Trente euros de plus pour la même console. Nintendo a confirmé jeudi soir que la Switch 2 passera de 469,99 à 499,99 euros au 1er septembre en France. Une hausse annoncée le jour où le constructeur publiait des résultats records.

Le cap des 500 euros franchi sans complexe

L’annonce est tombée vendredi 8 mai au matin, en marge des résultats financiers annuels du groupe japonais. Sa nouvelle console, sortie il y a tout juste un an, va coûter 30 euros de plus dès le 1er septembre 2026 sur le marché européen. Aux États-Unis, la hausse atteint 50 dollars selon Bloomberg, jusqu’à 100 dollars sur certaines variantes. La Switch 2 rejoint ainsi le club très fermé des consoles à 500 euros, un palier que la PlayStation 5 a mis cinq ans à franchir.

Le communiqué officiel justifie la décision par « l’évolution des conditions du marché ». Derrière cette formule diplomatique, trois facteurs concrets : la flambée du prix de la mémoire, l’augmentation du fret maritime et le renchérissement des plastiques lié au cours du pétrole. Les abonnements Nintendo Switch Online vont également augmenter, sans qu’aucun chiffre précis n’ait encore filtré.

L’IA mange la mémoire des consoles

C’est le paradoxe le plus surprenant de cette hausse. Si une Switch 2 va coûter plus cher à un parent qui veut faire un cadeau d’anniversaire, c’est parce que les data centers d’OpenAI, Google et Meta achètent par camions entiers les puces dont elle a besoin. Le module LPDDR5X de 12 Go intégré dans la console a vu son prix grimper de 41 % en six mois, selon les données reprises par Bloomberg. La mémoire flash NAND de 256 Go, qui stocke les jeux préinstallés, a pris 8 % sur la même période.

Cette pénurie n’a rien d’anecdotique. Les fabricants de mémoire DRAM, dominés par les Coréens Samsung et SK Hynix, ont réorienté leurs lignes vers la HBM, la mémoire à large bande passante destinée aux puces Nvidia. Résultat : le grand public se bat pour les miettes. Apple a déjà répercuté la hausse sur ses iPhone, Sony pourrait suivre sur la PS5 Pro avant la fin de l’année. Nintendo, lui, n’avait pas le choix selon les analystes : la console est vendue à perte depuis sa sortie, malgré des ventes pulvérisant tous les records.

Le succès qui ne suffit plus

Les chiffres publiés par Nintendo donnent le tournis. La Switch 2 s’est écoulée à 19,86 millions d’exemplaires en dix mois. C’est plus rapide que la PS4, plus rapide que la première Switch, plus rapide que tout ce que l’industrie avait connu avant. Mario Kart World, le jeu de lancement, a déjà séduit 14,7 millions d’acheteurs, soit un taux d’attache proche de 74 %. Trois acheteurs de console sur quatre repartent avec le jeu sous le bras. Aucun éditeur n’avait obtenu un tel ratio depuis Wii Sports en 2006.

Côté finances, le groupe affiche un chiffre d’affaires record de 2 313 milliards de yens (environ 13,7 milliards d’euros) sur l’exercice clos le 31 mars, en hausse de 98,6 %. Le bénéfice net atteint 424 milliards de yens, près du double de l’année précédente. Mais ce succès historique ne suffit plus à absorber la flambée des coûts.

Une prévision en repli pour 2027

L’autre signal envoyé jeudi inquiète davantage les actionnaires. Nintendo prévoit 16,50 millions de Switch 2 vendues sur l’exercice prochain, soit une baisse de 16,9 % par rapport aux 19,86 millions actuelles. Le chiffre d’affaires reculerait de 11,4 %, le bénéfice net de 26,9 %. Ces projections, jugées prudentes par certains analystes japonais, traduisent une réalité simple : après l’effet de nouveauté, la demande se calme. La hausse de prix décidée pour septembre vise précisément à compenser cette baisse de volumes par une marge unitaire plus confortable.

Le pari n’est pas sans risque. À 499,99 euros, la Switch 2 se retrouve face à face avec la PlayStation 5 Slim Digital, vendue 449 euros, et avec une Xbox Series X dont Microsoft mène en parallèle une politique tarifaire agressive. La cible familiale, principal moteur des ventes Nintendo, est aussi celle qui regarde le prix le plus attentivement.

Trois mois pour acheter au tarif actuel

Pour les consommateurs français, le calendrier est désormais clair. Du 8 mai au 31 août, la Switch 2 reste à 469,99 euros chez les revendeurs qui n’ont pas anticipé la hausse. Les sites spécialisés s’attendent à une vague d’achats sur les cinq derniers week-ends d’août, et certains analystes parient sur des ruptures de stock dès la mi-août. Les versions packs (console + jeu) restent pour l’instant épargnées, mais Nintendo n’a rien dit sur les manettes Joy-Con 2 ni sur les accessoires.

Côté logiciel, l’éditeur a confirmé qu’il maintiendrait ses tarifs à 79,99 euros pour les jeux first-party, malgré les rumeurs persistantes de passage à 89,99 euros. Mais Mario Kart World, sorti à 79,99 euros en avril 2025, n’a jamais baissé. Une politique qui contraste avec celle de la PS5, où des promotions à 30 ou 40 euros sont monnaie courante deux ans après la sortie.

Reste une question pour les économistes : la hausse de 30 euros sera-t-elle suffisante ? Selon les calculs de l’agence Reuters, compte tenu de l’inflation des composants observée depuis octobre 2025, Nintendo aurait dû relever ses prix de 50 à 60 euros pour préserver totalement ses marges. Une seconde hausse n’est pas exclue d’ici 2027 si la flambée de la mémoire ne se calme pas. La prochaine échéance pour le savoir : la publication du résultat trimestriel d’août, juste avant l’entrée en vigueur du nouveau tarif.