201 morts en Iran, des missiles iraniens sur Israël et cinq pays du Golfe, un drone sur un immeuble à Bahreïn, et Donald Trump qui affirme que le guide suprême Ali Khamenei a été tué. En moins de douze heures, l’opération baptisée « Fureur épique » par Washington — 200 avions, plus de 500 cibles — et la riposte iranienne ont produit un bilan humain qui s’alourdit heure après heure. L’onde de choc dépasse largement les frontières de la région.
Une école de filles parmi les cibles
Le chiffre qui résume la brutalité de la journée : au moins 201 personnes ont été tuées en Iran depuis le début des frappes conjointes américano-israéliennes, selon Al Jazeera, qui cite les données du Croissant-Rouge iranien. La BBC confirme ce bilan. Parmi les victimes, au moins 108 dans la seule ville de Minab, dans le sud du pays, après qu’un missile israélien a touché deux établissements scolaires. L’un d’eux était une école de filles. Les médias d’État iraniens font état de dizaines d’élèves parmi les morts. Le bilan initial de 85 victimes a été revu à la hausse par le Croissant-Rouge iranien en fin de journée.
Des explosions ont retenti à Téhéran, y compris à proximité des bureaux du guide suprême Ali Khamenei, selon l’Associated Press. Donald Trump a affirmé que Khamenei avait été tué dans les frappes. Téhéran dément catégoriquement : l’agence officielle IRNA a diffusé un communiqué assurant que le guide suprême « se trouve en lieu sûr et en bonne santé ». Aucune source indépendante n’a pu vérifier l’une ou l’autre de ces affirmations à cette heure. Ce dernier aurait été évacué vers un lieu sécurisé hors de la capitale, d’après une source citée par Reuters.
À Bouchehr, dans le sud, deux quartiers ont été visés par des missiles, rapporte l’agence Fars. Les frappes ont également touché des installations militaires et l’industrie balistique du pays, deux objectifs déclarés par Donald Trump dans son allocution de la matinée : « Nous allons détruire leur industrie de missiles et la raser jusqu’au sol. » Le président américain a ajouté que les frappes se poursuivraient « sans interruption tout au long de la semaine ».
Téhéran frappe en retour sur cinq pays
L’Iran n’a pas tardé à riposter, et la riposte s’est avérée massive. Des salves de missiles balistiques iraniens ont visé le territoire israélien, selon Al Jazeera. Des explosions ont été entendues à Jérusalem, rapporte franceinfo. En parallèle, Téhéran a lancé des frappes contre des installations militaires américaines dans au moins cinq pays : le Qatar, le Koweït, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Irak. Chacun de ces États a signalé des explosions sur ou à proximité de bases abritant des troupes américaines.
À Bahreïn, un drone iranien a percuté un immeuble de grande hauteur, selon Al Jazeera. Les Gardiens de la révolution ont par ailleurs annoncé le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, selon 20 Minutes. Un responsable iranien a déclaré à Al Jazeera : « Toutes les positions américaines et israéliennes au Moyen-Orient sont désormais des cibles légitimes. » Le Hezbollah libanais a de son côté qualifié les frappes américano-israéliennes de « violation flagrante du droit international » et appelé les peuples de la région à « faire face à ce plan agressif ». Téhéran a promis « aucune clémence » dans la poursuite de ses représailles, selon The Guardian.
Huit pays ferment leur ciel, des dizaines de vols annulés
La fermeture des espaces aériens constitue l’une des conséquences les plus immédiates et les plus concrètes du conflit pour le reste du monde. Au total, au moins huit États ont déclaré leur espace aérien fermé : l’Iran, Israël, l’Irak, la Jordanie, le Qatar, Bahreïn, le Koweït et les Émirats arabes unis. La Syrie a également fermé son espace aérien dans sa partie sud, le long de la frontière avec Israël, pour une durée de douze heures.
Le Moyen-Orient est devenu un carrefour de transit majeur pour les liaisons Europe-Asie depuis que l’espace aérien russe et ukrainien est fermé à la plupart des compagnies. Sa fermeture soudaine provoque des annulations en cascade. Parmi les compagnies qui ont suspendu leurs vols vers la région : Lufthansa, Air France, Iberia, Wizz Air, Turkish Airlines, Qatar Airways, Virgin Atlantic, KLM, British Airways, Japan Airlines et Scandinavian Airlines. Air India a annoncé éviter « totalement » le Moyen-Orient jusqu’à nouvel ordre. La Russie a de son côté suspendu ses vols vers l’Iran et Israël. « Les passagers et les compagnies peuvent s’attendre à ce que l’espace aérien reste fermé un certain temps », a indiqué Eric Schouten, directeur du cabinet de conseil en sécurité aérienne Dyami, cité par Al Jazeera.
Le monde réagit, l’ONU se réunit en urgence
Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a condamné « l’escalade militaire » et demandé « l’arrêt immédiat des hostilités ». « L’emploi de la force par les États-Unis et Israël contre l’Iran, et la riposte iranienne dans la région, compromettent la paix et la sécurité internationales », a-t-il déclaré, mettant en garde contre les risques d’un conflit régional élargi. Le Conseil de sécurité de l’ONU tiendra une réunion d’urgence samedi soir à 22 heures, heure de Paris, consacrée à « la situation au Moyen-Orient ».
De son côté, Emmanuel Macron a appelé à la tenue d’une réunion urgente du Conseil de sécurité, estimant que l’escalade « comporte de graves conséquences pour la paix et la sécurité internationales ». L’Union européenne, par la voix d’Ursula von der Leyen et d’Antonio Costa, a jugé le conflit « très préoccupant » et exigé de toutes les parties « un maximum de retenue, la protection des civils et le plein respect du droit international ».
L’Allemagne, la France et le Royaume-Uni ont publié une déclaration commune condamnant « avec la plus grande fermeté les attaques iraniennes contre les pays de la région » tout en affirmant leur attachement à « la stabilité régionale et à la protection des vies civiles ». Les trois pays, qui n’ont pas participé aux opérations offensives, appellent à une reprise des négociations américano-iraniennes. C’est une position qui contraste avec celle de l’Australie : selon The Guardian, le Premier ministre Anthony Albanese a apporté son soutien aux frappes américaines et déclaré se tenir « aux côtés du peuple iranien dans sa lutte contre l’oppression ».
Oman, pays médiateur dans les négociations nucléaires entre Washington et Téhéran (qui se poursuivaient encore la veille), a exprimé son « désarroi » face à l’escalade. Son ministre des Affaires étrangères Badr Albusaidi a averti que le conflit ne servirait pas les intérêts des États-Unis, ni ceux de la paix mondiale, exhortant Washington à « ne pas se laisser aspirer davantage » dans le conflit. Le Comité international de la Croix-Rouge a de son côté mis en garde contre « une réaction en chaîne dangereuse » aux « conséquences potentiellement dévastatrices pour les civils ».
Tension au Congrès américain
L’opération ne fait pas l’unanimité à Washington. Plusieurs parlementaires américains ont condamné publiquement les frappes, les qualifiant d’« actes de guerre non autorisés par le Congrès », selon The Guardian. La question de la légalité constitutionnelle de l’engagement militaire sans vote préalable du Congrès s’impose dans le débat politique américain. Pour leur part, des sources américaines indiquent à Al Jazeera que l’objectif déclaré des frappes est de « décapiter le régime iranien », avec des frappes concentrées sur des zones où Khamenei pourrait se trouver.
Netanyahu, de son côté, a affirmé que l’opération visait à éliminer « une menace existentielle » posée par l’Iran, et que les frappes créeraient « les conditions permettant au courageux peuple iranien de prendre son destin en main ». Selon un haut responsable israélien cité par Reuters, l’opération conjointe a été planifiée des mois à l’avance, avec une date précise fixée plusieurs semaines avant son déclenchement.
Ce qui se joue à 22 heures ce soir
La réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU prévue à 22 heures heure de Paris sera le premier test diplomatique de grande envergure depuis le déclenchement des frappes. Les membres permanents, dont les États-Unis (qui disposent d’un droit de veto), devront y expliquer leurs positions. Toute résolution de cessez-le-feu serait de facto bloquée par Washington, sauf retournement de situation. L’Iran, qui n’est pas membre permanent, sera entendu. Ce que diront ses représentants ce soir au siège de l’ONU à New York donnera la mesure de la suite : escalade supplémentaire, gel des combats, ou ouverture de nouvelles négociations.