123 kilomètres carrés. C’est tout ce que les troupes russes ont conquis sur le front ukrainien pendant le mois de février 2026, selon une analyse des données de l’Institute for the Study of War (ISW) réalisée par l’Agence France-Presse. Le chiffre le plus bas depuis avril 2024, quand l’offensive russe patinait déjà dans le Donbass.
Starlink, l’arme invisible du conflit
La corrélation saute aux yeux des observateurs. Depuis qu’Elon Musk a coupé l’accès de ses terminaux internet Starlink aux forces russes, les troupes de Moscou peinent à coordonner leurs opérations sur le terrain, rapporte The Guardian. Le réseau satellite, conçu à l’origine pour fournir du haut débit dans les zones rurales, s’était imposé comme un outil de communication militaire des deux côtés du front. Il permettait la coordination des drones, le guidage de l’artillerie et la transmission d’images en temps réel.
Côté ukrainien, Starlink a joué un rôle central depuis le début de l’invasion en février 2022, quand Musk avait mis le réseau à disposition de Kiev. Mais des terminaux avaient aussi trouvé leur chemin jusqu’aux lignes russes, achetés via des intermédiaires ou récupérés sur le champ de bataille. En coupant cet accès, SpaceX a privé l’état-major russe d’un avantage tactique que ses propres systèmes de communication ne parviennent pas à compenser.
L’Ukraine reprend du terrain au sud
Pendant que Moscou piétine, Kiev avance. Les données de l’ISW montrent que les forces ukrainiennes ont réalisé plusieurs percées localisées en février. Le 15 février, elles ont repris 61 kilomètres carrés en une seule journée. Les 21 et 23 février, deux autres avancées de plus de 50 kilomètres carrés chacune ont été enregistrées, selon l’analyse de l’AFP.
Les gains les plus significatifs se concentrent le long de la ligne de front sud, dans la région de Dnipropetrovsk, où l’armée ukrainienne a repoussé les positions russes. A l’est, la situation reste tendue : Moscou continue de grignoter du terrain dans le Donetsk, se rapprochant lentement des villes de Kramatorsk et Sloviansk, deux carrefours stratégiques. La Russie occupe toujours un peu plus de 19 % du territoire ukrainien.
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Le terminal pétrolier de Novorossiysk en flammes
La dynamique ne se limite pas au front terrestre. L’Ukraine a frappé un coup économique majeur en visant le terminal pétrolier de Chechkaris, à Novorossiysk, sur la mer Noire. Cette infrastructure traite 700 000 barils de brut par jour, ce qui en fait le principal point d’exportation maritime de pétrole russe, selon Reuters. L’attaque de drones, menée lundi, a blessé cinq personnes, endommagé vingt bâtiments et provoqué un incendie sur le site.
Un responsable du service de sécurité ukrainien (SBU) a déclaré que les drones avaient touché six des sept installations de chargement du terminal, tout en frappant des navires de guerre russes dans le port. L’état-major ukrainien a ajouté que les frappes avaient aussi visé une base navale et un système de défense antiaérienne S-400. Moscou n’a mentionné aucun dommage à ses installations militaires. Reuters précise n’avoir pu vérifier de manière indépendante les revendications ukrainiennes.
Des pourparlers déplacés par la guerre au Moyen-Orient
Les négociations de paix entre Moscou et Kiev, censées se tenir cette semaine sous l’égide des Etats-Unis à Abou Dabi, pourraient être déplacées en Suisse ou en Turquie. La raison tient au conflit qui embrase le Moyen-Orient depuis les frappes américano-israéliennes contre l’Iran. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a confirmé lundi que le changement de lieu était à l’étude, rapporte The Guardian.
Les discussions semblent au point mort depuis plusieurs semaines. La Russie exige que l’Ukraine cède le reste de la région du Donbass qu’elle ne contrôle pas encore, une condition que Kiev refuse catégoriquement. Zelensky a précisé que les pays occidentaux n’ont donné aucune indication sur une éventuelle perturbation de leurs livraisons de missiles de défense antiaérienne, malgré les engagements militaires au Moyen-Orient.
1,5 milliard de dollars du FMI pour tenir
Sur le front financier, l’Ukraine vient de recevoir 1,5 milliard de dollars du Fonds monétaire international, première tranche d’un programme de prêts sur quatre ans, a annoncé mardi la première ministre Yulia Svyrydenko. Ces fonds arrivent à un moment critique : la Hongrie a bloqué un prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à couvrir les besoins de défense et de budget de Kiev jusqu’en 2027, rapporte le Kyiv Independent. Sans cette aide, les finances ukrainiennes pourraient se tarir d’ici mi-2026.
Le prochain round de négociations, où qu’il se tienne, devra prendre en compte une réalité nouvelle : sur le terrain, la Russie avance moins vite qu’à n’importe quel moment depuis deux ans. Et cette fois, ce n’est pas un miracle militaire qui explique le ralentissement, mais la décision d’un entrepreneur californien de couper un réseau satellite.