Les autorités japonaises avaient prévenu : trois mètres. À 17h34, la première vague tape le port de Kuji à 80 centimètres. Entre l’alerte et la mesure, un écart qui soulage sans rassurer. L’Agence météorologique redoute des répliques pendant une semaine, et 171 957 habitants restent tenus à l’écart des côtes.

Tokyo tremble à 500 kilomètres de l’épicentre

La secousse frappe à 16h53 heure locale, soit 9h53 à Paris. Magnitude 7,4 selon la Japan Meteorological Agency, 7,5 pour l’USGS américain, profondeur de 10 kilomètres sous le Pacifique, au large de la préfecture d’Iwate. Les deux agences divergent sur la mesure mais annoncent la même chose : une énergie libérée nettement supérieure à la moyenne des 1 500 secousses que l’archipel encaisse chaque année.

À plusieurs centaines de kilomètres au sud, les grandes tours de Tokyo oscillent plus d’une minute. L’intensité locale atteint le niveau « 5+ » sur l’échelle japonaise à neuf degrés, celui où il devient difficile de rester debout. Les images diffusées en direct par NHK montrent d’abord des quais d’Iwate intacts, avant que la mer ne se mette à refluer, signe que le tsunami approche.

17h34, la première vague frappe Kuji

Quarante-et-une minutes après la secousse, le port de Kuji enregistre une vague de 70 centimètres, puis une seconde de 80 centimètres deux minutes plus tard. Miyako, un peu plus au sud, mesure 40 centimètres. On est loin des trois mètres annoncés par l’alerte rouge, mais les services météo martèlent une règle qui a déjà sauvé des vies : les vagues suivantes peuvent arriver plus hautes que les premières.

La Japan Meteorological Agency a émis un avis « tsunami de trois mètres » pour Iwate et des avertissements « jusqu’à un mètre » pour Hokkaido, Aomori, Miyagi et Fukushima. Le message diffusé sur toutes les chaînes ne laisse aucune marge d’interprétation. « Évacuez immédiatement les régions côtières et les zones riveraines vers un endroit plus sûr, sur des hauteurs ou dans un bâtiment d’évacuation. Les vagues de tsunami doivent frapper de manière répétée. Ne quittez pas les zones sûres avant la levée de l’alerte », a communiqué l’agence.

171 957 personnes sur les hauteurs

Les chiffres des autorités locales sont précis. Dans cinq préfectures, 171 957 résidents ont reçu l’ordre de rejoindre un point surélevé. Dans onze communes d’Iwate, dont Otsuchi et Kamaishi, deux villes dévastées par la vague de 2011, les familles remontent vers les collines. La ligne Tohoku Shinkansen est stoppée dans le secteur d’Aomori, privant l’axe nord de sa principale liaison rapide.

Le port de Hachinohe voit ses navires partir en mer avant l’arrivée de la vague. Manœuvre classique : en eau profonde, un tsunami n’est qu’une ondulation de quelques centimètres. Il ne devient destructeur qu’à l’approche du rivage, quand la remontée du fond concentre l’énergie. Les chalutiers préfèrent donc le large à la digue. Les bouées du Pacifique Nord transmettent leurs mesures en temps réel au centre d’alerte de Sendai, où des sismologues ajustent les prévisions d’heure en heure.

La Première ministre Sanae Takaichi, arrivée au pouvoir début 2026, a confirmé la priorité absolue accordée à la sécurité. « Pour ceux qui vivent dans les zones où des avertissements ont été émis, veuillez vous évacuer vers des lieux plus sûrs et plus élevés », a-t-elle déclaré lors d’un point presse exceptionnel. Sa parole porte un écho particulier : en 2011, les retards d’évacuation dans plusieurs communes avaient coûté des milliers de vies.

Fukushima sous surveillance, quatre centrales contrôlées

Tokyo Electric Power, l’exploitant des sites nucléaires du nord, publie son communiqué dans les minutes qui suivent la secousse. Aucune anomalie relevée à Fukushima Daiichi, le site de la catastrophe de 2011, ni à Fukushima Daini, Onagawa ou Higashidori. Les niveaux de radioactivité restent dans les normes. Les équipes techniques sont évacuées par précaution, mais les deux centrales encore placées sous alerte tsunami sont à l’arrêt depuis plusieurs années.

Le réflexe remonte au 11 mars 2011, quand un séisme de magnitude 9,0 avait déclenché une vague de plus de quinze mètres, fait environ 18 500 morts ou disparus et provoqué la fusion des trois cœurs de Fukushima Daiichi. Depuis, chaque secousse sur la façade pacifique déclenche un contrôle immédiat des sites atomiques. Le Japon, posé au croisement de quatre plaques tectoniques le long de la « Ceinture de feu du Pacifique », n’a plus droit à l’erreur.

La JMA redoute des répliques pendant une semaine

L’Agence météorologique a été explicite dans son point presse. Des secousses de magnitude comparable peuvent se reproduire, « surtout au cours des deux à trois prochains jours », et les autorités locales maintiennent leur vigilance jusqu’au 27 avril. Le scénario d’un séisme majeur suivi d’une réplique plus forte n’est pas hypothétique. Il s’est produit au large d’Ishinomaki en mars 2011, sept jours avant le grand séisme qui a submergé la côte de Tohoku.

L’addition des risques se lit aussi à long terme. Le gouvernement japonais chiffre à 298 000 morts et 2 000 milliards de dollars de dégâts le coût potentiel d’un méga-séisme le long de la fosse de Nankai, située plus au sud. Le lundi 20 avril n’est pas ce scénario catastrophe, mais il en rappelle les ingrédients. Chaque vibration ressentie à Tokyo est autant un événement qu’une répétition.

À 19 heures heure locale, les sirènes d’alerte tsunami étaient toujours actives dans les trois préfectures les plus exposées. La levée complète dépendra du comportement de la mer dans les heures à venir, et de l’absence d’une réplique majeure d’ici au week-end prochain.