C’est une première sur le sol français. Un médecin rentré de République démocratique du Congo a été testé positif à Ebola mardi, à Paris, et placé aussitôt en isolement. Sa charge virale reste faible, mais cinq personnes qui l’ont approché sont déjà suivies.
Un retour de Kinshasa placé sous cloche
L’homme travaillait pour l’ONG médicale Alima, dans l’une des zones où le virus circule. Il a quitté Kinshasa mardi et atterri à Paris le jour même. Dès l’aéroport, le protocole s’est enclenché : transport sécurisé, puis chambre à pression négative à l’hôpital Bichat, dans le nord de la capitale.
Le ministère de la Santé a confirmé dans un communiqué « l’identification d’un premier cas positif de maladie à virus Ebola sur le territoire national ». Le patient, dont l’état est jugé stable, a respecté à la lettre les consignes sanitaires. Selon l’AFP, cinq cas contacts ont été repérés et isolés à leur tour. Ils resteront surveillés vingt et un jours, la durée maximale d’incubation du virus. L’entourage du Premier ministre Sébastien Lecornu affirme suivre la situation de très près.
Cette charge virale faible est plutôt encourageante : elle laisse penser que l’infection a été repérée tôt, un stade où le malade contamine moins et répond mieux aux soins de soutien.
Pourquoi Bichat plutôt qu’un autre service
Le choix de Bichat ne doit rien au hasard. La France dispose d’un réseau d’une dizaine d’hôpitaux dits de référence, habilités à recevoir un malade atteint d’une fièvre hémorragique très contagieuse. Bichat en est le pilier parisien : chambres à double flux d’air, équipes entraînées à enfiler et retirer les combinaisons sans se contaminer, circuits de déchets séparés du reste de l’établissement.
Xavier Lescure, infectiologue dans cet hôpital, alertait il y a quelques semaines sur la nécessité de « rattraper le temps perdu » face à l’épidémie congolaise. Le dispositif a justement été bâti après la grande peur de 2014, quand l’Afrique de l’Ouest comptait ses morts par milliers. C’est lui qui vient de jouer son rôle : repérer, isoler, tracer, avant que le virus ne touche qui que ce soit d’autre.
La souche qui désarme les médecins
Reste un point qui complique tout. L’épidémie en cours n’est pas due au virus Ebola Zaïre, le plus connu, mais à une souche plus rare, dite Bundibugyo. La nuance paraît technique. Elle pèse lourd.
Les vaccins existants, comme l’Ervebo, et les traitements à base d’anticorps ont été mis au point contre la souche Zaïre. Aucun n’est homologué contre Bundibugyo. L’Organisation mondiale de la santé, l’alliance Gavi et Médecins sans frontières le répètent : face à cette variante, il n’existe à ce jour ni vaccin autorisé ni traitement spécifique. Des chercheurs évaluent en urgence si les outils prévus pour la souche Zaïre pourraient offrir une protection, sans aucune certitude. La prise en charge repose donc sur le soutien des fonctions vitales, l’hydratation et le traitement des symptômes.
Concrètement, Ebola s’installe comme une grippe foudroyante, fièvre, courbatures et fatigue intense, avant de s’attaquer dans les formes graves à la coagulation du sang et de provoquer des hémorragies.
Une donnée rassure malgré tout. Le virus ne se transmet pas par l’air. Il passe par contact direct avec le sang, la salive ou d’autres fluides d’un malade déjà symptomatique, ce qui explique pourquoi la chasse aux cas contacts devient l’arme principale quand un cas surgit loin de son foyer.
Plus de mille cas, un quart de morts
De l’autre côté, en RDC, les chiffres donnent la mesure. Le ministère congolais de la Santé recensait, au 23 juin, plus de 1 090 cas confirmés et 277 décès. L’OMS situe la létalité de cette souche entre 25 et 50 %. La province de l’Ituri, dans le nord-est, concentre l’essentiel des contaminations, avec près de mille cas à elle seule. Le Nord-Kivu et le Sud-Kivu sont aussi touchés, et le virus a franchi la frontière vers l’Ouganda.
Le 17 mai, l’OMS avait classé cette épidémie « urgence de santé publique de portée internationale », son plus haut niveau d’alerte. Sur le terrain, la riposte se heurte à la défiance : des familles ont forcé l’entrée d’un centre de traitement pour en faire sortir des patients, un camp de déplacés a enregistré une trentaine de morts, et la fermeture du poste entre Goma et le Rwanda a coupé un cordon vital pour des milliers d’habitants.
Ce que la France avait connu, et pas connu
La France n’est pas étrangère à Ebola, mais jamais le virus n’avait été identifié sur son territoire. L’épidémie ouest-africaine de 2014 et 2015, la plus meurtrière de l’histoire du virus, avait fait plus de 11 000 morts. En 2014, une infirmière française de Médecins sans frontières, contaminée au Liberia, avait été rapatriée et soignée à l’hôpital militaire Bégin, près de Paris. Elle avait guéri. La différence tient en peu de chose : elle était arrivée malade et déjà connue des autorités, quand le cas de 2026 a été détecté ici même.
À l’échelle européenne, deux précédents avaient marqué les esprits. En Espagne, l’aide-soignante Teresa Romero était devenue, en octobre 2014, la première personne contaminée hors d’Afrique, avant de s’en sortir. Au Royaume-Uni, une soignante de retour de Sierra Leone avait été diagnostiquée à Glasgow fin décembre de la même année. Dans les deux cas, le virus avait fini par être contenu, au prix d’un suivi serré des proches.
Pour l’heure, les autorités sanitaires jugent le risque faible pour la population, grâce à une détection rapide. Tout se joue désormais sur la période de surveillance : vingt et un jours durant lesquels les cinq contacts seront observés, au terme desquels, en l’absence de symptômes, l’alerte pourra être levée. L’OMS doit réexaminer l’état de l’épidémie congolaise dans les prochaines semaines.