Deux ans de costume de Dingo à Euro Disney, des soirées au Carré Blanc devant trente spectateurs, la voix off la plus célèbre de la télé française. Avant d’incarner le père de famille le plus attachant du petit écran, Bruno Salomone a tracé un chemin que personne n’avait dessiné pour lui. L’acteur et humoriste est mort ce dimanche 15 mars 2026, à 55 ans, emporté par une longue maladie, a annoncé son agent Laurent Grégoire au nom de sa famille, selon 20 Minutes et Ouest-France.

Un gamin de Marseille qui rêvait de soigner les animaux

Né le 13 juillet 1970 à Villeneuve-Saint-Georges, dans le Val-de-Marne, Bruno Salomone grandit entre deux cultures. Sa mère, flamande, est couturière. Son père, sicilien, est plombier. La famille s’installe d’abord à Marseille, où le petit Bruno passe son enfance, avant de revenir en banlieue parisienne. Élève correct mais pas brillant, il rêve de devenir vétérinaire. Le bac C en poche, obtenu au lycée Georges-Brassens de Villeneuve-le-Roi, il doit se rendre à l’évidence : ses notes ne suffiront pas pour intégrer une école vétérinaire.

Alors il bifurque. Et la bifurcation, pour un fils de plombier sicilien et de couturière flamande, ne passe pas par le Conservatoire. Elle passe par le parking d’Euro Disney. Pendant deux ans, au milieu des années 1990, Bruno Salomone enfile chaque matin le costume de Dingo pour amuser les familles. La nuit, il écrit des sketches qu’il teste dans des cafés-théâtres minuscules. En 1995, il apparait même dans une cassette VHS promotionnelle pour la sortie de la PlayStation en France.

Graines de star et la bande à Dujardin

Le tournant arrive en 1996. Bruno Salomone remporte Graines de star, le télé-crochet de M6, grâce à un humour absurde qui détonne dans le paysage comique de l’époque. Deux ans plus tard, il intègre la troupe du Carré Blanc, un petit café-théâtre de la rue Fontaine à Paris. C’est là qu’il rencontre un certain Jean Dujardin, avec qui il fonde les Nous Ç Nous aux côtés d’Éric Collado, Éric Massot et Emmanuel Joucla.

La bande se fait repérer par Patrick Sébastien en 1997. Direction Fiesta, sur France 2, où leur énergie et leur sens de la parodie explosent à l’écran. Salomone et Dujardin forment un duo inséparable : ensemble, ils enchainent les sketches dans Farce Attaque, toujours sur France 2. Quand Dujardin part voler de ses propres ailes avec Un gars, une fille, puis vers Hollywood et l’Oscar pour The Artist, Salomone choisit un chemin moins flamboyant. Pas moins riche.

La voix que tout le monde connait sans le savoir

En 2001, Alain Chabat lance Burger Quiz sur Canal+. L’émission devient culte en quelques semaines. Le jeu loufoque, les vannes improvisées, l’ambiance de bazar organisé, tout le monde connait. Mais qui connait la voix off ? C’est Bruno Salomone. Pendant des années, puis lors du retour de l’émission sur TMC en 2018, sa voix ponctue chaque épreuve, chaque transition. Une présence sonore devenue si naturelle que la plupart des téléspectateurs seraient incapables de mettre un nom dessus.

Sur grand écran, il retrouve Dujardin en 2004 pour Brice de Nice, comédie portée par le succès télévisuel de son ancien complice. En 2005, il passe par Kaamelott d’Alexandre Astier, où il incarne un Romain fidèle à César. Le rôle est bref, mais il le reprendra en 2009. Chaque apparition confirme la même chose : Salomone sait tout jouer, du burlesque le plus débridé au registre dramatique le plus contenu.

Denis Bouley, le rôle d’une vie

En 2007, France 2 diffuse le premier épisode de Fais pas ci, fais pas ça. Le concept est simple : deux familles voisines aux méthodes d’éducation opposées, les Lepic conservateurs et les Bouley « bobos ». Bruno Salomone y incarne Denis Bouley, père de famille recomposée, tendre, maladroit, sincèrement convaincu que le dialogue vaut mieux que l’autorité. Face à lui, Isabelle Gélinas joue Valérie, et Guillaume de Tonquédec campe le rigide Renaud Lepic de l’autre côté de la haie.

La série tient neuf saisons et 68 épisodes, jusqu’en 2017. Elle réunit régulièrement plus de quatre millions de téléspectateurs sur France 2, un score remarquable pour une fiction française en prime time. L’alchimie entre les acteurs, la justesse des dialogues et le regard tendre mais lucide sur la parentalité en font un phénomène rare dans le paysage audiovisuel français : une comédie familiale que les critiques respectent.

Denis Bouley est devenu le rôle que le public associe immédiatement à Bruno Salomone. Mais l’acteur n’a jamais été prisonnier du personnage. En parallèle, il monte trois spectacles solo : N’est pas cochon d’Inde qui veut en 2000, un passage au Bataclan en 2003, puis Euphorique en 2016. Au théâtre, il joue dans Mélodrame(s) de Gabor Rassov en 2013, puis dans Un petit jeu sans conséquence au Théâtre de Paris en 2015.

Un dernier rôle salué par la critique

Fin 2024, Bruno Salomone surprend dans un registre inattendu. Dans Enjoy!, série diffusée sur France.tv Slash, il campe un animateur cynique, star d’une chaine d’information en continu. La presse salue unanimement sa performance. Le comique absurde des débuts laisse place à une noirceur maitrisée, preuve que Salomone avait encore des territoires à explorer.

En juillet 2024, quelques mois avant la diffusion d’Enjoy!, il figurait dans le jury du Festival Films courts de Dinan, sous la présidence de Patrice Leconte, rapporte le site Allociné. L’un de ses derniers engagements publics.

Bruno Salomone laisse derrière lui une carrière de trente ans construite à contre-courant. Ni la trajectoire éclair de Dujardin, ni l’exposition permanente d’un animateur vedette. Plutôt celle d’un artisan méticuleux, passé du costume de mascotte à la voix off la plus célèbre du pays, puis au personnage que des millions de familles françaises ont adopté comme un voisin. Alain Chabat, dont il fut la voix fidèle dans Burger Quiz, n’a pas encore réagi publiquement. La neuvième et dernière saison de Fais pas ci, fais pas ça reste disponible sur la plateforme france.tv.