Samedi 4 juillet, il n’y aura plus de zone A, B ou C. L’été gomme le découpage qui rythme les autres congés scolaires, et près de douze millions d’écoliers, collégiens et lycéens rangent leur cartable le même jour. Des millions de familles vont donc viser la même autoroute au même créneau. Bison Futé a déjà sorti le rouge.
Tout le monde libéré le même jour
Contrairement aux vacances d’hiver ou de printemps, étalées sur trois semaines pour lisser la circulation, les grandes vacances tombent d’un seul bloc. Toutes les académies, de Lille à Nice, ferment leurs classes ce samedi pour ne les rouvrir que le mardi 1er septembre, après cinquante-neuf jours de repos. Cette synchronisation a un revers mécanique : au lieu de répartir les départs sur plusieurs vagues, elle les empile. Quand un pays entier décide de prendre la route le même matin, les compteurs de trafic s’affolent.
Rouge sur trois régions, orange partout ailleurs
Le service de prévision rattaché au ministère de la Transition écologique classe la journée de samedi en orange sur tout le territoire, dans le sens des départs. Trois zones basculent au rouge : l’Île-de-France, le Nord et le Grand-Ouest. La veille déjà, vendredi, le rouge concernait la région parisienne, la Bourgogne et l’Est. Le mouvement n’a pas attendu le week-end pour s’enclencher, il a mordu sur la fin de la semaine de travail.
Deux axes cristallisent les craintes. L’A7, l’autoroute du soleil entre Lyon et Orange, devrait se remplir de 9 heures à 16 heures, sans réelle accalmie dans la journée. Plus au nord, l’A10 entre Paris et Orléans coince surtout en fin de matinée, autour de 9 à 11 heures. En région parisienne, les barrières de péage de l’A10, de l’A6 et de l’A13 saturent dès le lever du jour. Les grands couloirs vers le soleil suivront : l’A9 vers l’Espagne et la Méditerranée, l’A63 le long de la côte atlantique, l’A43 en direction des Alpes. Une consolation pour ceux qui prennent le chemin inverse : le sens des retours reste vert, sans difficulté annoncée.
L’été, saison la plus meurtrière sur le bitume
Derrière les bouchons se cache un chiffre que personne n’aime regarder en face. L’été dernier, 679 personnes ont perdu la vie sur les routes françaises en juillet et août. Le seul mois de juillet 2025 a coûté 338 vies, contre 275 un an plus tôt, une hausse brutale. Août a fait pire encore, avec 341 morts, son bilan le plus lourd depuis presque quinze ans, selon la Sécurité routière.
La cause n’a rien de mystérieux. Plus de neuf accidents mortels sur dix découlent d’une faute humaine. Et l’adversaire numéro un des longs trajets porte un nom d’apparence anodine : la fatigue. Elle pèse pour 20 % des décès sur l’ensemble du réseau, et grimpe à 30 % sur autoroute, là où la monotonie et la vitesse assoupissent le conducteur sans prévenir. Le départ en vacances cumule les pièges, entre le réveil à l’aube, les enfants agités à l’arrière et cette envie d’arriver qui pousse à zapper la pause de rigueur.
À la somnolence s’ajoutent les fautes que chacun connaît par cœur sans jamais les corriger : la vitesse excessive, l’alcool au moment des retrouvailles de vacances, et le téléphone consulté au volant par simple réflexe. Face à cette addition, le ministère de l’Intérieur avait déjà appelé les conducteurs à la vigilance après un mois de juillet 2025 particulièrement noir, en réclamant un durcissement des contrôles. Radars et patrouilles seront donc de nouveau postés sur les grands axes ce week-end, là où la moindre seconde d’inattention se paie comptant.
La chaleur s’invite dans le grand départ
Cette année, une variable supplémentaire brouille le tableau. Le pays sort d’un mois de juin hors norme. Météo-France a parlé d’un épisode historique : les 24 et 25 juin ont été les journées les plus chaudes jamais mesurées en France, avec pour la première fois une moyenne de 30 °C sur vingt-quatre heures. Les sols sont asséchés, les nappes fragilisées, et la trêve s’annonce courte.
Les prévisionnistes surveillent déjà une remontée du thermomètre autour du 7 juillet, avec 35 à 40 °C envisagés dans le sud. Or rouler par forte chaleur n’a rien d’anodin. Déshydratation, somnolence accrue, pneus qui montent en température et éclatent plus volontiers, habitacle transformé en four dès l’arrêt du moteur : la liste des risques s’allonge à mesure que le mercure grimpe. Les autorités répètent chaque été la même règle, jamais superflue : ne jamais laisser un enfant ou un animal seul dans une voiture garée, même le temps d’une course rapide.
Et le plus dur reste devant nous
Ce premier week-end de juillet n’est qu’une mise en jambes. Bison Futé a déjà entouré de rouge le samedi 25 juillet, l’une des journées les plus redoutées de la saison dans le sens des départs. Ce jour-là, les itinéraires vers le sud, la côte atlantique et les massifs montagneux se figent sur des dizaines de kilomètres dès la première heure. Le sommet, lui, tombera le 1er août. Les juillettistes rentreront au moment précis où les aoûtiens s’élanceront, et la circulation se bloquera dans les deux sens à la fois.
D’ici là, la parade contre le pare-chocs contre pare-chocs tient en trois réflexes : partir très tôt ou très tard, décaler son voyage d’une journée quand l’agenda le permet, et couper la route toutes les deux heures pour souffler. Ce samedi, la France entière aura la même idée à la même minute. C’est justement ce qu’il vaut mieux éviter de faire comme tout le monde.