764,3 millions de dollars en trois semaines. Personne ne réclamait un cinquième Toy Story, et le voilà pourtant à l’origine du plus gros démarrage de toute l’histoire de Pixar. Le studio qui doutait de lui-même tient son sauveur.
Le meilleur lancement jamais vu chez Pixar
Sorti le 17 juin en France, deux jours avant les États-Unis, Toy Story 5 a réuni 312 millions de dollars sur son premier week-end à l’échelle mondiale. Jamais un film du studio à la lampe de bureau n’avait autant rapporté pour son coup d’envoi. Sur le seul marché américain, les 160 millions récoltés en trois jours placent le long-métrage au deuxième rang des meilleurs démarrages de l’animation, juste derrière Les Indestructibles 2 et ses 183 millions engrangés en 2018.
Trois semaines plus tard, le compteur grimpe à 764,3 millions sur la planète entière, d’après les données de Box Office Mojo. Le film occupe désormais la troisième marche des plus gros succès de 2026, derrière l’adaptation de Super Mario et le biopic consacré à Michael Jackson. En France, le premier week-end a rapporté 7,2 millions de dollars, l’un des meilleurs scores enregistrés hors Amérique du Nord selon Variety.
Le calendrier a joué son rôle. En lançant le film à quelques jours des vacances scolaires, Pixar visait le public familial, celui qui remplit les salles l’après-midi et revient parfois deux fois. La stratégie a fonctionné des deux côtés de l’Atlantique, portée par un bouche-à-oreille rapide et par la nostalgie d’une saga qui accompagne certains spectateurs depuis l’enfance.
Un studio qu’on disait à bout de souffle
Le résultat a des allures de revanche. Depuis la pandémie, Pixar enchaînait les sorties tièdes et les paris déçus. Buzz l’Éclair, son film dérivé de 2022, avait manqué sa cible en salle. Plusieurs productions maison, de Soul à Alerte rouge, s’étaient retrouvées expédiées directement sur les plateformes plutôt qu’en salle obscure. La direction de Disney admettait elle-même une dépendance trop lourde aux suites, au détriment des histoires originales.
Confier ce cinquième chapitre à Andrew Stanton n’avait donc rien d’un hasard. Le réalisateur du Monde de Nemo et de WALL-E figure parmi les signatures les plus solides de la maison. Randy Newman, compositeur historique de la saga, signe pour l’occasion sa dixième collaboration avec le studio. Sur la bande originale se glisse aussi un morceau de Taylor Swift, « I Knew It, I Knew You », déjà installé en tête des ventes.
Une tablette connectée contre Woody et Buzz
L’histoire reprend deux ans après Toy Story 4. Woody, Buzz, Jessie et la bande partagent toujours la chambre de Bonnie, mais la fillette grandit et se détourne peu à peu de ses figurines. Arrive alors Lilypad, une tablette connectée en forme de grenouille qui aspire toute l’attention de l’enfant et prétend décider, à sa façon, de ce qui compte pour elle. D’un coup, les jouets ne servent plus à grand-chose.
Le thème frappe juste chez tous les parents. Combien d’enfants abandonnent aujourd’hui la peluche pour l’écran tactile ? Pixar transforme cette inquiétude du quotidien en récit d’aventure, avec le mélange d’humour et d’émotion qui a forgé la réputation de la série. Tom Hanks, Tim Allen et Joan Cusack retrouvent leurs personnages, épaulés côté américain par Conan O’Brien et Greta Lee dans la version originale.
Le paradoxe d’un carton sur les écrans
Il y a là une ironie que la critique n’a pas manqué de relever. Un film qui alerte sur le temps passé devant les écrans devient l’un des plus gros triomphes de l’année, projeté sur des milliers d’écrans géants et prolongé par une déferlante de produits numériques. Le propos reste malgré tout mesuré. Plutôt que de diaboliser la technologie, le scénario cherche un point d’équilibre entre le jouet en plastique et la tablette qui clignote.
Ce grand écart résume assez bien la position de Pixar en 2026. Le studio doit séduire des enfants nés avec une dalle tactile dans les mains, tout en cultivant la nostalgie de leurs parents, qui ont grandi avec Woody depuis 1995. Trente ans séparent le premier Toy Story de ce cinquième volet, et la même bande de jouets accompagne désormais deux générations de spectateurs dans la même salle.
La critique salue, puis s’interroge
La presse spécialisée a plutôt bien reçu le film, applaudissant l’animation, l’humour et la finesse du regard porté sur les écrans. Une réserve revient toutefois d’un média à l’autre : ce cinquième épisode était-il vraiment utile ? Toy Story 3 offrait en 2010 une conclusion presque parfaite, et le quatrième volet ressemblait déjà à un bonus. Le site Bulles de Culture évoque une « franchise qui tourne à vide », quand d’autres rédactions françaises pointent une narration morcelée qui fragilise un message pourtant pertinent.
La question dépasse le simple avis de cinéphile. Prolonger une saga adorée rapporte gros, mais grignote le capital d’affection accumulé au fil des ans. Toy Story 4 avait déjà partagé le public, entre ceux qui saluaient une suite touchante et ceux qui la trouvaient superflue. Sur le terrain commercial, en revanche, le calcul de Disney ne souffre aucune contestation.
Le cap du milliard en ligne de mire
Il reste un seuil à franchir. Avec 764 millions déjà en poche, Toy Story 5 ne se tient plus qu’à deux longs-métrages du milliard de dollars, un cercle que deux ou trois films atteignent chaque année tout au plus. S’il l’atteint, il effacera Toy Story 4 et son 1,07 milliard récolté en 2019, pour devenir le plus rentable de toute la série. La bataille estivale de l’animation n’est d’ailleurs pas close, puisque Minions et Monsters vient à son tour occuper les salles américaines. Les prochaines semaines diront si Woody et Buzz, une fois de plus, ont eu le dernier mot face à la grenouille connectée.