80 € pour un jeu vidéo. C’est le tarif que Rockstar a fini par afficher pour GTA 6, et celui qui repartira d’un magasin avec une boîte sous le bras n’y trouvera aucun disque, seulement un code à télécharger. Les précommandes ont ouvert dans la nuit de ce jeudi, pour une sortie calée au 19 novembre.
Deux éditions, un palier jamais franchi
L’édition standard est vendue 79,99 €. L’édition ultime, qui ajoute des contenus exclusifs dans le jeu, grimpe à 99,99 €. Les précommandes passent par les boutiques PlayStation et Xbox, le Rockstar Store et les revendeurs habituels. Derrière ces montants se cache un record : à 80 €, GTA 6 devient le jeu le plus cher jamais proposé au lancement sur PlayStation 5 et Xbox Series. Aucun titre n’avait franchi ce seuil le jour de sa sortie.
Pour mesurer le saut, il faut revenir à 2013. GTA 5 sortait alors à 60 € et s’est écoulé à plus de 200 millions d’exemplaires, ce qui en fait l’un des produits culturels les plus rentables jamais conçus, jeux, films et albums confondus. Douze ans plus tard, le ticket d’entrée prend 20 €. Take-Two, la maison mère de Rockstar, assume sans détour. Son PDG Strauss Zelnick martèle depuis des mois la même idée : le prix doit suivre la quantité de contenu, et personne n’offre autant d’heures de jeu qu’un GTA. La première bande-annonce, mise en ligne fin 2023, avait d’ailleurs battu le record de vues en vingt-quatre heures sur YouTube pour une vidéo non musicale, signe d’une impatience planétaire.
Une boîte qui ne renferme qu’un code
Le vrai pavé dans la mare est ailleurs. Rockstar proposera bien une version « physique » en rayon, mais le boîtier ne contiendra pas de disque. À l’intérieur, un simple code de téléchargement. Acheter la boîte chez un revendeur revient donc à payer un emballage cartonné et la promesse d’un fichier à rapatrier en ligne, souvent plus de cent gigaoctets.
La nouvelle a fait grincer des dents. Beaucoup de joueurs y lisent la fin discrète du jeu que l’on possède pour de bon, celui qu’on prête à un ami, qu’on revend d’occasion, qu’on range sur une étagère. Le site Kotaku a compilé des centaines de réactions où revient le même reproche : payer davantage pour posséder moins. En France, où Micromania et la Fnac vivent encore en partie du marché de l’occasion, un boîtier sans galette ferme une porte. Sans disque, pas de revente, pas de prêt, rien à glisser dans la console d’un copain.
Pas de GTA Online au lancement
Troisième surprise, et pas la moindre. Dans son communiqué, Rockstar décrit GTA 6 comme « une expérience solo ». Aucune mention de GTA Online, ce mode multijoueur qui a transformé l’épisode précédent en distributeur de billets grâce aux microtransactions et aux cartes prépayées, et qui a rapporté des milliards de dollars à Take-Two au fil des ans. Les fiches des boutiques PlayStation et Xbox confirment l’absence : au 19 novembre, les joueurs n’auront que la campagne entre les mains.
Cette campagne suit Jason et Lucia, un couple de hors-la-loi, dans une Vice City remise au goût du jour, au cœur de l’État fictif de Leonida inspiré de la Floride. Pour la suite, l’histoire pourrait se répéter. En 2013, GTA 5 était paru seul le 17 septembre, et GTA Online avait débarqué deux semaines plus tard, le 1er octobre. Rien n’empêche de penser que Rockstar rejouera la même partition, sans l’avoir encore confirmé. Le studio a appris qu’un mode multijoueur lancé après coup garde les joueurs accrochés bien plus longtemps, et fait rentrer l’argent pendant des années.
Le jour où 80 € est devenu la norme
GTA 6 n’invente pas ce tarif, il le grave dans le marbre. Le prix d’un jeu majeur est resté bloqué à 60 € pendant près de quinze ans, avant de passer à 70 € avec l’arrivée de la PlayStation 5 en 2020. Nintendo a ensuite ouvert la brèche des 80 € avec Mario Kart World, vendu 79,99 € sur sa Switch 2. Microsoft a suivi en plaçant The Outer Worlds 2 au même niveau, son premier jeu maison à ce prix. Le titre le plus attendu de la décennie ne pouvait pas rester sous la barre que d’autres venaient de poser.
Un éclairage venu de la finance complète le tableau. D’après une note d’un analyste de Bank of America relayée par la presse spécialisée, Rockstar aurait tout intérêt à fixer GTA 6 à 80 €, précisément pour tirer le reste de l’industrie vers le haut. La logique est simple : quand le jeu le plus vendeur impose un prix plancher, les autres studios osent l’imiter sans craindre de faire fuir les acheteurs. Le carton annoncé de GTA 6 sert de bélier à toute la profession. Les éditeurs justifient ces hausses par des budgets de développement qui ont explosé, parfois estimés à plus d’un milliard de dollars pour les projets les plus ambitieux.
Reste l’argument censé faire passer la pilule. Toute précommande validée avant le 20 novembre donne droit au Pack Vice City vintage, une série d’objets aux couleurs des années 1980, et à un mois d’abonnement GTA+ offert pour les versions numériques. Les acheteurs de la version boîte, eux, devront attendre que les exemplaires arrivent en rayon, code glissé à l’intérieur. Le vrai test, lui, est déjà daté. Le 19 novembre, des millions de joueurs lanceront le jeu le plus repoussé de l’histoire récente, et leurs premières heures diront si Rockstar a eu raison d’imposer un nouveau tarif à toute l’industrie.