Cent trente-trois coups de sonnette en une seule soirée. Voilà ce qu’a encaissé la porte de Jungkook, chanteur de BTS, avant que la justice sud-coréenne ne tranche. La fan qui le harcelait depuis des semaines vient d’être condamnée, et elle va très probablement quitter le pays.

Le tribunal du district ouest de Séoul a reconnu une ressortissante brésilienne coupable de harcèlement et d’intrusion au domicile du chanteur. La peine tient en une ligne : un an de prison, mais avec sursis. Pas une nuit derrière les barreaux au titre de la condamnation, alors qu’elle avait déjà passé près de trois mois en détention provisoire. Une fois le jugement définitif, elle devrait être renvoyée vers le Brésil, sauf appel de sa part.

Vingt-deux visites et une porte forcée

Les faits, détaillés par la presse coréenne et repris par la BBC, racontent une escalade méthodique. À partir du 7 décembre, la prévenue se présente devant le domicile du chanteur, dans le quartier huppé de Yongsan, au cœur de Séoul. Pas une fois, ni deux. Vingt-deux fois en un mois environ.

Le 12 décembre, elle appuie 133 fois sur la sonnette au cours d’une seule soirée. Les comptes rendus d’audience parlent d’un « niveau d’obsession extrême ». Le lendemain soir, elle repère un livreur de repas qui franchit le portail latéral de la résidence. Elle patiente, se glisse derrière lui à sa sortie, et pénètre dans la propriété. La police l’interpelle sur place.

Même arrêtée, elle ne renonce pas. Les agents la mettent en garde, sans résultat. Le 28 décembre, les autorités prononcent une mesure de protection en urgence : interdiction formelle de s’approcher à moins de cent mètres de la résidence. Il aura fallu une procédure pénale complète pour briser la spirale.

Un an de prison qui n’en est pas un

Le juge a justifié sa clémence par un point précis du dossier : rien ne démontrait une volonté de blesser le chanteur. Pas d’arme, pas de menace explicite, pas de geste violent. Dans le droit pénal coréen, cette absence d’intention de nuire pèse au moment de fixer la peine. Le sursis, doublé d’une expulsion attendue, a donc été préféré à l’incarcération.

La décision a embrasé les communautés de fans. Sur les forums coréens comme theqoo, relayés par des sites spécialisés tels qu’allkpop, la même question tourne en boucle : comment 133 sonneries et une intrusion nocturne peuvent-elles se solder sans un jour de prison ferme ? Beaucoup y voient un dangereux précédent pour les prochains harceleurs. D’autres rappellent que la prévenue a déjà perdu trois mois de liberté et qu’elle perdra le droit de vivre en Corée.

Les « sasaeng », cauchemar des idoles

L’histoire dépasse de loin le simple fait divers. La Corée du Sud a forgé un mot pour ces admirateurs qui piétinent toutes les limites : les « sasaeng ». Filatures en taxi lancé à pleine vitesse, traceurs GPS dissimulés sous les voitures, numéros de téléphone privés achetés au marché noir, intrusions dans les hôtels, les avions et les loges. Depuis une vingtaine d’années, les idoles de la K-pop décrivent un harcèlement quasi industriel, alimenté par une poignée de fans prêts à tout pour un contact physique avec leur star.

Les exemples ne manquent pas. Plusieurs idoles ont raconté avoir été suivies jusque dans un aéroport, vu des inconnus surgir devant leur porte au milieu de la nuit ou reçu des objets dérobés à leur domicile. Certaines ont même été agrippées en public par des intrus décidés à les toucher. La nouveauté, dans l’affaire de Séoul, tient à sa dimension internationale : une fan venue de l’autre bout du monde, installée plusieurs semaines sur place pour traquer une seule personne.

Jungkook connaît le problème mieux que personne. Le chanteur, comme les six autres membres de BTS, a retrouvé la scène après dix-huit mois de service militaire, achevés par l’ensemble du groupe à l’été 2025. Ce retour sous les projecteurs s’est accompagné d’un retour des intrusions. Devenu l’un des artistes solo les plus écoutés de la planète avec son album « Golden », il cumule une exposition qui attire autant l’amour des fans que les comportements les plus inquiétants.

Les agences de management, BigHit et sa maison mère HYBE en tête, multiplient les plaintes et renforcent la sécurité autour des sept chanteurs. Sans grand succès jusqu’ici : la proximité que cultive l’industrie du divertissement coréenne, faite de retransmissions en direct et de messages quotidiens aux fans, nourrit aussi les fixations les plus dangereuses.

Une loi durcie qui peine à mordre

Sur le papier, le pays s’est pourtant doté d’outils. Depuis octobre 2021, une loi spécifique sanctionne le harcèlement, là où il n’était auparavant puni que d’une amende dérisoire. Le texte prévoit jusqu’à trois ans de prison, ou trente millions de wons d’amende, soit environ 21 000 euros. La peine grimpe à cinq ans dès qu’une arme ou une menace physique entre en jeu.

Le législateur a resserré l’étau en 2023, en supprimant la clause qui permettait au harceleur d’échapper aux poursuites lorsque la victime retirait sa plainte. La réforme avait été votée dans la douleur, après le meurtre d’une employée du métro de Séoul par un collègue qui la traquait, un drame qui avait bouleversé le pays. Depuis, les signalements explosent : près de 70 % de hausse en deux ans, selon le Korea Times.

Reste l’écart, béant, entre la sévérité affichée par la loi et les peines réellement prononcées. L’affaire Jungkook en offre une illustration nette : un dossier épais, des faits reconnus, et au bout du compte une condamnation sans prison ferme. C’est précisément ce décalage que pointent les associations de victimes, qui réclament des sanctions plus dissuasives, surtout en cas de récidive.

Pour la fan brésilienne, la suite se jouera devant les services d’immigration, à moins qu’un appel ne vienne suspendre la procédure. Pour BTS, dont le retour en groupe rythme l’année 2026, la sécurité des sept membres redevient un sujet brûlant, à mesure que les concerts et les apparitions publiques se multiplient.