Pendant des années, Apple a répété que son intelligence artificielle resterait maison, calculée sur ses propres puces, loin des serveurs des concurrents. Lundi soir à Cupertino, la marque a fait exactement l’inverse. Le nouveau Siri qu’elle a dévoilé fonctionne grâce à un modèle de Google.

L’assistant vocal de l’iPhone, longtemps moqué pour ses réponses à côté de la plaque, a été reconstruit de fond en comble. Apple l’appelle désormais Siri AI. Et derrière cette refonte se cache un accord qui aurait paru impensable il y a deux ans : verser environ un milliard de dollars par an à son plus vieux rival.

Un assistant reconstruit de zéro

Le Siri d’avant comprenait une question sur deux et renvoyait souvent vers une recherche web. Le nouveau ressemble à une vraie application, autonome, avec une barre « Ask Siri » où l’on tape sa demande comme un message. On peut joindre une photo, un PDF, poser une question à l’écrit ou à l’oral, et la conversation s’affiche en bulles, à la manière d’iMessage. L’assistant voit aussi ce qui apparaît à l’écran en temps réel et peut agir dessus.

Sous le capot, ce n’est plus la technologie d’Apple qui fait tourner la machine. Selon TechCrunch, Siri AI repose sur un modèle Gemini sur mesure, fort de 1 200 milliards de paramètres, conçu spécialement pour Apple. Le contrat, scellé en janvier, court sur plusieurs années et coûterait près d’un milliard de dollars par an à la firme de Cupertino. MacRumors avance le même montant.

Ce virage vient de loin. En 2024 déjà, Apple avait promis un « Siri plus personnel », capable de piocher dans vos mails et vos messages pour anticiper vos besoins. La fonction a été repoussée mois après mois, puis discrètement enterrée courant 2025. Pendant ce temps, ChatGPT, Gemini et leurs rivaux prenaient une avance que Cupertino ne parvenait plus à combler. Signer avec Google était devenu le chemin le plus court vers un assistant enfin crédible.

Google encaisse, Apple ravale sa fierté

L’ironie est totale. Apple a passé une décennie à brandir la confidentialité comme son argument numéro un face à Google, dont le modèle économique repose sur la publicité et la donnée. La voilà qui confie le cerveau de son assistant à ce même Google. La marque insiste sur un point : les requêtes les plus sensibles continuent de tourner sur ses serveurs privés, et le modèle Gemini reste isolé du reste.

Pour adoucir la pilule, Apple ouvre aussi les vannes. L’utilisateur pourra choisir le moteur qui répond à ses questions : Gemini de Google, ChatGPT d’OpenAI ou Claude d’Anthropic. Une façon de rappeler que Siri demeure une porte d’entrée, pas une prison. Reste que par défaut, c’est bien la technologie de Google qui équipe des centaines de millions d’iPhone.

La France reste à quai

Voici la partie qui va agacer de ce côté de l’Atlantique. Le nouveau Siri n’arrivera pas sur les iPhone et les iPad français au lancement. Ni en France, ni ailleurs dans l’Union européenne. Apple pointe directement la réglementation de Bruxelles, et plus précisément le Digital Markets Act, ce texte qui oblige les géants du numérique à ouvrir leurs systèmes à la concurrence.

La marque assure avoir cherché une solution. Elle avait même imaginé un dispositif baptisé « Trusted System Agent », un intermédiaire censé laisser d’autres assistants accéder aux mêmes fonctions que Siri sans casser la sécurité. La Commission européenne a refusé, selon les explications relayées par Clubic et Consomac. Résultat : Apple préfère ne pas déployer Siri AI sur l’iPhone en Europe plutôt que de l’adapter aux exigences européennes.

Tout n’est pas perdu pour les utilisateurs du Vieux Continent. Le nouvel assistant fonctionnera sur Mac, sur Apple Watch et sur le casque Vision, qui échappent au même régime. Apple Intelligence existera aussi en seize langues, dont le français. Mais la version complète de Siri AI démarre en bêta uniquement sur les appareils configurés en anglais, avec une extension promise « rapidement ». Sur l’iPhone d’un Parisien réglé en français, l’attente s’annonce longue.

Le dernier discours de Tim Cook

Cette conférence avait un goût particulier. C’était la dernière de Tim Cook en patron d’Apple. Le dirigeant, à la tête de l’entreprise depuis 2011, passera la main le 1er septembre. Il deviendra président du conseil d’administration, tandis que John Ternus, responsable de l’ingénierie matérielle, prendra les commandes. Difficile d’imaginer symbole plus net : Cook quitte la scène au moment où Apple admet, pour la première fois, qu’elle ne peut pas gagner seule la bataille de l’IA.

Le reste de la keynote a déroulé les nouveautés attendues. iOS 27 promet des applications qui s’ouvrent jusqu’à 30 % plus vite, des aperçus photo affichés jusqu’à 70 % plus rapidement, et des transferts de fichiers cinq fois plus véloces sur iPad. Le système restera compatible avec des modèles aussi anciens que l’iPhone 11, sorti en 2019. De quoi occuper les fans en attendant la sortie publique, prévue en septembre.

Un pari à un milliard par an

Le calcul d’Apple est limpide. Plutôt que de combler son retard sur l’IA générative en interne, ce qui aurait pris des années, la marque achète la meilleure technologie disponible et l’habille à sa sauce. Google, de son côté, encaisse un chèque colossal et place son modèle au cœur de l’écosystème le plus rentable du monde. Les deux rivaux y trouvent leur compte.

Reste une inconnue de taille pour les millions d’utilisateurs européens : Bruxelles et Cupertino finiront-ils par s’entendre ? Tant que le bras de fer dure, le Siri le plus avancé jamais conçu restera, pour les Français, une promesse qu’ils regarderont tourner chez les autres. La sortie mondiale est calée pour septembre. La date d’arrivée en France, elle, n’existe pas encore.