Le MacBook Pro d’entrée de gamme a pris 300 dollars d’un coup. Pas pour un écran plus fin ni une puce plus rapide, juste pour payer la mémoire glissée à l’intérieur. Apple, qui d’ordinaire absorbe ses coûts plutôt que de les faire payer à ses clients, vient de relever ses tarifs jusqu’à 25 % sur une partie de ses Mac et iPad.
Jusqu’à 25 % sur Mac et iPad
Les nouveaux prix sont tombés cette semaine. Le MacBook d’entrée de gamme passe de 599 à 699 dollars, le MacBook Air de 1 099 à 1 299, et le MacBook Pro de 1 699 à 1 999. Sur l’ensemble du catalogue, Apple chiffre la note à environ 20 % : 15 à 20 % sur les ordinateurs, 15 à 25 % sur les tablettes. Les modèles les plus gonflés en stockage encaissent le coup le plus dur, puisque c’est là que la mémoire pèse le plus dans la facture.
La marque n’a pas touché à ses fiches techniques. Même machine, même processeur, même boîtier, mais une étiquette plus salée. Ces prix concernent d’abord le catalogue américain, et l’Europe suit presque toujours ce genre d’ajustement, taxes comprises. Les marchés ont réagi sur-le-champ : selon Bloomberg, l’action Apple a reculé dans la foulée de l’annonce, les investisseurs redoutant un coup de frein sur les ventes.
« Jamais vu ça en quarante ans »
Pour justifier la hausse, Tim Cook a employé une image rare chez un dirigeant aussi prudent : celle d’une « crue centennale ». Au Wall Street Journal, le patron d’Apple a affirmé n’avoir « jamais rien vu de tel, dans aucun domaine, en plus de quarante ans » de carrière. « Les hausses de prix sont malheureusement inévitables », a-t-il poursuivi, expliquant avoir tenté de protéger les clients jusqu’à ce que « la situation devienne intenable ».
Le détail compte, car Apple bouge rarement ses prix. La firme préfère rogner sa marge, verrouiller ses composants des années à l’avance et garder ses étiquettes stables le plus longtemps possible. Qu’elle cède en plein milieu d’année, loin de tout lancement de produit, en dit long sur la pression qui écrase aujourd’hui toute la filière électronique.
Les data centers raflent la mémoire
La racine du problème tient en trois lettres : HBM, pour mémoire à très haut débit, le composant que s’arrachent les serveurs d’intelligence artificielle. Un modèle d’IA doit garder des milliards de paramètres accessibles en permanence, et chaque carte accélératrice de Nvidia embarque des piles entières de cette mémoire. Plus les modèles grossissent, plus l’appétit explose.
Or trois fabricants seulement alimentent la planète : Samsung, SK Hynix et Micron. Ils ont basculé près de 93 % de leur production combinée vers cette mémoire dopée à l’IA, bien plus rentable. Le grand public se retrouve à la portion congrue, sans recours possible. Fabriquer de la HBM dévore en plus les usines : selon le cabinet TrendForce, un seul bit de ce composant réclame environ 300 % de surface de silicium en plus qu’une puce classique. La HBM accapare désormais 23 % de la production mondiale de galettes de DRAM, contre 19 % un an plus tôt, et le marché plonge dans son plus gros déficit depuis 2011.
Les prix s’envolent à l’avenant. Toujours d’après TrendForce, le tarif de la DRAM a bondi de 90 % sur les trois premiers mois de 2026, un record absolu, puis de 58 à 63 % au trimestre suivant. La mémoire de stockage, la NAND, a grimpé de 70 à 75 % sur la même période, sa plus forte hausse en dix ans. Micron, l’un des trois fournisseurs, a prévenu que sa HBM était vendue jusqu’à la fin de l’année et qu’il ne pouvait honorer qu’une moitié à deux tiers des commandes.
La différence avec les pénuries d’avant saute aux yeux. Les précédentes naissaient d’un incendie d’usine, d’un séisme ou d’une entente entre fabricants. Celle-ci découle d’une demande bien réelle, celle des centres de données qui poussent comme des champignons, et rien n’indique qu’elle va retomber.
Le PC et la console trinquent aussi
Apple ouvre le bal, pas la marche. Dell, HP, Lenovo, Acer et Asus ont déjà prévenu leurs clients que les prix des PC monteraient de 15 à 20 % en 2026, jusqu’à 30 % dans le pire des scénarios. Le cabinet IDC table sur une hausse moyenne de 4 à 8 % sur l’année, et certains assembleurs vendent déjà des machines sans barrette de mémoire, à l’acheteur de la dénicher lui-même.
Chez les joueurs sur PC, on parle de « RAMageddon ». La barrette de RAM, le disque SSD et même la mémoire vidéo des cartes graphiques partent à la hausse, au point qu’une configuration correcte sous les 1 000 euros devient un casse-tête. La même logique gagne les consoles, les téléphones, les montres connectées, tout ce qui embarque des puces. Le jeu vidéo, déjà secoué par la flambée des tarifs, en prend une couche supplémentaire.
Pas de répit avant 2028
Combien de temps ? La réponse la plus brutale est venue d’Intel. Son patron, Lip-Bu Tan, a prévenu qu’il n’y aurait « pas de répit avant 2028 ». Bâtir une usine de puces demande des années, et la demande d’IA ne faiblit pas : la HBM devrait encore croître de 70 % en 2026, tirée par les nouveaux accélérateurs de Nvidia. Un retour aux prix de 2024 n’est pas attendu avant la fin de la décennie.
Pour l’acheteur, le calcul se résume à un choix inconfortable : payer plus cher maintenant ou attendre une accalmie lointaine. Cook a déjà laissé entendre que l’iPhone ne serait pas épargné. Le prochain modèle, attendu en septembre, pourrait être le premier à afficher cette nouvelle réalité directement sur son étiquette.