La course la plus française de l’année ne partira pas de France. Le 4 juillet, le Tour 2026 s’élance de Barcelone, et le peloton passera près de trois jours en Catalogne avant de franchir la frontière. Derrière ce départ inhabituel se cache un parcours taillé pour rouvrir le suspense.

Trois jours en Catalogne pour commencer

C’est la troisième fois que le grand départ se donne en Espagne, après Saint-Sébastien en 1992 et Bilbao en 2023, mais la première pour Barcelone. La cité catalane lance les hostilités avec un contre-la-montre par équipes de 19,7 kilomètres tracé dans ses rues. Il faut remonter à 1971 pour retrouver un Tour ouvert par un effort collectif de ce type. Les deux premières étapes s’achèvent sur la colline de Montjuïc, là où s’étaient tenus les Jeux olympiques de 1992. Le peloton ne touche le sol français qu’à la troisième étape, en grimpant vers Les Angles, dans les Pyrénées.

Ce contre-la-montre inaugural arrive avec une règle revue, déjà testée sur Paris-Nice en 2023 : chaque coureur reçoit un temps individuel, et non le chrono de son groupe. De quoi pousser les favoris à choisir entre rouler avec leurs équipiers ou partir seuls pour grappiller des secondes dès le premier jour.

Le choix de Barcelone n’a pas fait que des heureux. Après les manifestations liées à la guerre à Gaza qui avaient perturbé le Tour d’Espagne 2025, la municipalité avait fait savoir qu’elle préférait un départ sans la formation Israel-Premier Tech. L’équipe court désormais sous le nom de NSN Cycling Team, sous licence suisse.

Un tracé pensé pour freiner Pogačar

Le parcours complet a été dévoilé le 23 octobre 2025 par Christian Prudhomme, le patron de l’épreuve, qui a parlé d’un Tour « en crescendo ». La formule n’a rien d’anodin. Selon Cyclingnews, les organisateurs ont conçu ce tracé pour limiter la mainmise précoce de Tadej Pogačar, intouchable ces dernières saisons. La preuve par les chiffres : seulement 26 kilomètres de contre-la-montre individuel sur l’ensemble des 21 étapes, alors que c’est l’un des terrains de prédilection du Slovène. La difficulté est repoussée vers la fin, pour garder le classement ouvert le plus longtemps possible.

Au total, l’édition couvre 3 333 kilomètres et compte cinq arrivées au sommet. Le magazine Cyclist a jugé le tracé « propice aux échappées », faute de pavés et d’étapes piégeuses en bord de mer. Reste que sur le papier, la montagne aura le dernier mot.

Les organisateurs ont aussi glissé quelques nouveautés pour réveiller la course. Certaines étapes proposeront deux sprints intermédiaires, une formule abandonnée depuis 2010, censée relancer la bataille pour le maillot vert et pousser les équipes à attaquer plus tôt. Vingt-trois équipes sont au départ, dont les dix-huit meilleures formations mondiales et cinq invitées. La sélection a d’ailleurs fait grincer des dents : la modeste équipe espagnole Caja Rural a été préférée à la populaire Unibet Rose Rockets, un choix que Prudhomme a justifié par les bons résultats de la première en 2025.

Deux fois l’Alpe d’Huez en deux jours

C’est la grande signature de ce Tour. Pour la première fois depuis 2022, le peloton retrouve l’Alpe d’Huez et ses 21 virages mythiques. Mieux, il la gravira deux jours de suite, lors des dix-neuvième et vingtième étapes, une rareté que The Guardian a mise en avant dès l’annonce du parcours. Le final alpin promet un duel à la pédale, avec aussi une première montée vers le plateau de Solaison. Celui qui portera le maillot jaune à la veille de Paris l’aura mérité dans la pente.

Pogačar à une victoire de la légende

L’enjeu, pour Pogačar, dépasse la simple gagne. Le coureur de l’équipe UAE a déjà remporté le Tour en 2020, 2021, 2024 et 2025. Une cinquième victoire le ferait entrer dans un cercle très fermé, celui des quintuples vainqueurs : Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain. Pour l’instant, ses quatre succès le placent à égalité avec le Britannique Chris Froome. Le Slovène arrive lancé, après un Tour de Suisse remporté en juin avec plus de six minutes d’avance sur ses poursuivants. Le magazine Rouleur estime d’ailleurs que le parcours lui conviendra malgré tout, résumant son talent d’une formule : il « sait tout faire ».

Vingegaard, le Giro déjà dans les jambes

Son grand rival aborde l’été par un autre chemin. Jonas Vingegaard, vainqueur du Tour en 2022 et 2023, a remporté en juin le Giro d’Italia. D’après les organisateurs de la course italienne, le Danois est devenu le premier de son pays à s’imposer sur le Giro, et le huitième coureur de l’histoire à gagner les trois grands tours au cours de sa carrière. Il s’attaque maintenant à un pari que personne n’a réussi depuis Marco Pantani en 1998 : enchaîner Giro et Tour la même saison. La vraie question reste ouverte. Ces trois semaines en Italie l’ont-elles vidé, ou affûté ?

Derrière ce duo, d’autres ambitions se dessinent. Le Belge Remco Evenepoel sera, selon le consultant Ned Boulting de Cycling Weekly, « légitimement déçu » par le manque de kilomètres de contre-la-montre, sa spécialité. Côté français, les regards se tournent vers le jeune Paul Seixas, à peine 19 ans, présenté comme le plus grand espoir tricolore depuis des années.

Une arrivée par Montmartre, comme un clin d’œil

La dernière étape, le 26 juillet, ramènera le peloton sur les Champs-Élysées, mais en passant par la butte Montmartre et les pavés de la rue Lepic. Le scénario reprend celui de 2025, qui avait attiré une foule énorme et de gros chiffres d’audience à la télévision, dans le sillage de l’engouement né des Jeux de Paris. Une façon de clore la boucle sur une image de carte postale, après trois semaines de souffrance.

Le coup d’envoi sera donné le 4 juillet à Barcelone, l’arrivée jugée le 26 juillet à Paris. Entre les deux, 21 étapes, deux jours de repos et 3 333 kilomètres pour départager les deux hommes qui se partagent le Tour depuis 2020.