Vendredi à minuit, les plateformes de streaming ont accueilli un nom qu’elles n’avaient plus mis à jour depuis longtemps : Mylène Farmer. La chanteuse rousse, silencieuse depuis quatre ans, publie « C’est à qui le tour », premier extrait d’un treizième album studio attendu pour l’automne 2026.

Le titre avait fuité quelques heures plus tôt sur Nostalgie, partenaire d’une diffusion en avant-première à minuit jeudi. Le single sort officiellement le 29 mai sur l’ensemble des stores, avant l’arrivée d’un clip déjà en tournage.

Une collaboration que personne n’attendait

La vraie surprise, c’est le générique technique. À la production, on retrouve DJ Lewis, compositeur et multi-instrumentiste parisien. Son nom est venu se loger récemment au générique d’un projet commun de Drake et PARTYNEXTDOOR, deux poids lourds de la pop nord-américaine. C’est ce passage par le rap mondial qui a manifestement séduit l’entourage de la chanteuse, longtemps fidèle à son tandem historique Laurent Boutonnat.

L’arrivée de DJ Lewis envoie un signal. Sur ses dernières productions, Farmer avait conservé un univers symphonique et électronique européen. Avec ce nouveau collaborateur, elle ouvre la porte à des sonorités plus actuelles, façonnées dans les studios qui ont produit la pop urbaine américaine de ces deux dernières années.

L’agence de la chanteuse avait commencé à téléguider l’annonce début mai en publiant une simple photo sombre, accompagnée des mots « en tournage ». L’équipe avait tenu l’identité du clip et de son réalisateur secrète. Le visuel devrait sortir dans les jours qui suivent la mise en ligne du single.

Quatre ans depuis « L’Emprise »

Le précédent album, « L’Emprise », sorti à l’automne 2022, avait approché les 190 000 ventes en France selon les chiffres du Syndicat national de l’édition phonographique. Son onzième numéro un dans le classement français, sans concession sur les codes Farmer : pochette ténébreuse, textes habités, esthétique gothique. Le disque avait servi de base à la tournée Nevermore, déployée à travers les stades hexagonaux et belges en 2023 puis 2024.

Cette tournée a marqué les statistiques de la décennie. Au total, 660 000 spectateurs ont rempli les enceintes selon les bilans des promoteurs. Les concerts au Stade de France, initialement prévus les 30 juin et 1er juillet 2023, avaient été reprogrammés aux 27 et 28 septembre 2024 après les émeutes consécutives à la mort de Nahel. Les deux dates avaient finalement rassemblé près de 200 000 personnes à Saint-Denis. Aucune autre artiste française n’avait fait remplir le Stade de France deux soirs de suite cette année-là.

Depuis ces concerts conclusifs, plus rien. La chanteuse a coupé ses réseaux, refusé toute interview et laissé les fans dans l’expectative. Quatre années sans la moindre note enregistrée, dans une carrière qui s’étend désormais sur quatre décennies. Cette nouvelle sortie casse le silence et oriente la suite.

Un treizième album attendu pour l’automne

« C’est à qui le tour » est officiellement présenté comme le premier extrait du futur album, à paraître à l’automne 2026. La date précise n’a pas été communiquée. Universal Music France, qui distribue Stuffed Monkey, le label maison de la chanteuse, devrait livrer un calendrier plus complet d’ici l’été. Le format du disque (longueur, nombre de titres, invités) reste également un mystère.

Ce sera son treizième album studio depuis « Cendres de lune » en 1986, près de quarante ans de carrière. Aucune artiste française n’a maintenu une longévité commerciale aussi régulière sur ce format. Selon le cabinet GfK, plus de 35 millions d’albums Farmer ont été vendus dans le monde depuis le début de la discographie, dont une part très majoritaire en France.

La question d’une tournée associée à l’album reste ouverte. Après l’épopée Nevermore, le retour en stade n’a rien d’évident, l’enchaînement étant traditionnellement plus long chez la chanteuse. Le précédent cycle live, « Timeless », s’était étalé sur deux ans, et le suivant n’était venu qu’une décennie plus tard. Les promoteurs Live Nation et Gérard Drouot Productions, partenaires habituels, n’ont fait à ce stade aucune annonce.

Le pari du rap-pop pour rester jeune

L’entrée de DJ Lewis dans l’équipe traduit une orientation assumée vers les producteurs venus de la sphère rap et R&B. La pop française a observé cette tendance depuis plusieurs années, de Vianney qui s’associe à des compositeurs hip-hop à Aya Nakamura qui collabore avec des arrangeurs venus de la chanson. Pour Mylène Farmer, c’est surtout une façon de garder une signature sonore à jour, à un âge où d’autres artistes choisissent de figer leur formule.

Le pari est cohérent avec l’écoute actuelle de son public. Selon Spotify, près de 40 % des auditeurs de Farmer sur la plateforme ont moins de 35 ans. Le streaming a redistribué la consommation et permis à la chanteuse de toucher une génération qui n’a connu ni « Désenchantée » ni « Pourvu qu’elles soient douces » à la radio. La sortie d’un titre estampillé pop-urbaine en 2026 cible cette frange-là sans renoncer aux fidèles.

Il restera à voir comment le single performera sur les plateformes dans les premiers jours. Les classements Spotify et Deezer rendront leur verdict samedi matin. Pour mémoire, le précédent single de l’artiste, « Rayon vert », était entré directement dans le Top 5 des sorties francophones lors de sa publication en 2022.

Ce qui se joue dans les prochaines semaines

Le calendrier qui se dessine est dense. D’abord la sortie du clip dans les jours qui viennent, déjà en tournage. Puis, selon les habitudes de communication du label, un second single avant la fin de l’été, en général une ballade pour équilibrer un premier titre rythmé. Enfin, la révélation de la date et du visuel de l’album, qui devrait tomber entre août et septembre.

Pour les fans, c’est un déclencheur. Pour l’industrie française, c’est un test grandeur nature de la capacité d’une artiste née en 1961 à rester en haut des écoutes en 2026. Réponse dans les charts dès samedi.