Aucun dollar de dommages n’a changé de mains. Et pourtant, Justin Baldoni va devoir signer un chèque de plus de huit millions à Blake Lively. La bataille judiciaire née sur le tournage de « Jamais plus » vient de se refermer sur une addition que personne n’avait vue venir.

Un accord signé à la veille du procès

Au printemps, alors que le procès civil devait enfin s’ouvrir à New York, Blake Lively a retiré sa plainte et signé un accord avec Baldoni et son studio Wayfarer. D’après Variety, aucune somme n’a été versée au titre des dommages : ni l’actrice ni le réalisateur n’ont décroché la moindre indemnité. Après un an et demi de dépositions, de messages privés étalés dans la presse et de rebondissements chaque semaine, le dossier semblait donc s’arrêter sur un match nul. En apparence seulement.

Huit millions, virgule comprise

Un accord sur le fond ne solde pas la question des frais. Lively a demandé à la justice que le réalisateur prenne en charge ses honoraires d’avocats. Elle réclamait 7,5 millions de dollars. Un juge fédéral est allé plus loin : il a fixé la note à 8 035 040,88 dollars, jusqu’aux quatre-vingt-huit cents, à la charge de Baldoni et de Wayfarer, rapporte Deadline. Le mécanisme peut surprendre, mais il tient debout : aux États-Unis, la partie qui fait tomber une plainte jugée abusive peut réclamer le remboursement de sa défense. Or la contre-attaque du réalisateur s’était effondrée un an plus tôt. L’homme qui exigeait 400 millions de l’actrice se retrouve donc à régler la facture de ses avocats à elle.

Baldoni reprend la parole après deux ans

Le 8 juillet, Justin Baldoni et sa femme, la comédienne Emily Baldoni, ont mis en ligne une vidéo sur Instagram. Leur toute première sortie publique depuis le déclenchement de l’affaire. « Nous n’avons pas parlé publiquement pendant près de deux ans, et ce n’est pas faute d’avoir eu des choses à dire, croyez-moi », y déclare le réalisateur, cité par NBC News. Le couple évoque « tant de choses douloureuses » vécues depuis décembre 2024, sans détailler les termes du règlement. « Il reste tellement à dire », prévient Baldoni, qui laisse clairement la porte ouverte à d’autres confidences.

Comment tout a basculé fin 2024

Retour en arrière. En décembre 2024, Blake Lively dépose une plainte auprès de l’agence californienne des droits civiques, aussitôt transmise au New York Times. Elle y accuse Baldoni, à la fois réalisateur et partenaire à l’écran, de harcèlement sexuel pendant le tournage. Puis d’avoir monté une campagne de dénigrement en ligne pour retourner l’opinion contre elle au moment de la promotion du film. Le réalisateur dément en bloc et riposte : il poursuit Lively, son mari Ryan Reynolds et le New York Times pour diffamation, chiffrant son préjudice à 400 millions de dollars.

La plainte à 400 millions balayée

En juin 2025, le juge Lewis Liman douche les espoirs du plaignant. Il juge que les accusations de Lively, portées dans une procédure officielle, sont couvertes par le privilège judiciaire, cette règle qui protège des poursuites en diffamation les déclarations faites dans un cadre légal. Le New York Times, de son côté, profite du privilège de compte rendu fidèle, qui autorise un média à relater une procédure sans risque. Le magistrat laisse à Baldoni la possibilité de redéposer quelques points sur de prétendues ruptures de contrat, mais le réalisateur laisse filer le délai. Sa plainte à 400 millions finit à la corbeille. Celle de Lively, elle, survit jusqu’au règlement de cette année.

Deux camps, des mois de guerre d’image

Entre-temps, l’affaire a débordé des prétoires pour devenir un feuilleton d’opinion. Chaque partie a diffusé ses propres messages, ses propres chronologies, ses propres experts en communication de crise. Le public, lui, a choisi son camp, souvent avant même de connaître une seule pièce du dossier. Ryan Reynolds, visé par la contre-plainte de Baldoni, a vu son nom mêlé aux audiences alors qu’il n’était pas au cœur du tournage. Pendant des mois, la moindre capture d’écran est devenue une arme, et un film sur les violences conjugales s’est mué en tribunal permanent sur les réseaux.

Pourquoi la France a suivi de près

Le feuilleton n’a rien d’anecdotique de ce côté de l’Atlantique. « Jamais plus », adaptation du roman publié par Colleen Hoover en 2016, a réuni près de 1,3 million de spectateurs dans les salles françaises à l’été 2024, pour 341 millions de dollars au box-office mondial, dont 148 millions aux États-Unis. À sa sortie américaine, le film s’était même hissé à la deuxième place du classement, juste derrière « Deadpool & Wolverine ». Le livre, lui, s’est écoulé à plus de 10 millions d’exemplaires sur la planète, dont 4 millions rien qu’en France, où l’autrice américaine règne sur les rayons depuis des années. Autant dire que la brouille entre les deux têtes d’affiche a touché un public qui avait d’abord aimé cette histoire sur papier, bien avant l’écran.

Une facture, et sans doute une suite

Reste donc l’addition. Baldoni et Wayfarer gardent la possibilité de contester le montant des honoraires devant une cour d’appel, une piste que le réalisateur n’a pas fermée dans sa vidéo. Cette dernière, longue de plusieurs minutes et vue par des centaines de milliers d’internautes en quelques heures, ressemble moins à un point final qu’à une bande-annonce. Deux ans après avoir tourné un récit sur l’emprise et la reconstruction, les protagonistes de « Jamais plus » n’en ont visiblement pas terminé avec la leur.