Une deuxième nuit de feu, et un accord qui ne vaut plus rien. Dans la nuit du 10 au 11 juin, l’armée américaine a repris ses frappes sur l’Iran, visant des sites de défense aérienne et des moyens de communication militaires. Téhéran a aussitôt riposté vers les pays du Golfe. Le cessez-le-feu signé le 8 avril, déjà fragile, est désormais considéré comme caduc par les deux camps.
Le commandement central américain, le CENTCOM, a confirmé avoir lancé des attaques contre des capacités de surveillance, des systèmes de communication et des batteries antiaériennes iraniennes. Selon plusieurs médias dont CBS News, des missiles Tomahawk ont été tirés depuis le destroyer USS Michael Murphy. Donald Trump avait prévenu la veille que Téhéran allait « payer le prix » de son refus de valider un accord de paix intérimaire.
Téhéran riposte vers le Golfe
La réponse iranienne n’a pas tardé. Des tirs ont visé le Bahreïn, le Koweït et la Jordanie, trois pays qui abritent des installations militaires américaines. L’armée jordanienne a indiqué avoir intercepté une vingtaine de missiles dirigés vers une zone proche d’une base accueillant des soldats américains. Aucun blessé n’a été signalé de ce côté, selon Amman.
Côté iranien, des explosions ont été rapportées à Bandar Abbas, sur l’île de Qeshm et près du terminal pétrolier de Kharg, l’un des plus importants du pays. Des détonations ont aussi été entendues autour de Téhéran, dans plusieurs villes de la grande banlieue. Le bilan humain reste flou, et les chiffres avancés par les deux camps n’ont pas pu être vérifiés de source indépendante.
Un cessez-le-feu qui n’a jamais vraiment tenu
Le ministère iranien des Affaires étrangères a qualifié les frappes américaines de « violation flagrante » du droit international, estimant qu’elles rendent l’accord du 8 avril « vide de sens ». Une formule qui résume deux mois de trêve en trompe-l’œil. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, l’avait reconnu à demi-mot quelques jours plus tôt : ce cessez-le-feu ressemblait moins à un arrêt des combats qu’à un « moindre-feu ».
Depuis avril, les deux puissances n’avaient jamais cessé de s’observer autour du détroit d’Ormuz. Ce couloir maritime de quelques dizaines de kilomètres de large concentre une part énorme des échanges mondiaux d’énergie. Selon les données de l’agence américaine d’information sur l’énergie, environ 20 % du pétrole consommé sur la planète y transite chaque jour. Le bloquer, c’est presser un robinet qui irrigue l’économie mondiale.
Le baril repart vers 95 dollars
Les marchés ont réagi dans la foulée. Le Brent, référence européenne, a grimpé jeudi vers 95 dollars le baril, prolongeant la hausse de la veille. Le brut américain s’échangeait autour de 91 dollars, en progression de près de 2 % sur une séance. Rien d’irrationnel : quand la première artère pétrolière de la planète menace de se refermer, les opérateurs achètent par précaution.
La trajectoire reste pourtant heurtée. Le prix du baril avait chuté de plus de 10 % à la mi-mai, quand Trump avait suspendu une première salve de frappes pour laisser une chance aux négociations. Les investisseurs, un temps rassurés par les signaux diplomatiques, avaient écarté le pire. La reprise des bombardements vient de remettre la prime de risque sur la table.
Ce que ça change à la pompe en France
Le consommateur français n’achète pas de baril, mais il en paie le reflet à chaque plein. Le prix du gazole et du sans-plomb suit, avec un décalage de quelques jours à deux semaines, les cours du brut et du raffiné. Une envolée durable du Brent finit toujours par se voir sur les panneaux des stations-service. À cela s’ajoute le coût du transport maritime, qui grimpe dès que la zone du Golfe devient dangereuse pour les tankers.
En France, le carburant n’est jamais un sujet anodin. La hausse de la taxe sur le diesel avait déclenché la crise des Gilets jaunes fin 2018, et le gouvernement garde en mémoire ce que quelques centimes de plus au litre peuvent provoquer. Une flambée prolongée du brut, en pleine période de départs estivaux, placerait l’exécutif devant un choix coûteux : laisser filer les prix ou rouvrir le dossier des aides ciblées.
La situation est d’autant plus tendue que des dizaines de navires resteraient immobilisés dans la région, et que des milliers de marins seraient bloqués à bord, otages indirects d’un blocage qui dure. Chaque cargaison retardée pèse un peu plus sur les chaînes d’approvisionnement, du carburant aux engrais en passant par le plastique.
Paris appelle au calme, l’Europe se divise
La France marche sur des œufs. Emmanuel Macron avait assuré dès les premières frappes que Paris n’avait été « ni prévenue, ni impliquée », tout en appelant à la désescalade. Son conseiller diplomatique a résumé la ligne française : tout faire pour ramener le calme. Le président avait même décroché son téléphone début mai pour parler directement à son homologue iranien Massoud Pezeshkian.
L’exercice est périlleux. Condamner les tirs iraniens sans s’aligner sur la fermeté américaine, voilà la corde raide que tente de tenir l’Élysée. Et l’Union européenne n’avance pas d’un seul pas : l’Allemagne et les pays scandinaves plaident pour la voie diplomatique, quand d’autres capitales, plus proches de Washington, réclament une ligne dure. Cette cacophonie affaiblit le poids de Paris dans le dossier.
Du côté américain, la porte n’est pas officiellement fermée. Le secrétaire d’État Marco Rubio a assuré cette semaine que les discussions avaient « un peu progressé » et que Trump privilégiait toujours la diplomatie. Reste à savoir si ces mots résisteront à une troisième nuit de frappes. Les regards se tournent désormais vers le sommet de l’OTAN prévu au début du mois prochain, première échéance où les Occidentaux devront afficher une position commune.