Le clou de la fête nationale saute avant l’heure. À six jours du 14 juillet, des dizaines de communes rayent leur feu d’artifice du programme. La faute à une chaleur qui refuse de redescendre et à des forêts prêtes à s’embraser au moindre tison.

Le mouvement est parti du Sud, il gagne désormais tout le pays. Préfets et maires prennent les devants, souvent à regret, pour éviter qu’une gerbe d’étincelles ne transforme une soirée de bal en départ d’incendie. Franceinfo et les antennes régionales du réseau ICI recensent des annulations dans une quinzaine de départements, un décompte qui s’allonge d’heure en heure.

Des arrêtés qui tombent en cascade

Dans l’Hérault, la préfecture a tranché net : aucun tir autorisé entre le 10 et le 16 juillet, sauf au-dessus de la mer. La Charente bloque tout jusqu’au 31 août. La Drôme va encore plus loin et repousse l’interdiction au 30 septembre, pour les mairies comme pour les particuliers. En Essonne, les spectacles des 13 et 14 juillet tombent d’un seul bloc, la préfecture ayant fermé la porte à toute pyrotechnie jusqu’au 15. L’Ain a choisi la manière forte, avec une interdiction totale sur l’ensemble de son territoire. La Loire, elle, mise sur la recommandation : le préfet demande aux maires de renoncer sans le leur imposer. Le Gard, la Creuse ou le Poitou complètent le tableau, commune après commune. À Aubusson, le feu du 13 juillet a été décommandé, une décision prise, selon la municipalité, par responsabilité et par sécurité.

Sept départements classés rouge

Le décor, c’est une France qui cuit. Ce mercredi, Météo-France plaçait sept départements du Sud-Est au niveau rouge pour le risque de feux de forêt, le plus haut de l’échelle, et quarante-sept autres en risque marqué. Côté thermomètre, soixante-sept départements passaient en vigilance orange canicule, contre seize à peine deux jours plus tôt. À partir de la mi-semaine, l’Île-de-France, le Centre-Val de Loire et les Pays de la Loire ont rejoint la liste, preuve que l’épisode déborde largement le pourtour méditerranéen. Fin juin, le pays avait même compté jusqu’à quarante-neuf départements en rouge canicule.

Une chaleur qui bat des records

Rien d’un coup de chaud passager. Les journées de fin juin ont dépassé les pics historiques de l’été 2003 et de 2019, deux références pourtant marquantes. La chaleur s’accumule depuis mai, juin a enfoncé plusieurs records, les sols sont asséchés et la Méditerranée tourne à la soupe tiède. Un anticyclone installé pour durer verrouille le tout et empêche l’air frais de s’inviter. Résultat, la végétation vire au paillasson et le moindre point chaud peut dégénérer. Dans les zones les plus exposées, les préfets ferment aussi l’accès aux massifs aux heures brûlantes et proscrivent barbecues et mégots.

La mer, seule échappatoire

Un détail revient dans presque tous les arrêtés : les feux tirés depuis l’eau restent souvent tolérés. Une gerbe qui explose au-dessus d’un plan d’eau ou d’une plage tournée vers le large ne menace ni pinède ni garrigue. C’est la planche de salut des communes littorales, qui sauvent leur soirée pendant que celles de l’intérieur rangent les fusées. Ailleurs, plusieurs mairies ne suppriment pas la date mais la déplacent à l’automne, le temps que la pluie revienne et que les massifs reprennent un peu d’humidité.

Des drones à la place des fusées

Toutes les festivités ne passent pas à la trappe. Le bal des pompiers du 13 juillet, lui, tient bon : on y danse, on n’y allume rien. Et un nombre croissant de villes troquent la poudre contre des spectacles de drones ou des projections laser, capables de dessiner un ciel coloré sans projeter la moindre étincelle. La solution coûte cher et ne s’improvise pas en trois jours, mais elle contourne l’interdit. Pour les artificiers, la soirée du 14 juillet reste la plus grosse de l’année, et la voir s’effacer creuse un trou béant dans le carnet de commandes. Contrats signés de longue date, matériel déjà stocké : l’annulation se paie aussi en euros.

2022 avait déjà donné le ton

La scène n’a rien d’une première. À l’été 2022, l’année la plus noire jamais enregistrée avec 66 000 hectares partis en fumée, des dizaines de villes avaient déjà rangé leur artillerie. Les méga-feux de Gironde tournaient alors à plein régime et vidaient des campings entiers. Certaines communes n’avaient pas annulé mais décalé leur spectacle de plusieurs semaines, le temps que le danger reflue. Depuis, le réflexe s’est ancré : dès que le risque grimpe, le feu d’artifice devient la première festivité sacrifiée. En 2025, 37 000 hectares avaient encore brûlé.

Une saison qui démarre trop tôt

Le vrai signal d’alarme se lit dans les compteurs d’incendies. Depuis janvier, plus de 26 000 hectares sont déjà partis en fumée en France, d’après le Système européen d’information sur les feux de forêt. Le gouvernement, de son côté, dénombrait près de 7 000 départs de feu au début du mois. Surtout, les incendies frappent quinze jours à trois semaines plus tôt que d’habitude, sur des massifs déjà fragilisés par le manque d’eau. À peine la moitié de l’année écoulée, le bilan s’approche de celui d’une saison complète. Les pompiers le martèlent chaque été : près d’un feu sur deux part d’une imprudence, et une seule étincelle suffit quand tout est sec.

La décision finale se jouera à la dernière minute. Tant que la vigilance rouge tient, les préfectures trancheront ville par ville, parfois la veille pour le lendemain. Pour beaucoup de Français, le 14 juillet se résumera cette année au bal des pompiers, à la buvette et à un ciel resté obstinément noir.