C’est un objet de trente ans qui s’apprête à disparaître. À partir de janvier 2028, Sony ne fabriquera plus aucun disque pour ses nouveaux jeux PlayStation. Un jeu neuf ne s’achètera alors qu’en version numérique, à télécharger, et plus jamais dans un boîtier posé sur une étagère.
Le disque neuf s’arrête en janvier 2028
L’annonce est tombée le 1er juillet sur le blog officiel de PlayStation, signée Sid Shuman, un cadre de Sony Interactive Entertainment. La règle est simple. Tous les jeux qui sortiront après janvier 2028 seront vendus uniquement au format numérique, sur le PlayStation Store comme chez les revendeurs, sous forme de code à télécharger.
Les jeux déjà parus, ou publiés avant cette échéance, gardent leur galette. Votre collection actuelle continuera de tourner, et le lecteur de disque de la PS5 servira encore pour ces titres. Ce sont seulement les nouveautés qui basculeront dans le sans-disque. Sony justifie le virage par un constat commercial : ses joueurs ont quitté le disque depuis longtemps, et les rayons jeux vidéo des grandes surfaces fondent d’année en année.
85 % des ventes sont déjà numériques
Le chiffre que Sony met rarement en avant explique tout. Sur le trimestre clos fin mars 2026, 85 % des jeux PS4 et PS5 vendus l’ont été en numérique. Seulement 15 % sont partis en disque. Un an plus tôt, le téléchargement pesait 76 %. En 2016, il plafonnait à 19 %.
Le disque ne représente donc plus qu’une part minuscule du gâteau. Dans les comptes de la division jeux de Sony, le logiciel physique est tombé à 3 % des revenus. Pendant que la PS5 approche des 100 millions d’exemplaires vendus, la boîte en plastique est devenue un produit de niche. Le disque de jeu suit le chemin du CD et du DVD, balayés par la musique et la vidéo en ligne en une décennie. Sony ne lance pas une mode, il entérine une bascule que ses propres clients ont provoquée. Microsoft avait ouvert la voie en vendant des Xbox sans lecteur, et l’édition numérique de la PS5 existe depuis son lancement.
Les revendeurs refusent de se laisser faire
Chez les vendeurs de jeux, la nouvelle passe mal. Selon TechRadar, l’enseigne britannique GAME a prévenu qu’elle ne resterait pas les bras croisés et qu’elle continuerait de défendre la vente de jeux physiques. Derrière la formule, un enjeu très concret : une bonne partie de leur chiffre d’affaires vient des jeux d’occasion, qu’on ne peut ni revendre ni racheter quand tout devient numérique.
Le géant américain GameStop, propriétaire de Micromania en France, a déjà fermé plus de 1 300 boutiques en deux ans, à mesure que le téléchargement grignotait ses rayons. La décision de Sony menace d’accélérer la casse. Sur le blog de PlayStation, le message a récolté près de 5 900 commentaires en vingt-quatre heures, une colère rare pour un simple communiqué. Un marché de l’occasion qui s’éteint, c’est aussi la fin des jeux à petit prix, récupérés chez un ami ou revendus une fois terminés.
Acheter un jeu ne veut plus dire le posséder
Le même jour, Sony a offert un avant-goût de ce que vaut un achat numérique. Le groupe a annoncé la fermeture du PlayStation Store sur PS3 et PS Vita. Le calendrier commence par le Mexique, le Honduras et le Nicaragua dès août 2026, se poursuit dans d’autres pays d’Amérique latine et du Moyen-Orient fin 2026, puis touche le reste du monde en juillet 2027.
Après la fermeture, plus aucun achat ne sera possible sur ces machines. Sony promet que les jeux déjà payés resteront téléchargeables « dans un avenir prévisible », une formule qui n’engage à rien. Les joueurs connaissent déjà le revers du numérique : quand un contrat de licence expire, un titre peut quitter la boutique du jour au lendemain, et l’acheteur se retrouve avec une fiche vide. La démonstration est rude. Un disque fonctionne sans boutique, sans serveur et sans connexion. Un jeu dématérialisé, lui, dépend d’un magasin en ligne que le fabricant peut fermer quand il le décide. La conservation du patrimoine vidéoludique, longtemps agitée par les collectionneurs, devient soudain une question très concrète.
Bon débit et gros disque dur obligatoires
Le tout-numérique a un coût caché pour le joueur. Un jeu récent pèse souvent plus de 100 gigaoctets, parfois 150. Sans disque, il faut le télécharger en entier, donc disposer d’une connexion correcte et d’un stockage suffisant. Dans les zones où la fibre n’est pas encore arrivée, patienter une nuit avant de lancer une partie n’a rien d’un détail.
Le numérique fait aussi disparaître des gestes tout simples. On ne prête plus une boîte à un copain, on n’offre plus un jeu emballé sous le sapin, on ne revend plus un titre fini pour financer le suivant. Les familles nombreuses, qui se repassaient un même jeu d’un enfant à l’autre, devront acheter chaque licence à part. En échange, Sony vend du confort : acheter depuis son canapé, ne jamais rayer un disque, changer de jeu sans se lever. À chacun de peser ce qu’il gagne et ce qu’il perd.
GTA VI parmi les derniers gros disques
Il reste malgré tout un an et demi de sorties physiques. Grand Theft Auto VI, attendu sur PS5 le 19 novembre 2026, figurera parmi les derniers blockbusters garantis en boîte. Après lui, la liste des jeux qu’on pourra prêter, offrir emballé ou revendre se réduira saison après saison.
La vraie inconnue tient à la suite. Le lecteur de disque survivra-t-il sur la prochaine PlayStation, et les autres fabricants suivront-ils ? Nintendo, qui mise encore sur la cartouche avec sa Switch, observe. La réponse dira si janvier 2028 marque la fin du disque de jeu, ou celle de l’objet vidéoludique tout court.