Le parlement islandais devrait annoncer la date d’un référendum sur l’adhésion à l’Union européenne « dans les prochaines semaines », selon deux sources officielles citées par Politico. Le vote pourrait avoir lieu dès août 2026, soit un an plus tôt que prévu. Derrière cette accélération : les ambitions américaines sur le Groenland, des droits de douane de 15 % sur les exportations islandaises et une blague diplomatique qui a très mal tourné.
Un ambassadeur, une blague et 400 000 Islandais furieux
En janvier, Billy Long, le candidat de Donald Trump au poste d’ambassadeur en Islande, a lancé devant des élus du Congrès que le pays devrait devenir « le 52e État américain » et qu’il en serait le gouverneur. Personne à Reykjavik n’a ri. Le ministère islandais des affaires étrangères a contacté l’ambassade américaine pour exiger des clarifications, rapporte Deutsche Welle. Des milliers de citoyens, dans un pays qui compte environ 400 000 habitants, ont signé une pétition demandant un autre ambassadeur. Long a fini par s’excuser, sans conviction : « Si quelqu’un a été offensé, je m’en excuse. »
L’épisode s’inscrit dans un climat bien plus large. Les pressions de Trump sur le Groenland, territoire danois situé à seulement 300 kilomètres de l’Islande, ont alimenté la crainte de devenir un pion dans la rivalité entre grandes puissances. Début 2025, un sondage du radiodiffuseur public RUV révélait que trois quarts des Islandais considéraient les États-Unis comme une menace.
45 % pour l’adhésion, la pêche comme point de blocage
Les sondages récents donnent 45 % des Islandais favorables à l’entrée dans l’UE, contre 35 % d’opposants. Le gouvernement de centre-gauche, mené par l’Alliance sociale-démocrate qui a remporté les élections de 2024, avait promis un référendum d’ici 2027. La ministre des affaires étrangères, Thorgerdur Katrin Gunnarsdottir, a déclaré à Reuters vouloir « accélérer le processus » face à un « environnement géopolitique radicalement différent ».
Le principal frein reste la pêche. L’industrie halieutique constitue le premier secteur économique de l’île. Adhérer à l’UE signifierait se soumettre à la politique commune de la pêche et ouvrir les eaux islandaises aux flottes espagnoles, françaises ou portugaises. Le pays perdrait le contrôle de ses quotas, avec un risque de surpêche sur des stocks que l’Islande gère de manière autonome depuis des décennies. Ce dossier avait déjà fait capoter la première tentative d’adhésion.
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2009 : le précédent raté
L’Islande a déjà frappé à la porte de Bruxelles. En 2009, frappée de plein fouet par la crise financière mondiale, elle avait déposé sa candidature. Ses trois plus grandes banques venaient de s’effondrer, le chômage était passé de presque zéro à 10 %, la couronne islandaise avait perdu une grande partie de sa valeur et le pays avait dû emprunter plus de 2 milliards de dollars au FMI, selon Deutsche Welle. Les négociations formelles avaient démarré en 2010.
L’économie s’est redressée plus vite que prévu. En 2013, une coalition de centre-droit eurosceptique a gelé les pourparlers. Deux ans plus tard, Reykjavik a retiré sa candidature. Le Guardian rappelle que les sondages de l’époque montraient un soutien tiède à l’adhésion, bien inférieur aux chiffres actuels.
Bruxelles ouvre grand la porte
Côté européen, l’accueil semble favorable. La commissaire à l’élargissement, Marta Kos, a qualifié l’Islande de « partenaire de confiance et ami proche de l’UE » après une rencontre avec la ministre islandaise des affaires étrangères, rapporte Politico. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, s’est rendue en Islande l’an dernier et a reçu la Première ministre islandaise Kristrun Frostadottir à Bruxelles en janvier.
L’Islande part avec un avantage considérable : elle fait déjà partie de l’Espace économique européen (EEE), de l’Association européenne de libre-échange (AELE) et de l’espace Schengen. Elle applique déjà une grande partie de la législation européenne. Selon un responsable de l’UE cité par Politico, les négociations d’adhésion pourraient aboutir en un an seulement, un délai record comparé aux années, voire aux décennies, que d’autres candidats doivent attendre.
Un signal géopolitique autant qu’économique
L’enjeu dépasse le commerce et la pêche. L’Islande est membre fondateur de l’OTAN mais ne dispose d’aucune armée. Sa sécurité repose depuis des décennies sur les États-Unis, une dépendance de moins en moins confortable. Les droits de douane de 15 % imposés par Trump sur les produits islandais ont frappé durement un pays dont les exportations de poisson vers l’Amérique représentent une part significative du commerce extérieur. Les États-Unis sont le deuxième partenaire commercial de l’Islande après l’UE.
Pour Bruxelles, l’adhésion islandaise enverrait un signal clair à Washington dans le bras de fer sur les sphères d’influence en Atlantique Nord. « La conversation sur l’élargissement change », a déclaré Marta Kos à Politico. « Il s’agit de plus en plus de sécurité, d’appartenance et de préserver notre capacité d’action dans un monde de sphères d’influence concurrentes. »
L’un des deux partenaires de la coalition gouvernementale islandaise reste opposé à l’adhésion, ce qui pourrait compliquer le calendrier parlementaire. Le résultat du référendum, s’il a lieu en août, ne serait qu’une première étape : il ouvrirait la voie à de nouvelles négociations formelles. La question de la pêche, et celle de la chasse à la baleine que l’Islande pratique encore, promettent des discussions serrées avec les Vingt-Sept.