Trois ans. C’est le sursis gagné, sans piqûres ni glycémie à surveiller, par les enfants qui reçoivent le téplizumab avant que la maladie ne se déclare. Le Royaume-Uni vient d’en faire un traitement pris en charge par son service public de santé. Et le laboratoire qui le fabrique est français.
Pour la première fois, on dépasse l’insuline
Ce mardi 23 juin, l’agence britannique qui évalue les médicaments, le NICE, a recommandé le téplizumab sur le NHS. C’est le premier traitement capable de retarder le diabète de type 1 lui-même, et non d’en gérer les conséquences une fois la maladie installée. L’Angleterre devient le premier pays d’Europe à l’adopter par cette voie d’évaluation officielle, celle qui ouvre la porte au remboursement.
La distinction n’a rien d’anecdotique. Le diabète de type 1 n’a aucun rapport avec l’alimentation ou le mode de vie. C’est une maladie auto-immune: le corps détruit lui-même les cellules de son pancréas chargées de fabriquer l’insuline, souvent dès l’enfance. Depuis la découverte de cette hormone en 1921, la soigner revient à la remplacer à vie, par des injections ou une pompe. Le téplizumab, lui, s’attaque à la cause. « Pour la première fois en cent ans, on dépasse l’insuline », a résumé Elizabeth Robertson, directrice de la recherche chez Diabetes UK. L’association britannique y voit le début d’une ère où la maladie pourrait être repoussée, puis peut-être un jour évitée.
Une cure de quatorze jours, une seule fois
Le protocole tient en deux semaines. Le patient reçoit une perfusion par jour pendant quatorze jours d’affilée, chacune durant au moins une demi-heure, la dose montant doucement les premiers jours. Une fois la cure terminée, on ne recommence pas. C’est un traitement unique, pas un médicament à avaler chaque matin. Le revers, souligné par le comité du NICE, c’est la contrainte: quatorze passages à l’hôpital de suite, week-ends compris, pas toujours simples pour une famille éloignée d’un centre.
Sur le plan biologique, le téplizumab est un anticorps qui se fixe sur une protéine appelée CD3, présente à la surface des cellules immunitaires lancées à l’assaut du pancréas. En les freinant, il ralentit la destruction des cellules productrices d’insuline. La preuve vient d’un essai clinique baptisé TN-10, publié dans le New England Journal of Medicine. Sur 76 participants âgés de 8 ans et plus, tous proches d’un malade, ceux qui avaient reçu le médicament ont vu leur diabète se déclarer environ 32 mois plus tard que les autres. Près de trois ans de répit.
Encore faut-il être malade sans le savoir
Reste l’obstacle qui change tout. Pour profiter de ces trois ans, il faut être traité au stade 2 de la maladie, quand le système immunitaire a déjà commencé son travail de sape mais qu’aucun symptôme n’apparaît encore. À ce moment précis, l’enfant se sent parfaitement bien. Sa glycémie bouge à peine. Personne ne soupçonne rien.
Or il n’existe aucun dépistage généralisé. On découvre un stade 2 presque par accident: en participant à une étude de recherche, ou parce qu’un frère, une sœur ou un parent est déjà diabétique et qu’un médecin a pensé à demander une prise de sang. Le NICE estime que 1 100 personnes pourraient être concernées la première année au Royaume-Uni, puis environ 820 par an. Une poignée, au regard de tous les futurs malades qui s’ignorent. Pour combler ce trou, les Britanniques élargissent un programme de dépistage baptisé ELSA, doté d’1,5 million de livres pour tester 30 000 enfants supplémentaires et bâtir des consultations dédiées au sein du NHS.
Un médicament d’ici, un parcours encore à bâtir
C’est là que la France entre en jeu, et pas seulement comme spectatrice. Le téplizumab, vendu sous le nom de Tzield outre-Manche et de Teizeild dans l’Union européenne, est développé par Sanofi, premier laboratoire pharmaceutique français. La Commission européenne a autorisé le produit en janvier 2026, une première sur le continent. Le prix consenti au NHS, lui, reste confidentiel, fruit d’un accord commercial négocié avec l’État britannique.
En pratique, des patients français y ont déjà eu accès. L’agence du médicament, l’ANSM, avait ouvert un accès compassionnel dès la fin 2024, et la Haute Autorité de santé a accordé un accès précoce le 16 avril dernier. Ce dispositif dérogatoire s’est refermé le 17 juin, en attendant la commercialisation classique et la décision de remboursement, toujours en discussion. Le médicament existe donc bien en France. Ce qui manque, comme ailleurs, c’est la machine pour l’administrer au bon moment.
Car le défi est le même des deux côtés de la Manche. Chaque année, 2 200 enfants de moins de 15 ans déclarent un diabète de type 1 en France, un chiffre qui grimpe de 4 % par an selon la Fédération française des diabétiques. Ils étaient 31 400 jeunes touchés en 2023, contre 20 300 douze ans plus tôt. Tant qu’on ne repère pas ces enfants avant les premiers symptômes, le médicament le plus prometteur reste dans son flacon.
Les familles arrivées à temps, elles, mesurent déjà la différence. « La chose la plus précieuse que le téplizumab nous a offerte, c’est du temps », témoigne Elena Boichak, dont le fils de 9 ans a été repéré au stade 2 grâce à une étude de dépistage. Chaque mois sans insuline, dit-elle, est un mois d’enfance gagné. En France, la suite se jouera dans les bureaux de la Haute Autorité de santé, qui devra fixer le prix et les conditions d’un remboursement national. Sanofi assure vouloir avancer vite. Les familles, elles, attendent surtout qu’on apprenne enfin à repérer la maladie avant qu’elle ne frappe.