Vous payez 79,99 euros, vous ouvrez le boîtier, et le jeu n’est pas dedans. Rockstar a lancé le 25 juin les précommandes de GTA 6, le titre le plus attendu de la décennie. Surprise pour qui visait la version dite « physique » : la boîte renferme un simple code de téléchargement. Aucun disque.
Une boîte, un code, rien d’autre
Le studio a confirmé l’absence de disque sur son site officiel, le Rockstar Newswire. À sa sortie, Grand Theft Auto VI ne s’achètera pas sur galette. Les exemplaires posés sur les rayons contiendront une carte avec un code à activer, puis un téléchargement à lancer. L’édition Ultimate va plus loin : elle n’existe qu’en version dématérialisée, point. L’objet que certains comptaient ranger dans leur collection se réduit à un bout de carton et une suite de caractères.
Le détail n’a rien d’anecdotique quand on regarde la taille du jeu. GTA 6 devrait peser plus de 150 gigaoctets une fois installé. Pour un joueur avec une connexion lente ou un forfait internet plafonné, le disque servait précisément à éviter cette longue descente de données. Cette porte de sortie se ferme. Tout le monde télécharge, sans exception.
80 euros, et une combine pour payer moins
Côté tarif, Rockstar a placé la barre haut. L’édition standard s’affiche à 79,99 euros, l’édition Ultimate à 99,99 euros. Le jeu fait partie des premiers gros titres à franchir la marche symbolique des quatre-vingts euros, là où le standard du secteur tournait encore autour de soixante-dix il y a deux ans.
Une faille de tarification circule déjà chez les joueurs malins, repérée par jeuxvideo.com. En achetant l’édition standard à un prix réduit, parfois autour de 60 euros chez certains revendeurs, puis en payant la mise à niveau vers l’Ultimate à 20 euros, on retombe à 80 euros au lieu de 99,99. Vingt euros d’économie pour le même contenu. Rockstar ajoute un bonus à tous ceux qui réservent avant le 20 novembre : un pack baptisé « Vintage Vice City », clin d’œil au décor des années 1980 qui a fait la légende de la série.
Des magasins refusent déjà d’en vendre
La grogne n’a pas attendu. Sur X et Reddit, des acheteurs s’agacent de débourser le prix fort pour ce qu’ils décrivent comme une boîte vide. Le reproche revient en boucle : payer un objet de collection qui ne collectionne rien. Les revendeurs de jeux d’occasion font grise mine, puisqu’un code déjà activé ne se revend pas. Tout le marché de seconde main, énorme sur une licence pareille, s’évapore d’un coup.
Certaines boutiques poussent la logique jusqu’au boycott. Video Game Plus, un détaillant indépendant nord-américain, rappelle qu’il ne référence aucun produit console se résumant à un code. Une autre enseigne, Loot Box Gaming, a décidé de ne pas vendre GTA 6 du tout tant que la formule reste celle d’une boîte sans disque, rapporte le site spécialisé RockstarINTEL. Refuser de vendre le jeu le plus attendu de l’année, il fallait oser.
Pourquoi Rockstar a sacrifié le disque
Derrière ce choix, une obsession : le secret. La franchise a déjà souffert de fuites massives, du code source baladé sur internet à la diffusion sauvage de séquences de jeu des années avant la sortie. Un disque pressé et expédié des semaines à l’avance, c’est autant d’occasions de voir le contenu filer avant l’heure. Des fuites évoquaient déjà, il y a plusieurs mois, l’abandon du disque pour boucler le contenu jusqu’au bout. En verrouillant tout derrière un code activé au lancement, le studio garde la main jusqu’à la dernière minute, selon les éléments avancés par Video Games Chronicle.
Le calcul colle aussi à une bascule de fond. Le jeu vidéo glisse vers le tout-dématérialisé depuis des années, et les consoles sans lecteur se vendent désormais en masse. Vice, qui a relayé la colère des fans, y voit l’accélération d’un mouvement que beaucoup redoutaient : la disparition de la propriété physique d’un jeu. Vous n’achetez plus une galette, vous achetez un droit d’accès.
Un milliard de dollars en une heure ?
Cette polémique se joue sur fond de chiffres vertigineux. Les analystes décrivent GTA 6 comme le plus gros lancement de l’histoire du divertissement, tous médias confondus, devant n’importe quel film ou album. Treize ans après GTA 5, le jeu ramène les joueurs à Vice City, sa version fantasmée de Miami, dans la peau d’un duo de braqueurs, Lucia et Jason. La banque d’investissement Piper Sandler estime que ce sixième volet pourrait écouler près de 46 millions d’exemplaires dès le jour de sa sortie. À 80 euros pièce, une seule journée de ventes flirterait avec les 3,5 milliards de dollars. Le calcul donne le tournis.
Certains cabinets tablaient sur plus d’un milliard de dollars de précommandes engrangés dans la seule première heure d’ouverture, ce 25 juin. Take-Two, la maison mère de Rockstar, vise une année record portée par ce seul titre, avec un chiffre d’affaires attendu autour de 8 milliards de dollars sur son exercice. Pour mesurer le bond, il suffit de se rappeler GTA 5 : en septembre 2013, le précédent volet avait raflé 815,7 millions de dollars et 11,21 millions d’unités en vingt-quatre heures. Douze ans plus tard, il a dépassé les 10 milliards de dollars de recettes cumulées. Le sixième épisode part pour pulvériser ces marques.
Reste une inconnue pour une partie des joueurs : le PC. Aucune version ordinateur n’est prévue le jour J, le jeu restant d’abord réservé à la PS5 et aux Xbox Series X et S. Si Rockstar respecte son habitude, les joueurs PC patienteront sans doute jusqu’en 2028. Le rendez-vous est fixé au 19 novembre 2026. D’ici là, les précommandes resteront ouvertes, boîte vide comprise.