Trois jours après les premières frappes américano-israéliennes sur Téhéran, le conflit s’étend à toute la région du Golfe. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 % du pétrole mondial, est quasi paralysé.
Samedi 28 février, les forces américaines et israéliennes ont lancé une offensive coordonnée contre l’Iran. Le guide suprême Ali Khamenei a été tué dans les frappes, selon l’annonce faite par Donald Trump, confirmée quelques heures plus tard par la télévision d’État iranienne. Depuis, Téhéran riposte tous azimuts : missiles balistiques sur le Qatar, le Koweït, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, drones contre les infrastructures énergétiques du Golfe, fermeture du détroit d’Ormuz par les Gardiens de la Révolution. Le bilan dépasse déjà six soldats américains tués et des centaines de victimes civiles iraniennes, rapporte franceinfo.
Ormuz fermé : 700 navires à l’arrêt
Les Gardiens de la Révolution ont annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz et menacé de brûler tout navire qui tenterait de le franchir, selon BFM TV. Le trafic maritime dans le passage a chuté de 86 %, d’après l’agence Anadolu. Environ 700 navires sont immobilisés de part et d’autre du goulet, parmi lesquels des tankers chargés de pétrole brut et des méthaniers transportant du gaz naturel liquéfié (GNL).
Ce blocage touche directement le marché mondial de l’énergie. Chaque jour, près de 21 millions de barils de pétrole transitent par ce corridor de 33 kilomètres de large à son point le plus étroit. La fermeture prolongée de cette voie maritime pourrait provoquer un choc pétrolier comparable à celui de 1973, lorsque l’embargo arabe avait fait tripler les prix du brut en quelques semaines.
Le Qatar abat deux chasseurs iraniens
Lundi, l’armée qatarie a annoncé avoir abattu deux avions de combat iraniens de type SU-24 qui s’approchaient de son espace aérien, rapporte Al Jazeera. Sept missiles balistiques et cinq drones ont aussi été interceptés. Cette confrontation aérienne directe entre un pays du Golfe et l’Iran marque une escalade sans précédent. Le correspondant d’Al Jazeera à Doha décrit « le début de combats air-air, une escalade grave dans un conflit qui dérape déjà depuis trois jours ».
Plus tôt dans la journée, des drones iraniens avaient frappé deux sites au Qatar : un réservoir d’eau dans la zone industrielle de Mesaieed et une installation de QatarEnergy à Ras Laffan, le plus grand complexe de production de GNL au monde. L’entreprise d’État a suspendu sa production et déclaré un cas de force majeure, selon Reuters et Bloomberg. Le Qatar fournit 20 % du GNL mondial. L’arrêt de la production frappe de plein fouet les marchés asiatiques, le Bangladesh, l’Inde et le Pakistan en tête.
L’Europe fracturée entre solidarité atlantique et prudence
La réponse européenne oscille entre alignement sur Washington et résistance. L’Espagne a condamné les frappes comme une « intervention militaire injustifiée » et refuse que les bases de Rota et Moron servent à l’opération, a déclaré le ministre des Affaires étrangères Jose Manuel Albares à la télévision publique espagnole, cité par Al Jazeera. Le site FlightRadar24 montre pourtant que 15 appareils américains ont décollé de bases du sud de l’Espagne depuis samedi, dont au moins sept ont atterri à Ramstein en Allemagne.
Le Royaume-Uni a d’abord refusé l’utilisation de Diego Garcia et de RAF Fairford pour les frappes offensives. Puis, dimanche, le premier ministre Keir Starmer a autorisé leur usage pour des frappes « défensives » contre les sites de missiles iraniens, après que Téhéran a frappé des intérêts britanniques dans la région. « Ce gouvernement ne croit pas au changement de régime par les airs », a-t-il déclaré devant le Parlement, rapporte la BBC. La formule vise directement Donald Trump, qui avait déclaré vouloir un changement de régime en Iran.
La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont publié un communiqué conjoint dimanche, se disant « consternés par les attaques de missiles indiscriminées et disproportionnées lancées par l’Iran contre des pays de la région, y compris ceux qui n’étaient pas impliqués dans les opérations militaires initiales ». Emmanuel Macron a convoqué lundi son troisième conseil de défense en trois jours, rapporte franceinfo.
La France en mode protection
Les conséquences pour les Français sont déjà concrètes. Air France a prolongé la suspension de ses vols vers Tel-Aviv, Beyrouth, Dubaï et Riyad au moins jusqu’à jeudi, selon franceinfo. Le PDG d’Aéroports de Paris Philippe Pascal a prévenu sur BFM Business que 300 vols seraient annulés d’ici la fin de la semaine et que le rétablissement du trafic prendrait « plusieurs jours, plusieurs semaines ».
Le prix du baril de pétrole a bondi depuis samedi. Si la fermeture d’Ormuz se prolonge, les analystes redoutent un impact direct sur les prix à la pompe en France dans les prochaines semaines. Le marché du gaz est lui aussi sous tension : l’arrêt de la production qatarie de GNL et le blocage du détroit privent l’Europe d’une partie de ses approvisionnements, déjà fragilisés depuis la rupture avec le gaz russe en 2022.
Trump menace d’envoyer des troupes au sol
Lundi soir, l’armée israélienne a annoncé une nouvelle vague d’attaques sur Téhéran, après avoir ordonné l’évacuation du quartier d’Evin, où se trouve le siège de la radiotélévision iranienne, rapporte l’AFP. Plus de 50 personnes ont été tuées au Liban dans des raids israéliens visant des responsables du Hezbollah, selon le ministère libanais de la Santé cité par franceinfo.
Donald Trump a justifié l’offensive lors de sa première prise de parole depuis samedi, affirmant vouloir « éliminer une menace intolérable » et empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire. Dans une interview au New York Post, il n’a pas exclu l’envoi de troupes au sol « si nécessaire ». Le secrétaire d’État Marco Rubio a prévenu que « les frappes les plus graves » restaient à venir, selon Le Monde.
Au Pakistan, 24 personnes ont été tuées lors de manifestations pro-iraniennes, et un couvre-feu de trois jours a été décrété, rapporte Al Jazeera. Melania Trump a présidé lundi un Conseil de sécurité de l’ONU consacré aux enfants victimes de guerre, une première pour une Première dame américaine, selon Ouest-France. Le prochain round de négociations pourrait se jouer au Conseil de sécurité, où la Russie et la Chine ont demandé une session d’urgence prévue mardi.