Numéro un, mais en demi-teinte. Pour leur retour sur grand écran, les Minions ont rassemblé 173 000 spectateurs dès le premier jour en France. Un démarrage que bien des films s’arracheraient, sauf que la petite bande jaune nous avait habitués à beaucoup mieux.

Sorti le 24 juin, « Des Minions et des monstres » s’est installé en tête des nouveautés de la semaine. Mais derrière la couronne, les chiffres racontent une histoire plus nuancée : celle d’une machine à cash de l’animation qui tourne un peu moins vite qu’avant.

Premier du classement, loin de ses sommets

Selon le baromètre Boxoffice Pro, le septième film de la saga « Moi, moche et méchant » signe le troisième meilleur démarrage de l’année, avec une moyenne solide de 49 entrées par séance. Il fait mieux que « Toy Story 5 », limité à 167 000 spectateurs pour sa première journée quelques jours plus tôt.

Le hic, c’est la comparaison avec la famille. « Moi, moche et méchant 4 » avait réuni 208 000 curieux le jour de sa sortie en 2024. Et « Minions 2 » avait carrément explosé les compteurs en 2022, avec 510 000 entrées en vingt-quatre heures. Un écart à relativiser : ce record-là profitait de la Fête du Cinéma, qui dopait les salles ce jour précis. Le nouveau venu bénéficiera lui aussi de l’opération dès son premier dimanche, de quoi resserrer l’écart dans les prochains jours.

Reste une tendance que les distributeurs observent de près. À chaque nouvel épisode, le public répond toujours présent, mais la vague initiale faiblit. Pour une franchise bâtie sur l’effet de masse, le signal mérite qu’on s’y attarde.

Une saga qui a déjà encaissé 5,6 milliards

Ce coup de mou prend tout son relief quand on regarde le pedigree de la bande. D’après les données de Box Office Mojo, les quatre films « Moi, moche et méchant » ont rapporté 3,5 milliards de dollars dans le monde, et les deux longs métrages consacrés aux seuls Minions en ont ajouté 2,1 milliards. Au total, l’univers approche les 5,6 milliards de dollars de recettes.

Ce montant fait de la saga la franchise d’animation la plus lucrative de l’histoire, devant « Shrek », « Toy Story » ou « La Reine des neiges ». Pas mal pour de petites créatures jaunes qui s’expriment dans un charabia inventé. Cette fois, elles portent le film sans Gru, le héros maladroit de la série principale, preuve qu’elles se suffisent désormais à elles-mêmes au générique.

Le cinéma n’est d’ailleurs qu’une partie du magot. Dès 2015, le premier long métrage centré sur les seuls Minions avait dépassé le milliard de dollars de recettes, un score rare pour un dessin animé. Depuis, peluches, jouets, partenariats avec des chaînes de restauration rapide et produits dérivés en tout genre rapportent chaque année des sommes que le box-office seul ne laisse pas deviner. La bestiole jaune est devenue une marque à part entière, bien au-delà des salles obscures.

Derrière la caméra, on retrouve un Français : Pierre Coffin, cocréateur de l’univers et voix officielle des Minions, qu’il double depuis le premier film. Un détail savoureux quand on mesure le poids mondial de ces personnages nés en partie à Paris, dans les studios Mac Guff.

Le vrai secret d’Illumination, dépenser peu

Si une sortie moins flamboyante ne fait pas trembler Universal, c’est à cause d’un modèle économique presque unique à Hollywood. Le studio Illumination, fondé par Chris Meledandri, fabrique ses films pour une fraction du budget de ses rivaux. « Des Minions et des monstres » aurait coûté environ 85 millions de dollars, là où un Pixar ou un Disney en réclame souvent le double.

Les recettes de cette discipline budgétaire se lisent partout dans la production. Le baragouin des Minions évite des doublages de stars hors de prix. Les décors et les personnages se recyclent d’un film à l’autre. Résultat : même un démarrage jugé tiède reste très rentable, là où un concurrent au budget gonflé aurait besoin d’un triomphe pour rentrer dans ses frais.

C’est ce calcul qui explique la longévité de la franchise. Tant que le ticket d’entrée reste bas, chaque film jaune a de fortes chances de finir dans le vert, indépendamment des records battus ou manqués.

Toy Story relance le match de l’été

Le retour des Minions tombe au pire moment pour eux : juste après celui de Woody et Buzz. « Toy Story 5 » vient de réaliser, d’après le cabinet Comscore, le plus gros lancement de l’histoire de sa franchise aux États-Unis, avec 160 millions de dollars sur un seul week-end, et a redynamisé les salles des deux côtés de l’Atlantique. En France, le film Pixar trustait encore la première place du box-office hebdomadaire au moment où les Minions débarquaient.

Deux géants de l’animation, deux philosophies. Pixar mise sur le grand spectacle et les gros budgets, quitte à prendre des risques. Illumination préfère la cadence et la rentabilité, en gardant ses coûts sous contrôle. L’été 2026 ressemble à un duel grandeur nature entre ces deux écoles, sous les yeux d’un public familial qui, lui, profite du choix.

Le vrai test, c’est l’Amérique

La partie n’est pas terminée. « Des Minions et des monstres » sort aux États-Unis le 1er juillet, sur le marché qui pèse le plus lourd dans la balance mondiale. C’est là, et pas dans les salles françaises, que se jouera la vraie réponse : la franchise séduit-elle encore les foules, ou la lassitude commence-t-elle à gagner les rangs ?

En attendant, la Fête du Cinéma de ce dimanche devrait gonfler les entrées tricolores et offrir aux Minions un joli matelas. De quoi confirmer, une fois de plus, que la bande jaune reste difficile à déloger, même quand son éclat pâlit légèrement.