Depuis le 1er juillet, le gaz coûte plus cher que jamais. Le prix repère fixé par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a grimpé de 7,4 %, son plus haut niveau depuis sa création fin 2023. Pour un foyer qui se chauffe au gaz, la facture de juillet gagne en moyenne 2,70 euros. Un petit montant, en apparence. Sauf que cette hausse arrive rarement seule.

Un record depuis la fin des tarifs réglementés

Le prix repère du gaz a une histoire courte. Il est né fin 2023, quand les tarifs réglementés ont disparu, pour offrir aux ménages un point de comparaison mensuel face aux offres de marché. Jamais il n’avait atteint un tel sommet. Il passe de 152,86 à 164,21 euros le mégawattheure, toutes taxes comprises.

La CRE avance deux raisons. D’abord des coûts d’approvisionnement plus élevés, tirés par des marchés tendus et par le prix des certificats d’économie d’énergie que les fournisseurs doivent financer. Ensuite la révision annuelle des tarifs d’acheminement, à laquelle s’ajoute la péréquation gazière, un mécanisme qui répartit les coûts de réseau entre les territoires. Concrètement, c’est surtout le prix du kilowattheure qui bondit, d’environ 8 %, tandis que l’abonnement progresse plus doucement.

Le chiffre de 2,70 euros mérite une nuance. En juillet, on brûle très peu de gaz : pas de chauffage, juste l’eau chaude et la cuisson. La même hausse de 8 % sur le kilowattheure pèsera bien plus lourd cet hiver, quand les radiateurs tourneront à plein. Le record de l’été est donc surtout un avertissement pour la saison froide.

Tous les abonnés ne la ressentiront pas au même moment. Ceux qui ont choisi une offre indexée sur le prix repère voient la note grimper dès ce mois-ci. Ceux qui ont signé un contrat à prix fixe restent protégés, mais seulement jusqu’à l’échéance de leur engagement. À la prochaine signature, la marche à franchir sera plus haute.

Le gaz n’est pas la seule hausse

Le 1er juillet a aussi changé la donne pour les amateurs de petits colis. La taxe française de 2 euros, instaurée en mars sur les paquets venus de l’extérieur de l’Union européenne, cède la place à un droit européen de 3 euros. Le calcul se durcit : on paie désormais par catégorie de produits. Cinq tee-shirts identiques comptent pour une seule catégorie, soit 3 euros. Un tee-shirt, un jean et une paire de baskets en font trois, soit 9 euros.

Les plateformes chinoises comme Shein ou Temu sont les premières visées. Bruxelles veut freiner le flot de colis à bas prix qui submerge les douanes européennes. Ce droit forfaitaire doit rester en vigueur jusqu’en 2028, avant qu’une redevance de gestion ne s’y ajoute en novembre. D’autres mesures entrent en scène le même jour, du nouveau congé de naissance au retour du leasing social pour les voitures électriques. L’été 2026 commence par une série d’ajustements qui, mis bout à bout, touchent presque tous les portefeuilles.

L’énergie tire l’inflation vers le haut

Cette flambée du gaz ne tombe pas du ciel. En mai, les prix à la consommation ont augmenté de 2,4 % sur un an, selon l’INSEE, après 2,2 % en avril. Le moteur de l’accélération porte un nom : l’énergie. Sur douze mois, le gaz a bondi de 11,3 %, alors qu’il reculait encore de 3,1 % un mois plus tôt. Un retournement brutal.

Le reste tient mieux. L’alimentation progresse de 1,1 % sur un an, un rythme presque stable. L’inflation sous-jacente, celle qui met de côté les prix les plus volatils, se limite à 1,5 %. La lecture est simple : si la vie coûte plus cher aujourd’hui, c’est d’abord parce que se chauffer, s’éclairer et rouler pèsent davantage sur le budget.

La guerre au Moyen-Orient dans l’équation

Pour saisir pourquoi l’énergie s’emballe, il faut regarder plus loin que l’Hexagone. Les tensions au Moyen-Orient ont crispé les marchés pétroliers. Le détroit d’Ormuz, ce goulet stratégique par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial, cristallise les craintes. Chaque menace sur ce couloir maritime pousse les cours vers le haut, et le gaz comme l’électricité finissent par suivre le mouvement.

Les économistes de l’OFCE et de la Banque de France anticipent une accélération dans les mois qui viennent. L’inflation, autour de 2,4 % au printemps, pourrait approcher 2,7 % d’ici la fin de l’année, un cran au-dessus des prévisions établies quelques mois plus tôt. Rien de comparable au choc de 2022, quand la hausse des prix dépassait 6 %. Mais le frémissement contrarie l’idée d’un retour au calme que beaucoup espéraient pour 2026.

506 euros qui manquent chaque mois

Ces pourcentages se traduisent dans le quotidien. Interrogés par l’institut Elabe pour BFMTV au mois de mai, les Français estimaient qu’il leur manquait en moyenne 506 euros par mois pour vivre convenablement. Ce n’est pas une facture, c’est un ressenti. Mais il mesure la distance entre ce que gagnent les ménages et ce qu’ils jugent nécessaire pour tenir sans se priver.

Le gaz à 7,4 %, les colis taxés, l’énergie qui repart : chaque poste ajoute sa pierre. Pris isolément, ces montants semblent dérisoires, quelques euros par-ci, deux ou trois par-là. Cumulés sur une année entière, ils finissent par redessiner le budget d’un foyer, surtout pour ceux qui vivent déjà au plus juste et pour qui la moindre hausse se paie sur un autre poste.

Le prochain rendez-vous est déjà fixé. La CRE réévalue son prix repère chaque mois, et le tarif d’août tombera fin juillet. De quoi vérifier si ce record d’été n’aura été qu’un pic passager, ou le premier palier d’une pente plus longue.