Sur le pont Lido, les buffets sont fermés depuis jeudi. À bord du Caribbean Princess, qui sillonne les Caraïbes depuis le 28 avril, 115 personnes vomissent ou se vident à l’isolement dans leur cabine. Le bateau rentre lundi 11 mai à Port Canaveral, en Floride, pour un grand récurage.
Le CDC alerté jeudi, 3,3 % des passagers touchés
Les Centers for Disease Control and Prevention américains ont publié le bilan jeudi 7 mai. Sur les 3 116 voyageurs présents à bord, 102 sont malades. Treize membres d’équipage sur 1 131 ont aussi été atteints. Diarrhée, vomissements, parfois fièvre et maux de tête : tous les symptômes pointent vers le norovirus, déjà identifié en laboratoire après prélèvements de selles.
Le seuil de déclaration publique du Vessel Sanitation Program du CDC est fixé à 3 % de passagers ou d’équipage présentant des symptômes gastro-intestinaux. Le Caribbean Princess dépasse cette barre avec 3,3 % de cas chez les voyageurs. Le compteur peut encore grimper d’ici lundi, le navire restant en mer plusieurs jours après l’alerte sanitaire.
Treize jours de croisière, six escales paradisiaques
Le navire de Princess Cruises avait quitté Fort Lauderdale le mardi 28 avril pour une boucle de treize jours. Au programme, six escales : Aruba, Saint-Martin, Bonaire, Curaçao, la République dominicaine et Porto Rico, avant un détour par les Bahamas et un retour vers la côte est américaine. Pour beaucoup de passagers, la fin du séjour ressemble plutôt à un confinement de cabine, repas servi sur plateau et compagnies isolées les unes des autres.
Le commandant a fait passer le navire en protocole renforcé dès le déclenchement de la vague. Les équipes ménagères ont été redéployées pour désinfecter rampes, ascenseurs, salles de bains communes et salles à manger. Les passagers symptomatiques ont été placés en isolement strict, tandis que le personnel médical du bord a multiplié les prélèvements pour confirmer l’origine de l’épidémie.
« Nous avons rapidement désinfecté chaque zone du navire et ajouté un nettoyage supplémentaire tout au long de la traversée », a indiqué Princess Cruises au quotidien USA Today. La compagnie ajoute que le Caribbean Princess subira « un nettoyage complet et une désinfection » à son arrivée lundi avant de repartir pour sa prochaine croisière.
La deuxième croisière Princess malade en deux mois
Pour Princess Cruises, le timing tombe mal. C’est la deuxième fois cette année que le norovirus frappe l’un de ses navires. Le 11 mars, le Star Princess avait dû gérer 153 cas à bord, selon un précédent rapport du CDC. À elle seule, la compagnie filiale de Carnival concentre la moitié des foyers gastro-intestinaux signalés en 2026.
Le décompte global de l’agence sanitaire américaine reste pour l’instant gérable : quatre épidémies de gastro déclarées sur des navires depuis janvier. En avril, l’Oceania Insignia avait recensé 22 cas. Ce même Insignia et le Seven Seas Mariner ont aussi connu deux foyers d’E. coli. L’addition de ces incidents agace les compagnies, qui voient leurs taux de remplissage commencer à reculer après la pandémie.
Le virus signature des paquebots de luxe
Sur les vingt-trois épidémies gastro-intestinales recensées dans les paquebots américains en 2025, dix-sept étaient dues au norovirus, rappelle Cruise Law News. Le pathogène prospère dans des environnements confinés où des milliers de personnes partagent buffets, comptoirs, ascenseurs et toilettes. Une seule poignée de porte mal nettoyée, et la chaîne repart.
Le norovirus reste la première cause d’intoxication alimentaire aux États-Unis. La Cleveland Clinic estime à 685 millions le nombre de cas dans le monde chaque année, dont plus de 200 millions chez les enfants. La maladie passe en général en un à trois jours, mais elle peut devenir grave pour les personnes âgées et les patients fragiles. Sur un bateau dont la moyenne d’âge dépasse souvent 60 ans, la vigilance est maximale.
Le mode de transmission est connu et redouté. Quelques particules virales suffisent à infecter une personne, par contact direct, par gouttelettes ou via une surface contaminée. Les buffets, les couverts partagés, les distributeurs de glaçons sont autant de points sensibles. Le CDC définit la gastro-entérite aiguë par trois selles liquides en vingt-quatre heures, ou par un vomissement associé à un autre symptôme. Une définition large qui explique pourquoi le seuil de 3 % de cas est vite franchi sur un navire de la taille du Caribbean Princess.
L’épidémie tombe au pire moment pour le secteur. Au même instant, le MV Hondius, un autre paquebot, est attendu dimanche matin à Tenerife après une longue traversée de l’Atlantique sud, avec à son bord un foyer mortel d’hantavirus qui a déjà coûté la vie à trois personnes. Deux histoires distinctes, deux virus sans rapport, mais un même rappel pour les compagnies : un navire reste un milieu fermé, et un microbe y voyage plus vite que les passagers.
Retour à Port Canaveral, désinfection complète prévue
Le Caribbean Princess doit donc accoster lundi 11 mai à Port Canaveral. Une équipe spécialisée du Vessel Sanitation Program embarquera sur place pour mener une enquête environnementale et identifier le foyer initial. Princess Cruises a indiqué que le navire repartira ensuite vers sa prochaine destination, mais seulement après un nettoyage complet, vapeur sur les moquettes, désinfection des cabines et remplacement des stocks alimentaires suspects.
Pour les voyageurs, l’addition est amère. Beaucoup avaient déboursé entre 1 800 et 4 000 dollars par cabine pour profiter des îles caraïbes. La compagnie n’a pas encore annoncé de geste commercial à leur égard. Reste à voir, dans les jours qui viennent, combien de passagers porteront plainte ou réclameront un avoir : le cabinet d’avocats Walker & O’Neill, qui suit habituellement ces dossiers, a déjà publié un avis détaillé sur l’incident.