Depuis ce mercredi matin, un salarié qui vient d’accueillir un enfant peut s’arrêter un mois et toucher 70 % de son salaire. Son conjoint dispose du même droit, de son côté. Le congé de naissance, promis par Emmanuel Macron début 2024, s’applique pour de bon ce 1er juillet.

Un à deux mois, enfin correctement payés

Le principe tient en quelques lignes. Chaque parent peut poser un ou deux mois d’arrêt après l’arrivée de l’enfant, en une seule fois ou fractionnés en deux blocs d’un mois. La Sécurité sociale verse 70 % du salaire le premier mois, 60 % le second, dans la limite du plafond de la Sécurité sociale, soit 4 005 euros bruts par mois en 2026. Un cadre payé au plafond touchera donc autour de 2 800 euros la première période, puis 2 400 la seconde.

Le dispositif s’ajoute à ceux qui existent déjà. Il démarre une fois épuisés le congé maternité, le congé paternité ou le congé d’adoption. Salariés du privé, agents publics et travailleurs indépendants y ont accès, ce qui élargit le périmètre par rapport aux droits parentaux classiques, longtemps réservés aux seuls salariés.

Concrètement, un couple peut se relayer. La mère enchaîne son congé maternité puis ses deux mois de congé de naissance, le père pose les siens dans la foulée ou plus tard dans l’année. Un nourrisson peut ainsi rester auprès de l’un de ses parents plusieurs mois de plus, sans chute brutale de revenu.

Le congé que les pères ne prenaient pas

Pour comprendre pourquoi ce texte existe, il faut regarder ce qu’il vient compléter. Le congé parental d’éducation, lui, reste en place, mais il traîne une réputation désastreuse. Son allocation, la PreParE versée par la CAF, plafonne autour de 448 euros par mois à taux plein. À ce tarif, presque personne ne s’arrête, sauf les mères, qui le prennent dans plus de neuf cas sur dix. La conséquence est connue des démographes : des carrières féminines freinées, des retours à l’emploi compliqués, des pères tenus loin du berceau.

Le congé de naissance renverse cette logique. Mieux rémunéré, plus court, il devient un droit individuel et personnel. Un parent ne peut pas céder ses semaines à l’autre. Ce verrou, repris des pays nordiques, poursuit un but assumé : amener les pères à s’arrêter pour de vrai, sans pouvoir reporter la charge sur la mère.

645 000 bébés, un creux historique

La mesure tombe dans un climat démographique morose. La France a enregistré 645 000 naissances en 2025, le chiffre le plus bas depuis 1942, selon le bilan de l’Insee publié en début d’année. Pour la première fois depuis 1945, le pays a compté plus de décès que de naissances. L’indicateur de fécondité est descendu à 1,56 enfant par femme, un niveau qu’on n’avait plus relevé depuis la sortie de la Première Guerre mondiale.

Emmanuel Macron avait fait de la natalité une priorité en janvier 2024, en lançant la formule de « réarmement démographique ». Le congé de naissance en est le principal produit concret. Une question demeure, que les chercheurs posent sans détour : deux mois mieux payés suffiront-ils à convaincre des couples d’avoir un enfant de plus ? Aucun pays n’a jamais démontré qu’un congé, à lui seul, relançait les naissances.

« Une avancée réclamée depuis dix ans »

Du côté des familles, l’accueil est favorable. « C’est une vraie avancée, une mesure que nous réclamons depuis plus de dix ans », a salué Bernard Tranchand, président de l’Union nationale des associations familiales, l’Unaf. Les ministres Aurore Bergé et Stéphanie Rist ont porté le texte dans le budget de la Sécurité sociale pour 2026.

L’addition n’est pas neutre. Le gouvernement chiffre le coût à plusieurs centaines de millions d’euros par an, dans un budget social déjà sous tension. Le projet de départ prévoyait de fondre le vieux congé parental dans le nouveau. Faute de places en crèche pour absorber le choc, cette fusion a été repoussée. Les deux dispositifs vont donc cohabiter, le temps d’une refonte plus large promise pour plus tard.

La France loin derrière la Suède

Vu du reste de l’Europe, le geste français reste modeste. La Suède distribue 480 jours de congé par enfant, à partager entre les parents, payés autour de 78 % du salaire pendant plusieurs mois, d’après le comparatif de Toute l’Europe. En 2022, les pères y représentaient déjà 46 % des bénéficiaires, contre 10 % vingt ans plus tôt. L’Allemagne verse son Elterngeld jusqu’à quatorze mois quand les deux parents se relaient. L’Espagne accorde seize semaines à chacun, non transférables et payées en totalité.

À côté de ces modèles, un à deux mois font figure de premier pas. La logique, en revanche, est partout la même : réserver du temps au second parent pour qu’il s’en saisisse. C’est sur ce terrain, davantage que sur la durée, que la France cherche à rattraper ses voisins.

Ce qu’il faut faire pour y avoir droit

Côté démarches, la règle principale tient en un chiffre : neuf mois. Le congé doit débuter dans les neuf mois qui suivent la naissance ou l’arrivée de l’enfant au foyer. Les parents dont le bébé est né entre janvier et juin 2026 ne sont pas écartés : pour eux, ce délai court à compter du 1er juillet, et non de la date de naissance.

L’employeur doit être prévenu, comme pour n’importe quel congé, et ne peut pas refuser un droit ouvert par la loi. Les indépendants déclarent leur interruption auprès de leur caisse. Le versement, lui, passe par la Sécurité sociale, calculé sur la moyenne des trois derniers mois de salaire.

Reste l’inconnue de l’usage. Tout se jouera sur le comportement des pères, seuls capables de faire de ce congé autre chose qu’un second congé maternité. Les premiers chiffres d’adoption du dispositif ne tomberont pas avant le printemps 2027, quand les parents des bébés nés ce semestre auront, ou non, posé leurs deux mois.