Une prothèse de jambe. Voilà l’objet le plus improbable abandonné cette année sur la banquette arrière d’un VTC en France. Derrière elle, une boîte de laxatifs et un faux billet de 100 dollars à l’effigie de Donald Trump. Uber vient de publier son palmarès annuel des oublis, et la liste ressemble à un inventaire de brocante surréaliste.
Pour la dixième année, la plateforme a passé au crible les objets que ses passagers laissent derrière eux. Le classement, dévoilé mardi 2 juin, mélange l’attendu et le franchement déroutant. On y perd son téléphone, bien sûr. On y abandonne aussi, parfois, un chien vivant.
Grenoble, capitale française de la tête en l’air
Le titre se garde dans les Alpes. Grenoble conserve la première place du classement des villes françaises où les passagers oublient le plus, pour la deuxième année d’affilée, rapporte franceinfo. Angers grimpe sur la deuxième marche, devant Amiens. De quoi alimenter quelques plaisanteries entre régions, mais le constat est sérieux pour les chauffeurs, qui se retrouvent gardiens improvisés d’objets que personne ne vient toujours réclamer.
Le mécanisme, lui, est rodé. Quand un passager se rend compte de sa bévue, il peut signaler l’oubli depuis l’application, contacter directement le chauffeur et organiser une restitution, parfois contre un petit dédommagement pour le détour. Sur le papier, tout est prévu. Dans les faits, encore faut-il se souvenir d’avoir posé son sac sur le siège plutôt que sur l’épaule.
Côté oublis ordinaires, le quatuor habituel domine. Les téléphones arrivent en tête, suivis des bagages et des sacs, des clés, des portefeuilles, des lunettes et des passeports. Nouveauté de l’année française : la cigarette électronique fait son entrée dans ce top des étourderies courantes. Un signe des temps, à mesure que le vapotage s’installe dans les poches.
Un aquarium de 284 litres sur la banquette
C’est dans la catégorie de l’insolite que la France se distingue vraiment. En tête des cinquante objets les plus improbables récupérés dans l’Hexagone : un aquarium de 75 gallons, soit près de 284 litres. Comment on transporte ça dans une berline, et surtout comment on l’oublie, le mystère reste entier.
Le reste de la liste tricolore donne le vertige. Un sapin de Noël, un scénario de film, quinze claviers d’ordinateur d’un coup, un chien. Chacun de ces objets raconte une histoire qu’on aimerait connaître. Qui laisse quinze claviers dans un VTC ? Quel réalisateur a perdu son script en route vers un rendez-vous ? Uber ne dit pas si les propriétaires ont fini par les retrouver.
Le détail amuse, mais il dessine aussi un portrait. Comme le relève Paris ZigZag, ces oublis disent beaucoup de nos vies pressées : on enchaîne les trajets, on jongle entre rendez-vous professionnels et courses de la journée, et l’objet posé à côté de soi devient invisible dès qu’une notification s’allume. La distraction n’est pas un défaut isolé, c’est presque une signature de l’époque.
Des dentiers, du lait maternel et un bracelet électronique
À l’échelle mondiale, le concours du plus bizarre atteint des sommets. Le top dix international, rapporté par UPI et l’agence ABC News, aligne un dentier à deux dents, des poches de lait maternel, des cheveux humains, une photo de groupe du chanteur Donny Osmond, un bracelet électronique de surveillance judiciaire, des donuts estampillés « 420 », des papiers de sortie d’hôpital, un sac de billes, une bouteille d’oxygène et un grillz en or.
À côté de ce classement, les chauffeurs américains ont aussi retrouvé des poissons vivants, un mannequin, un lave-vaisselle, neuf kilos de saucisse de canard, un paquet de papillons vivants, deux robes de mariée, des implants pelviens et un seul escarpin Louboutin à semelle rouge. La compagne du soulier, elle, court toujours.
Plus d’un million de téléphones envolés
Derrière l’amusement, les chiffres impressionnent. À l’échelle de la planète, plus d’un million de téléphones ont été signalés perdus sur l’année, selon les données publiées par Uber. Le smartphone reste, de loin, l’objet roi de l’étourderie, devant les portefeuilles, les bagages, les clés et les écouteurs.
La plateforme note aussi des tendances qui collent à l’époque. Les Labubu, ces petites figurines à collectionner devenues virales, se retrouvent de plus en plus souvent oubliées. Même chose pour le matériel de sport, les vapoteuses et, plus étonnant, les fausses dents. Quand un accessoire devient un phénomène, il finit tôt ou tard sur une banquette arrière.
Ce niveau de détail n’a rien d’anecdotique pour Uber. La plateforme revendique des dizaines de millions de courses chaque jour dans le monde, et chaque trajet est une occasion de plus de laisser filer un objet. À cette échelle, même les oublis les plus rares finissent par s’accumuler, au point de remplir une liste qui ressemble davantage à un cabinet de curiosités qu’à un service de transport.
Le 17 juillet, jour de tous les oublis
Aux États-Unis, New York rafle encore le titre de ville la plus distraite. Et l’index pointe une date précise : le 17 juillet serait le jour de l’année où les passagers oublient le plus. Une journée d’été, propice aux trajets de dernière minute et aux esprits déjà partis en vacances.
Ce palmarès, qui fête sa dixième édition, tient autant du baromètre sociologique que du florilège comique. Il dit ce qu’on transporte, ce qu’on possède, ce qu’on collectionne, et à quel point l’attention se relâche une fois la portière refermée. Si vous descendez d’un VTC ces prochains jours, un dernier coup d’œil sur la banquette coûte moins cher qu’un rachat de prothèse.