosse de deux mètres et faire sauter l’engin sous du sable. Quinze mille habitants de Colombes, dans les Hauts-de-Seine, attendaient dehors depuis 7 heures du matin.

Neuf jours entre la découverte et le cratère

La bombe dormait depuis au moins quatre-vingt-un ans sous un chantier du 148 rue des Champarons. Les ouvriers sont tombés dessus le 10 avril, en creusant des fondations. L’engin mesurait 1,06 mètre de long hors empennage, pour 33 centimètres de diamètre. Une bombe aérienne de la Seconde Guerre mondiale, type courant dans les bombardements alliés de 1943 et 1944 sur la banlieue ouest de Paris.

Neuf jours ont suffi aux services de l’État pour préparer ce que le préfet des Hauts-de-Seine, Alexandre Brugère, a qualifié d’opération risquée demandant une préparation minutieuse. Sur le papier, deux scénarios seulement. Extraire le détonateur et évacuer l’engin vers un site de destruction. Ou l’enterrer sur place et le faire détoner. « Soit les démineurs parviennent à déminer la bombe, soit nous devrons l’ensevelir et la faire exploser », avait résumé le préfet avant l’opération, cité par 20 minutes.

Un rayon de 450 mètres tracé à la craie

Dès 7 heures du matin dimanche, la préfecture a fait sonner tous les téléphones de la zone via le dispositif FR ALERT. Quinze mille habitants se sont vu ordonner de sortir de chez eux, dans un périmètre de 450 mètres autour du chantier. Autour, une deuxième couronne d’un kilomètre : 28 000 personnes supplémentaires coincées chez elles, interdites de sortir mais pas évacuées.

Cinq centres d’accueil ont ouvert à Colombes, Asnières-sur-Seine et Bois-Colombes. Selon le bilan provisoire de la préfecture des Hauts-de-Seine, 1 006 personnes ont été redirigées vers ces centres. Soixante-sept personnes vulnérables, âgées ou à mobilité réduite, ont été prises en charge par la Croix-Rouge et la Protection civile. L’évacuation a été bouclée en trois heures et demie, d’après franceinfo.

800 agents et six lignes de bus coupées

Pour tenir le périmètre, la préfecture a mobilisé environ 800 agents. 346 policiers, 235 personnels municipaux, le reste ventilé entre pompiers, gendarmerie, protection civile et Croix-Rouge. Des drones surveillaient la zone en temps réel, pour éviter autant les curieux que les cambriolages d’aubaine.

Six lignes de bus RATP ont été coupées toute la journée : les 140, 165, 235, 304, 366 et 378. Aucun véhicule ni piéton ne pouvait s’approcher à moins de 450 mètres du site. Les habitants de la zone secondaire étaient priés de rester confinés, portes et fenêtres fermées, jusqu’à la fin de l’opération.

Le détonateur qui n’a jamais voulu sortir

Les démineurs du Laboratoire central de la préfecture de police se sont attaqués à l’engin en fin de matinée. L’idée : retirer manuellement le détonateur, pour rendre la bombe transportable vers un site de destruction isolé. Vers midi, l’opération a tourné court. Impossible d’extraire la pièce sans prendre le risque d’une détonation spontanée. Aucune explication technique n’a été communiquée, sinon que la procédure n’a « malheureusement pas été possible », selon le communiqué de la préfecture relayé par 20 minutes.

Plan B déclenché aussitôt. Les équipes ont creusé une fosse de deux mètres de profondeur, y ont installé la bombe, puis l’ont recouverte de sable, de madriers et de blocs de béton pour absorber le souffle. À 15h18, un journaliste de l’AFP a entendu la détonation. Les drones ont été envoyés inspecter le cratère avant que les démineurs s’en approchent à pied, rapporte Euronews. Résultat conforme aux attentes : l’engin a explosé comme prévu, sans dégât extérieur au périmètre.

La technique n’a rien d’improvisée. Quand l’extraction manuelle du détonateur devient trop risquée, l’ensevelissement sous une épaisse couche de matériaux denses reste la parade validée par les services de déminage. Le sable absorbe l’essentiel du souffle, les madriers et le béton contiennent les projections. C’est exactement ce qui avait été fait en mars 2025 à la gare du Nord, quand une bombe similaire avait provoqué l’interruption totale des RER B et D et du trafic Eurostar pendant une journée entière.

Cinq cents tonnes de munitions par an

Colombes rejoint une longue liste. Selon le service de déminage du ministère de l’Intérieur, près de 500 tonnes d’obus, grenades et bombes sont collectées chaque année sur le territoire. Depuis la création du service en 1945, 700 000 bombes d’aviation ont été désamorcées, 13 millions de mines retirées, 35 millions d’obus et munitions divers neutralisés. Un chiffre qui devrait encore nourrir les démineurs pendant un siècle, si l’on en croit les estimations citées par France 3 Bretagne.

La grande majorité des découvertes arrivent sur des chantiers. Terrassements, pose de canalisations, construction de fondations, curage de cours d’eau. À la base aérienne d’Orléans-Bricy, les militaires tombent sur une bombe quasiment chaque semaine, selon France Bleu. La Première Guerre mondiale et la Seconde ont laissé environ 10 à 25 % de leurs obus non explosés dans les sols français, selon un article de CNews daté de mars 2025. Les chantiers du Grand Paris, avec leurs excavations profondes, en remontent régulièrement.

Retour prévu avant 19 heures

La préfecture avait annoncé la fin de l’opération au plus tard à 19 heures. Une fois le cratère contrôlé, les habitants ont pu rentrer progressivement chez eux. Les six lignes de bus devaient redémarrer en soirée, et les axes routiers rouvrir au fur et à mesure. Sur place, les équipes techniques doivent encore combler la fosse et remettre le chantier en état.

Reste une question pour le propriétaire du terrain du 148 rue des Champarons : faut-il désormais passer les sols au détecteur de métaux avant de relancer les fondations ? La réponse dépendra des recommandations du Laboratoire central de la préfecture de police, attendues dans les jours à venir.