Au plus fort de la guerre, le baril frôlait les 120 dollars et chaque passage à la pompe ressemblait à une punition. Quatre mois plus tard, le pétrole est retombé à son prix d’avant le conflit. Sur les panneaux des stations, pourtant, le gazole reste accroché au-dessus de 1,90 euro le litre.
Le baril efface toute la prime de guerre
Le 27 février, à la veille des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, le Brent valait environ 72 dollars. Dix jours plus tard, il bondissait près de 120 dollars, son plus haut niveau depuis quatre ans. Mars restera comme l’un des plus violents mois de l’histoire du marché, avec une flambée de plus de 50 pour cent. Mercredi 24 juin, le même baril repassait sous 74 dollars, son point le plus bas depuis le déclenchement de la guerre. La chute atteint près de 40 pour cent depuis le pic.
Ce reflux a une cause directe, la réouverture du détroit d’Ormuz. Par ce goulet maritime transitait, avant le conflit, environ un quart du pétrole et un cinquième du gaz naturel liquéfié vendus par voie de mer sur la planète. Sa fermeture par Téhéran avait asséché l’offre mondiale en quelques jours. Depuis la trêve, les pétroliers reviennent. L’Agence internationale de l’énergie estime que les Émirats arabes unis réexportent déjà à 85 pour cent de leur rythme d’avant-guerre, soit une soixantaine de millions de barils écoulés récemment depuis le Golfe. La prime de peur qui gonflait les cours s’est dégonflée presque aussi vite qu’elle était apparue.
À la pompe, la moitié du prix part en taxes
Si le brut s’effondre, pourquoi le litre tient bon ? Parce que le pétrole ne représente même pas la moitié de ce que paie l’automobiliste. Au 18 juin, le gazole s’affichait à 1,943 euro en moyenne nationale et le SP95-E10 juste sous 1,92 euro, des niveaux qui n’ont quasiment pas suivi la dégringolade du baril.
Le reste de l’addition, c’est l’État. L’accise sur les carburants, l’ancienne TICPE, ponctionne 59,40 centimes sur chaque litre de gazole et 68,29 centimes sur l’essence. S’y ajoute une TVA de 20 pour cent appliquée deux fois, sur le carburant puis sur la taxe elle-même. Selon le portail Connaissance des énergies, le brut compte pour environ 43 pour cent du prix du gazole, les taxes pour 46 pour cent, et la distribution pour le solde. Quand une part fixe absorbe la moitié de la facture, une baisse de 40 pour cent du baril ne déplace qu’une poignée de centimes.
Le calcul est vite fait pour un budget de ménage. Un conducteur qui avale 15 000 kilomètres par an brûle près de 900 litres de gazole. Chaque dizaine de centimes grignotée sur le litre lui fait gagner une petite centaine d’euros sur l’année. De quoi comprendre pourquoi le moindre mouvement du panneau lumineux capte autant les regards sur le trajet du matin.
L’effet fusée et plume
Les conducteurs connaissent la sensation sans en connaître le nom. Quand le baril grimpe, le prix à la pompe décolle comme une fusée. Quand il redescend, il flotte vers le sol comme une plume. Les économistes ont baptisé ce déséquilibre l’effet « fusée et plume ». Les distributeurs répercutent les hausses en quelques jours, les baisses en plusieurs semaines, le temps d’écouler des stocks achetés au prix fort.
Le gouvernement a promis de veiller à ce que la détente se fasse « aussi vite que les hausses » du printemps. La marge de manœuvre reste mince : tant que la fiscalité ne bouge pas, le plein ne peut pas coller au baril. Plusieurs pistes reviennent dans le débat, d’une TVA réduite à une taxe flottante qui absorberait les chocs, mais aucune n’a encore été tranchée.
Une guerre éclair qui a tout déréglé
Tout est parti du 28 février. Ce jour-là, les États-Unis et Israël lancent une guerre aérienne contre l’Iran. Selon les agences de presse, le guide suprême Ali Khamenei est tué dès les premières frappes. Téhéran riposte en déclarant le détroit d’Ormuz fermé le 4 mars et en menaçant les navires qui tentent de passer. Le prix du carburant français, déjà sensible, s’envole dans la foulée.
La sortie de crise s’est dessinée à la mi-juin. Washington et Téhéran ont signé le 17 juin un protocole instaurant un cessez-le-feu de soixante jours, puis validé le 21 juin une feuille de route lors de discussions en Suisse, conduites côté américain par le vice-président JD Vance. L’Iran y réaffirme renoncer à l’arme nucléaire et accepte la réouverture du détroit. Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Grossi, a fait savoir que ses inspecteurs se rendraient sur les sites iraniens, sans calendrier ferme. Plusieurs points sensibles restent à régler avant un accord définitif.
Ce que l’automobiliste peut espérer cet été
Pour les départs en vacances, la baisse devrait finir par se voir, à petits pas. Goldman Sachs a abaissé sa prévision de Brent à 80 dollars en moyenne pour la fin de l’année, contre 90 dollars envisagés jusqu’ici. Tant que la trêve tient, le baril a peu de raisons de repartir vers les sommets de mars.
Il faudra toutefois s’armer de patience. Le détroit a beau être rouvert, des dizaines de tankers attendent encore de le franchir, et il faudra des semaines pour résorber l’embouteillage. La feuille de route, elle, court sur soixante jours. Si elle débouche sur la paix, le litre pourrait terminer l’été nettement sous la barre symbolique des 1,90 euro. Dans le cas contraire, la moindre étincelle dans le Golfe rappellerait aux conducteurs que leur plein se décide à 5 000 kilomètres de leur station-service.